Horten, le 29-06-1910
Cher frère, Aksel,

Je t’écris quelques mots pendant la pause de midi, pour te rappeler le verset dans Ja. 4, 4 : Adultères que vous êtes ! ne savez-vous pas que l’amour du monde est inimitié contre Dieu ? Celui donc qui veut être ami du monde se rend ennemi de Dieu.

Un homme comme David, qui était un homme selon le cœur de Dieu, n’avait pas d’amitié intime avec le monde et les princes de ce monde ; au contraire, il était sans cesse en guerre contre eux.

La lettre que papa t’a adressée me donne l’occasion de souligner que c’est de « l’infidélité » d’avoir communion avec l’oncle Anton (qui est un homme profondément impie) et sa femme. Pourquoi papa et maman vont-ils chez lui en Suède, si ce n’est pour y satisfaire leurs désirs charnels ? S’il y a une montagne qui les empêche d’y aller, la vraie foi peut la déplacer, mais je ne crois guère que la montagne en question (c’est peut-être une montagne d’argent) puisse être déplacée par la foi. Lorsque la tante Beate vivait dans la prospérité, elle recevait la visite de maman et Berglioth, mais maintenant que la pauvreté s’est installée chez elle, maman et Berglioth ne viennent plus la voir. Ce genre de « cour » qu’on fait à la grandeur du monde et à Mammon est de l’infidélité envers Christ. J’ai parlé de Dieu avec l’oncle Anton, et lui et sa femme ont eu du mal à rester en ma compagnie pendant que nous faisions deux fois le tour du quartier. Mais papa et maman se plaisent bien dans leurs palaces et ils aiment se laisser transporter par les quatre chevaux en question. Notre époque est marquée par la vanité. Aussi longtemps qu’on adore et admire la grandeur de ce monde, on fait mieux de s’abstenir d’écrire des poèmes religieux et d’exercer tout ce qui fait partie du ministère spirituel. Si papa et maman avaient annoncé Christ à Anton, il n’aurait jamais osé les inviter. C’est seulement lorsque notre relation avec Dieu est relâchée, extrêmement relâchée, que nos ennemis osent s’approcher aussi près. Celui qui ne hait pas son père, sa mère, ses frères, etc. n’est pas digne de moi. Je ne veux pas écrire à papa à ce sujet, sinon il comprendra que tu m’as envoyé sa lettre, mais il faut que tu lui fasses de sérieuses remontrances à cette occasion. Maman a toujours été nonchalante, si bien qu’on ne peut rien attendre d’elle.

Il y avait aussi toutes ces louanges que le fr. Gerrard a faites à propos de « l’Indien ». Il faut veiller à ne pas faire une idole de quelque homme que ce soit, car c’est là un culte des anges. On quitte alors la tête, Christ.

Si possible, je te prie de faire suivre dans l’amour ces quelques paroles à la personne concernée.

Ton frère dévoué,

Johan

Salue le frère et la sœur Anthony.