Merci pour ta bonne lettre, qui montre que tu as de la compréhension et qui, de ce fait, contenait du baume.
D’où cela vient-il ? Et à quoi cela peut-il servir que je ressente jour et nuit, dans mon for intérieur, un violent combat contre des puissances qui semblent trouver leur expression dans les maîtres de ce monde ? Je suis tout à fait certain que c’est l’Esprit de Dieu en moi qui provoque ce combat pour préserver et élargir son territoire. La paix de mon cœur et ma bonne conscience m’interdisent absolument de faire comme si tout allait bien quand les choses ne sont pas comme elles devraient être. De cette manière, ma relation avec mes supérieurs est clairement définie, et le sérieux et le combat font qu’on ne peut pas laisser les choses « dans le flou ». Par la grâce de Dieu, je commence à être tranquille quant aux abus de pouvoir ici à bord. Cette paix n’est pas le fruit de la flatterie, mais le fruit d’un combat. Tu comprends sûrement très bien la différence entre ces deux manières d’avoir la paix. Il y a aussi plusieurs autres manières d’avoir la paix, mais là où réside Satan, on ne peut obtenir la paix de Dieu que par un combat en bonne et due forme. Toutes ces circonstances sont voulues par Dieu, et je prends tout comme venant de sa main. Dieu nous a aidés jusqu’à ce jour, et il veut être avec nous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. Le combat trempe notre caractère et nous durcit. C’est lorsqu’on s’approche assez près pour pouvoir croiser le fer qu’on peut combattre et périr, ou combattre et vaincre. Si on abandonne, l’entendement se corrompt, mais si on remporte la victoire, par la force de Dieu et dans son Esprit, cela double les forces de l’âme.
Nous devons être parfaits, comme notre Père céleste est parfait, lui qui ne fait point acception de personne. Si elle est mise en pratique, cette perfection rabaissera l’honneur des grands et élèvera les humbles dans leur opprobre. Cela aura pour conséquence que les petits se sentiront honorés et que les grands se sentiront déshonorés, bien qu’ils ne soient pas déshonorés. Mais toute personne élevée doit être précipitée du haut des cimes de son imagination pour rejoindre la plaine de la réalité.
En ce qui concerne la paix, elle a de multiples facettes : il y a la « paix de la grâce », dans laquelle on se repose sans armes au milieu de ses adversaires, sans se douter du danger*. Puis vient la lumière, et on commence à voir ; et avec la vue vient aussi le combat. La paix dans cet état s’obtient en combattant. Cette paix peut être appelée la « paix de la victoire », car la paix s’obtient alors exclusivement par le combat. Je ne sais pas si on parvient pour finir à une « paix de la souffrance et de la patience ». De toute façon, s’il en est ainsi, ce ne sera pas une *« paix de l’ignorance ».
Oui, nous devons rechercher la paix de toutes les manières, même s’il faut la conquérir l’épée à la main. C’est pour avoir la paix que j’ai dû combattre ici à bord, et Dieu me l’a donnée. Mais cette paix m’a tellement coûté que je me suis senti carrément misérable. Celui contre qui j’ai dû combattre le plus durement commence maintenant à battre en retraite. Il n’attaque plus avec la même audace stupide qu’au début. Dieu m’a donné la grâce de le toucher justement là où il était le plus faible. Son ambition lui interdit maintenant de s’exposer trop souvent à ce genre de choses, et il préfère faire la paix plutôt que de combattre avec de si piètres résultats. Et c’est dans cette paix qu’une bonne entente peut s’établir entre nous.
C’est aussi la seule paix qui soit saine et réelle. Cette paix maintient chacun à sa place.
Salue bien Selma et Berglioth, et reçois les salutations les plus cordiales de ton frère gardé en Christ,
Johan