Horten, le 7-3-1910
Cher Aksel,

Grâce et paix de Dieu !

Merci pour ta lettre, avec l’invitation à t’accompagner à Kristiansand à Pâques. Je te remercie pour cette proposition et pour l’offre que tu me fais de payer le voyage, mais je n’ai pas vraiment envie d’aller là-bas en ce moment.

Nous avons vraiment eu un après-midi béni chez le fr. Ellefsen hier. Le fr. Aslaksen était dans un état d’esprit réellement solennel, et il a prié Dieu avec beaucoup de force pour être rempli de l’Esprit de Dieu et de force pour l’œuvre à laquelle Dieu l’a appelé. La belle-sœur de Ellefsen a reçu de Dieu plus de lumière sur l’affranchissement en Jésus-Christ. Elle fait partie d’une congrégation qui se réunit à Grimstad. La sœur Pedersen, qui est propriétaire de la maison où le fr. Ellefsen habite, commence aussi à voir la lumière du Seigneur, bien que ce soit dans une faible mesure.

Je suis bien sûr tout à fait d’accord avec ce que tu écris sur le fait de demeurer en Jésus-Christ et de progresser en lui, tout en participant à l’œuvre que Dieu fait pour les pécheurs.

Ce n’est pas tant le travail avec les pécheurs qui crée les séparations, mais peut-être plutôt le fait que les dirigeants religieux nous élèvent jusqu’aux sommets de la gloire dès qu’on entre en contact avec eux, et on ne peut pas supporter cela sans en retirer un préjudice.

C’est pourquoi il vaut mieux éviter toute collaboration avec des dirigeants charnels, et travailler tout seul devant la face de Dieu. Il faut être un vase séparé si on veut être un vase d’honneur. C’est aussi cette manière de prendre les choses qui donne le plus d’autorité, car leurs marques charnelles d’honneur ne sont qu’une toile d’araignée et des ciseaux de Dalila. Une fois qu’ils ont réussi à nous capturer, ils nous rient au nez et nous crèvent les yeux avec joie. Mme Guyon dit que notre œil droit est l’intelligence spirituelle. Il faut maintenir tous les gens, et surtout les dirigeants religieux, à trois pas de distance si on veut garder une distance suffisante pour pouvoir brandir l’épée de l’Esprit. Ce mélange impie de toutes sortes de personnes est une véritable abomination. Pour se purifier de leur impureté, il faut se purifier pendant sept jours hors du camp. (C’est à eux de revenir à nous, et non pas nous à eux.)

Le fr. Aslaksen devient un vrai guerrier, et c’est une joie de l’entendre. Je sens qu’il a un amour profond pour nous dans l’Esprit. Il s’est fiancé avec une jeune fille tout à fait ordinaire qui n’a fréquenté que l’école primaire, mais elle est convertie à Dieu. C’est une sœur de Gustav Wiik, qui est mort lors de l’expédition Gjøa42. Je ne reconnais presque plus le fr. Ellefsen. Il ne parle que de marcher sur les traces de Christ le reste de sa vie.

Le fr. Torrey dit qu’on a souvent besoin d’un nouveau baptême de l’Esprit pour pouvoir travailler, pas pour naître de nouveau, mais pour recevoir de la force pour travailler. C’est tout à fait juste. Il dit que ceux qui continuent à agir avec leur vieille force et leurs vieilles expériences s’égarent. Il vaut la peine de prendre cela à cœur. C’est le fr. Aslaksen qui avait trouvé cela et qui nous l’a lu. C’est peut-être cela qui manquait à la sœur Palme. Je crois aussi que nous avons besoin d’une force plus grande pour notre travail.

Salutations fraternelles.

Bien à toi,

Johan

Tu n’as pas participé à la fête, si bien que je te retourne tes 25 øre en timbres.