Horten, le 10-2-1910
Cher frère, Aksel,

Grâce et paix de Dieu.

Merci pour notre dernière rencontre. C’était bon d’être ensemble, et c’est encore mieux d’examiner les résultats de notre rencontre.

Lorsque Dieu devait rendre Jésus parfait, il a tout mis en jeu pour que cela réussisse. Jésus dit : Père, si tu voulais éloigner de moi cette coupe ! Toutefois, que ma volonté ne se fasse pas, mais la tienne. Mais ce n’était pas possible ! Dieu l’a abandonné et a laissé Jésus garder la coupe pour lui-même. La grâce avait jusque-là caché cette coupe, mais maintenant il fallait la vider, pour que tout ce qui était dans le cœur de Dieu puisse se déverser sur le Fils. L’instant était décisif. Le Père a poussé les choses à l’extrême. Mais justement à ce moment-là, le Fils dit : Père, je remets mon esprit entre tes mains. Cet Esprit était l’esprit entièrement purifié, qui est entièrement un avec le Père.

Maintenant que Dieu nous a confié des personnes avec lesquelles nous pouvons travailler, nous devons nous aussi, comme je viens de le dire, pousser les choses à l’extrême. Pour amener quelqu’un entièrement là où Dieu nous a conduits, nous devons tout mettre en jeu, l’amitié, l’intimité et tout le reste, et aller si loin qu’ils en viennent à crier, dans leur désespoir : Mais Aksel, pourquoi m’as-tu abandonné ? Voilà comment on élimine toute idolâtrie sur les hauts lieux !

En ce qui concerne la sœur Palme et Dahl, j’ai senti qu’il faudrait que le dernier quadrant (appelons cela comme ça) soit réglé ; et c’est justement cette dernière partie qui te coûtera tout. Tout ou rien, c’est l’élimination de l’idolâtrie dans les vallées et sur les hauteurs.

En ce qui te concerne, tous ces discours du haut de l’estrade finiront par te détruire, et te feront perdre les liens délicats de ta relation intérieure avec Dieu, car tu ne peux pas être sur l’estrade comme si tu n’y étais pas, et puisque tu ne le peux pas, les liens de l’Esprit seront rompus, et l’honneur que t’apporte le fait de te tenir devant la face du peuple te portera préjudice.

Tout cela entraîne un combat et une agitation intérieure, et on cherche en vain les liens intérieurs si délicats.

Ce n’est pas devant le peuple que tu dois servir, mais devant Dieu. Ce n’est pas le peuple qui doit t’honorer, mais Dieu. Il vaut mieux que ce soit l’opprobre du peuple qui orne ta tête, plutôt que son honneur, si seulement ton service devant Dieu couvre ton cœur de la paix profonde qu’on n’obtient qu’en demeurant en Lui.

Garde ce que Dieu veut que tu gardes, car notre communion la plus profonde avec Dieu – en tant que ses collaborateurs – est nouée par des liens si subtils qu’il faut faire son travail dans le silence et dans le caché pour que tout ne se rompe pas.

C’est avec douleur que j’ai senti que ces cordes intérieures n’étaient pas tout à fait accordées. La sœur Palme demande qu’elles soient tout à fait accordées, pour qu’elle profite elle aussi de l’aide mutuelle que Dieu donne dans l’Assemblée. Lorsqu’on est soi-même à l’origine du relâchement de ces cordes, on a commis un péché intérieur et on a cherché sa propre gloire, alors qu’on n’a aucun droit de le faire. C’est justement pour cela qu’on n’est plus propre au ministère, et les amis qui ont été engendrés par l’aptitude qu’on avait à exercer ce ministère en souffrent.

Salue le frère Anthony cordialement. Que Dieu vous bénisse et vous accorde de retirer beaucoup de profit de votre rencontre.

J’espère que tu viendras dimanche prochain – si Dieu t’en donne la possibilité.

Salutations cordiales et merci pour tout.

Ton frère,

Johan

J’ai écrit à papa au sujet des choses dont nous avons parlé.