Horten, le 5 août 1905
Cher frère, Aksel,

Hier, j’étais malade et alité, mais aujourd’hui je vais mieux et je suis debout. Je crois que c’était une petite grippe. Il est bon de savoir que, soit que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur. L’espérance glorieuse ne nous rend pas confus, car Dieu est vrai même si tous les hommes sont menteurs. C’est à nous de décider si nous voulons utiliser la force que nous avons reçue de Dieu. Nous pouvons faire fructifier notre talent et devenir riches dans la connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ. Nous pouvons user de violence pour nous emparer du royaume de Dieu. Et qu’est-ce que le royaume de Dieu ? Il consiste en justice, paix et joie dans le Saint-Esprit. C’est pourquoi : recherchons la paix et la joie dans le Saint-Esprit, car c’est cela s’emparer du royaume de Dieu. Le péché a apporté dans le monde la maladie, le chagrin et la mort, et notre corps est soumis à ses lois. Mais nous avons en nous quelque chose qui n’est pas visible et qu’on ne peut ni montrer du doigt ni toucher, à savoir : Christ en vous, l’espérance de la gloire. Notre corps n’est qu’une coquille ou une habitation pour l’Esprit. Nous portons ce trésor dans des vases de terre. De même que notre corps était auparavant esclave du péché, il doit maintenant être esclave de la justice. Ro. 6, 19. De cette manière, notre corps devient un membre de Christ, car il est au service de l’Esprit de Dieu et il accomplit sa volonté. Nous prophétisons en partie et nous comprenons en partie. Il y a beaucoup à dire au sujet de notre corps, car il sert aussi la loi du péché. Mais comme le dit David : Heureux l’homme à qui l’Éternel n’impute pas l’iniquité, et dans l’esprit duquel il n’y a point de fraude ! Ce que tu as écrit au sujet du juron que tu as poussé lors d’un déplacement en vélo est très riche en enseignements, car en prenant cela comme point de départ, on peut arriver à des résultats magnifiques. Il n’y avait pas de fraude dans ton esprit, et c’est pourquoi le Seigneur n’a pas voulu t’imputer cette transgression, et tu étais heureux, comme David le dit. Mais s’il y avait eu la moindre fraude dans ton esprit, tu ne t’en serais pas sorti avant d’avoir payé jusqu’au dernier quadrant. Tu as servi la loi du péché avec ta chair, mais ton entendement n’y a pas participé ; car tu haïssais ce que tu as fait, et ce n’est pas toi qui l’as fait, mais le péché qui habite en toi.

Si nous pouvons faire de telles choses tout en continuant à sentir que la grâce de Dieu les couvre, et qu’il ne nous fait pas de reproches, cela fait penser au passage qui dit que la grâce de Dieu nous châtie (trad. norv.) pour que nous renoncions à l’impiété et aux convoitises mondaines. Nous voyons ici ce qu’est le châtiment. C’est la grâce de Dieu. Si tu aimes quelqu’un très fort et que, tout à fait involontairement, tu en venais à faire des choses qu’il n’aime pas, ne haïrais-tu pas ta propre action ? Et si ton ami ne te faisait même pas de reproche, cela ne dépasserait-il pas toutes les limites ? La mansuétude de ton ami serait pour toi un châtiment extrêmement sévère – bien plus que 8 jours aux arrêts de rigueur. C’est ainsi que Dieu nous châtie. C’est la grâce de Dieu qui nous corrige. Mais Paul parle de certains hommes qui voulaient passer leur temps à corriger les autres et faire d’eux des esclaves. Car quand vous auriez dix mille maîtres de cette sorte, dit-il, vous n’avez cependant pas beaucoup de pères. Encore aujourd’hui, ces dix mille sont extrêmement nombreux. Mais c’est la grâce de Dieu qui doit châtier, et non ces dix mille maîtres. Si on se laisse châtier par eux et que l’on suit leurs directives, il arrive ce qui est écrit dans És. 66, 17. Ceux qui se sanctifient et se purifient dans les jardins, au milieu desquels ils vont un à un, qui mangent de la chair de porc, des choses abominables et des souris, tous ceux-là périront, dit l’Éternel. On doit se sanctifier et se purifier selon la volonté de Dieu et non selon la volonté d’hommes qui mangent des choses abominables et des souris. Si ta conscience ne te condamne pas, ne te laisse jamais corriger par les dix mille maîtres ! Cela habite dans l’homme de vouloir corriger l’autre pour pouvoir si possible le gagner, afin de se glorifier de sa chair. Mais malheur à ceux qui suivent les directives de telles personnes ! Heureux l’homme qui médite la loi de l’Éternel jour et nuit !

Je vais arrêter là pour cette fois-ci, car il n’est pas facile de savoir ce qu’il faut écrire avant de savoir comment va celui à qui on s’adresse. La révélation de la connaissance de Dieu est donnée à chacun pour l’utilité commune ; mais on comprend par là qu’il n’est pas utile de tout recevoir d’un seul coup. Cependant, une chose est sûre : Vous verrez encore de plus grandes choses.

Réponds-moi vite, car ce sont tes lettres qui me donnent un point de départ et de la matière avec laquelle je peux travailler. J’espère que ceux qui sont à la maison ont reçu la photo de Christian. Tiens-toi dans les rangs, solide comme l’acier, et combats parmi les hommes de Daniel. Ne cède à personne par servilité, mais cède toujours devant la vérité. Nous parlerons de beaucoup plus de choses, cher Aksel, de choses qui doivent servir à notre délivrance et à notre édification.

Ton frère qui se repose dans la lumière et dans la communion de Christ,

Johan