11.

Les trois crucifiés et leurs disciples

« Lorsqu’ils furent arrivés au lieu appelé Crâne, ils le crucifièrent là, ainsi que les deux malfaiteurs, l’un à droite, l’autre à gauche. L’un des malfaiteurs crucifiés l’injuriait, disant : N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et sauve-nous ! Mais l’autre le reprenait, et disait : Ne crains-tu pas Dieu, toi qui subis la même condamnation ? Pour nous, c’est justice, car nous recevons ce qu’ont mérité nos crimes ; mais celui-ci n’a rien fait de mal. Et il dit à Jésus : Souviens-toi de moi, quand tu viendras dans ton règne. Jésus lui répondit : Je te le dis en vérité, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis. » Luc 23, 33 et 39-43.

Sur la croix du milieu se trouvait le Fils de Dieu, parce qu’il avait volontairement choisi de devenir Fils de l’homme ; parce qu’il avait participé, comme nous, à la chair et au sang ; parce qu’il s’était revêtu d’une volonté propre humaine, comme nous, mais qu’il ne l’avait jamais suivie – il l’avait toujours reniée et avait accompli la volonté du Père. Il n’avait jamais péché, car il avait aimé tous les hommes, il avait voulu les sauver et leur avait annoncé la vérité. Il était là, crucifié, lui qui tout au long de sa vie ici-bas avait porté sa croix, renoncé à sa volonté propre. Spirituellement parlant, il avait vécu en crucifié toute sa vie, depuis le jour où il avait été assez âgé pour comprendre ce que cela signifiait.

Sur les deux autres croix se trouvaient des malfaiteurs, des hommes qui avaient toujours suivi leur propre volonté et non celle de Dieu, qui avaient vécu dans le péché. Mais il y avait malgré tout une grande différence, une différence essentielle entre les deux. L’un était dur et incrédule ; l’autre était sensible, disposé à reconnaître la vérité, et croyant. L’un s’est endurci, et de ce fait il est resté en dehors, tandis que l’autre est entré avec Jésus dans le Paradis.

Aucun des deux n’avait marché sur les traces de Jésus, et cette possibilité ne leur a pas été accordée in extremis. Il en va de même de tous ceux qui ne se convertissent qu’à la toute dernière heure.

Nous devons tous commencer comme l’un des brigands, par une prière demandant la grâce ou le pardon des péchés. Nous commençons tous comme des « brigands », mais si ce brigand est effectivement une image du commencement de notre salut, cela ne veut pas dire qu’il doit être un modèle pour la suite. Beaucoup sont appelés et reçoivent l’occasion de suivre celui qui a été crucifié au milieu, de marcher dans les traces qu’il a laissées, lui qui n’a pas fait sa propre volonté, mais qui a toujours vécu en crucifié.

Tous les hommes – qu’ils en soient conscients ou non –se rangent derrière l’un de ces trois crucifiés. Ceux qui, par la grâce de Dieu, remportent la victoire, font partie de la colonne du milieu. Ceux qui ne remportent pas la victoire, mais qui reconnaissent leurs péchés et demandent pardon, appartiennent à la seconde colonne. Et ceux qui s’endurcissent et refusent de demander pardon, appartiennent à la troisième colonne.

Il est frappant de constater que beaucoup de croyants considèrent le brigand repentant comme leur modèle et y trouvent consolation, tout comme ils se consolent dans la prière du publicain. Il est vrai que l’on doit nécessairement commencer de cette manière, mais la grande erreur est de penser que l’on doit continuer ainsi jusqu’au bout.

Ce qui est malheureusement si peu connu et si rarement vécu, c’est la place avec Christ, sur la croix du milieu ! Lequel des trois veux-tu suivre désormais, cher ami ?