Aksel J. Smith

Ce frère très apprécié était exceptionnel comme berger et prophète. Il a montré la face d’homme dans la divinité, comme nous le lisons dans : « Au centre encore apparaissaient quatre animaux, dont l’aspect avait une apparence humaine. Chacun d’eux avait quatre faces, et chacun avait quatre ailes. Leurs pieds étaient droits, et la plante de leurs pieds était comme celle du pied d’un veau ; ils étincelaient comme de l’airain poli. Ils avaient des mains d’homme sous les ailes à leurs quatre côtés ; et tous les quatre avaient leurs faces et leurs ailes. Leurs ailes étaient jointes l’une à l’autre ; ils ne se tournaient point en marchant, mais chacun marchait droit devant soi. Quant à la figure de leurs faces, ils avaient tous une face d’homme, tous les quatre une face de lion à droite, tous les quatre une face de bœuf à gauche, et tous les quatre une face d’aigle. »

Par rapport au développement de l’Assemblée, Aksel J. Smith a de plusieurs manières montré la voie et il a eu une vision divine. Il a grandi avec son père et a reçu par là une boussole intuitive sur le chemin par lequel il fallait faire passer l’Assemblée. Il a reçu de l’intelligence en voyant la sagesse de son père dans différentes situations, et en entrant lui-même dans la même vie de disciple. Alors qu’Aksel J. Smith était encore jeune, son père disait de lui qu’il était appelé à être un berger et un prophète. La dernière année de sa vie, il a fait en sorte qu’Aksel J. Smith devienne le rédacteur de Skjulte Skatter. Il a mené cette tâche avec un grand zèle pendant plus de cinquante-cinq ans. Il a aussi fait en sorte que l’histoire de l’Assemblée soit consignée par écrit grâce aux comptes-rendus des conférences durant toutes ces années.

Pur de toute jalousie et plein de considération pour ceux que Dieu avait placés dans l’Assemblée, il a compris où était le chemin vers les gras pâturages. Pourquoi devrait-on chasser les brebis vers les flancs abrupts de la montagne lorsqu’il y a un chemin en bas dans la vallée ? Cela peut sembler hardi et courageux de mener le troupeau à faire des actes qui poussent les choses jusqu’à l’extrême, mais ce n’est pas la sagesse qui agit ainsi. Même si quelques personnes attachaient énormément d’importance à certains points, il veillait sur le journal de l’Assemblée pour qu’il n’y soit imprimé que ce qui était en édification. Son cœur était rempli d’un esprit de sagesse depuis sa jeunesse. La sagesse marche au milieu des sentiers de la droiture. Il n’était pas extrémiste, ni à droite ni à gauche, mais il était un guide dans le bien. Il y en a beaucoup qui ont trouvé le chemin vers la vie et le bien par les bonnes paroles qu’il annonçait dans la douceur de la sagesse. À de nombreux égards, il a rendu visible le visage d’homme dans ce qui est divin. Il était inégalable lorsqu’il s’agissait de rendre visite à des personnes vivant un peu à l’écart. Il leur rendait visite et correspondait aussi avec elles, et gardait le contact avec chaque personne en particulier. Il a par ailleurs écrit quelques-uns des cantiques les plus riches en contenu de notre recueil. Par son ministère, il a su chasser les ténèbres de l’incrédulité chez les hommes, et ils ont pu faire des expériences avec Dieu grâce à son ministère.

Si des problèmes avaient surgi entre les frères dirigeants à cette époque, je crois que l’Assemblée en Norvège aurait suivi Aksel J. Smith. Cette situation ne s’est jamais présentée, mais Aksel J. Smith était un maître pour trouver le chemin, de sorte que chacun se sentait en sécurité et pouvait avancer avec joie sur le chemin de la vie.

Nous avons aussi eu des extrémistes parmi nous qui voulaient chasser les gens vers les flancs abrupts des montagnes, là où ils auraient pu faire des chutes mortelles. Le bon berger trouve le chemin sur lequel les brebis peuvent le suivre avec bonheur. Quand on emprunte un sentier un peu plus long, il apparaît comme beaucoup moins dangereux, et on atteint de toute manière le même but. Il était ainsi dans sa prédication également. L’Assemblée a senti qu’il y avait un cœur de berger et de prophète qu’elle pouvait suivre en toute sécurité. Dieu faisait naître ce témoignage dans le cœur de ceux qui l’entendaient.

Il a aussi sauvé l’Assemblée de réunions interminables du temps d’Elias Aslaksen, qui oubliait facilement l’heure. Lors d’une de nos conférences, Elias Aslaksen est sorti pendant une réunion pour se rendre aux toilettes. Lorsqu’il en est revenu, il aurait bien aimé continuer la réunion deux heures de plus. Alors Aksel J. Smith lui a dit : « Pense à tous les amis qui auraient aussi souhaité faire ce que tu viens de faire. Il faut arrêter la réunion maintenant. » Aslaksen s’est alors immédiatement incliné. Avant son décès, Johan O. Smith a dit à Aksel qu’il était obligé d’aider Aslaksen quant aux horaires. Aslaksen s’inclinait toujours avec une grande humilité devant ce qu’Aksel J. Smith disait.

Lorsque nous voyons le développement de l’Assemblée aujourd’hui, nous voyons à de nombreux égards que l’Assemblée a progressé justement de la façon dont Aksel J. Smith souhaitait qu’elle se développe.

Brunstad

Une des dernières choses qu’on rapporte au sujet de Johan O. Smith avant son décès est le rêve qu’il a fait. À son réveil, un matin, il a dit : « J’ai eu un rêve qui m’a marqué, cette nuit. Je me trouvais sur le quai à Hokksund avec deux grosses valises. Je les traînais et les tirais pour les descendre jusqu’à la région de Vestfold. »

En pensant à un lieu de conférences, c’était justement Hokksund qui retenait toute l’attention des frères. Hokksund était un carrefour ferroviaire pour la Norvège et à cette époque, on ne pensait pas plus loin qu’à l’activité en Norvège elle-même. Pinehas Nilsen a tout de même attiré l’attention d’Aksel J. Smith sur une annonce parue dans Aftenposten9 qui annonçait la mise en vente de la ferme Brunstad. Aksel J. Smith s’est rendu à Brunstad pour regarder le lieu. Même si la neige recouvrait tout, il a senti l’enthousiasme prophétique s’éveiller dans son cœur. Il s’imaginait le magnifique endroit que les amis pourraient avoir grâce à cette ferme, tout au bord du fjord, et il a compris que c’était Brunstad que Dieu voulait nous donner. Le frère Bratlie était en Allemagne à ce moment-là, et Aksel J. Smith lui a envoyé une lettre exprès à propos de l’achat de Brunstad. « Ce n’est pas Hokksund, mais Brunstad dans la région de Vestfold qu’il nous faut » a-t-il écrit dans un tel enthousiasme prophétique que Bratlie a immédiatement téléphoné chez lui et a dit : « Aksel J. Smith a raison – c’est Brunstad qu’il nous faut ! » Aslaksen était d’accord.

En fait, les frères avaient déjà signé un compromis d’achat pour la propriété à Hokksund. Aslaksen pensait qu’il fallait aller parler avec le vendeur. Certains frères poussaient à l’achat de ce lieu et tentaient d’influencer la décision dans ce sens. Lorsqu’ils sont arrivés à Hokksund, le vendeur est venu à leur rencontre. « Je regrette d’avoir signé un contrat de vente avec vous. Je l’ai vendu à un prix trop bas. » Il voulait que nous achetions la propriété à un prix plus élevé.

« Pas de problème ! Tu es délié du contrat. Nous allons maintenant acheter un tout autre endroit. Au revoir ! » a dit Aksel J. Smith. Aslaksen s’est rangé du côté de Smith et de Bratlie, et les jeux étaient faits.

Aujourd’hui, nous voyons clairement que Dieu voulait nous donner Brunstad. Un aéroport se trouve juste à proximité, et il s’avère que c’est un des meilleurs endroits pour les amis de toute la Norvège. Dieu a aussi fait en sorte que nous puissions petit à petit acheter plus de terrain. Aujourd’hui, Brunstad est deux fois plus grand que l’endroit que nous avons acheté en 1956.

Après la guerre, il fallait avoir une autorisation de l’État par l’intermédiaire du ministère pour construire une salle, les matériaux étant rares dans le pays. Une fois que nous étions dans l’impasse et avions besoin d’agrandir, le représentant de l’État à Tønsberg a dit : « Maintenant, cela ne va plus, Smith, vous ne pouvez pas construire plus.

– N’y a-t-il personne d’autre à qui nous puissions demander ? demanda Smith.

– Tu peux bien sûr essayer de demander au ministère s’il peut faire quelque chose dans cette affaire, mais ça ne servira à rien. »

Smith partit pour Oslo et prit rendez-vous au ministère.

« Quelle sorte d’activité menez-vous à cet endroit – est-ce que cela a un rapport avec l’école ? demanda le conseiller ministériel.

– Oui, bien sûr, cela un rapport avec une école – nous y donnons un enseignement biblique du plus haut niveau, répondit Smith.

– Bon, dans ce cas, ça marche » dit le conseiller ministériel en apposant ses tampons sur les papiers.

Aksel J. Smith, tout sourire, est retourné voir le représentant de l’État à Tønsberg.

« Maintenant, tout est en ordre, lui dit-il, l’affaire a été acceptée par le ministère.

– Qu’est-ce que tu dis ? Mais c’est complètement impossible ! Tu as réussi à le faire reconnaître comme école ?

– Oui, c’est bien un enseignement du plus haut niveau que nous dispensons, dit Smith.

– Bon, bon, tu auras les tampons nécessaires de ma part aussi. On peut appeler ça une école, après tout ! »

Un homme hardi et courageux

Pendant la guerre, il y avait peu de papier journal, et toutes les publications de province furent par conséquent obligées de suspendre leur parution ; seuls les journaux et les revues principales pouvaient poursuivre leur activité. Aksel J. Smith avait reçu dans son cœur la conviction que Skjulte Skatter devait continuer – cela lui était apparu dans un songe. Il est donc parti au ministère à Oslo et leur a demandé s’il n’était pas possible de continuer à publier le journal.

« Non, toutes les publications de province doivent être suspendues maintenant, fut la réponse qu’il obtint.

– Skjulte Skatter n’est pas une publication de province, dit Smith.

– Est-ce que Skjulte Skatter est une revue principale pour votre activité ? demanda le conseiller ministériel.

– Oui, et au plus haut degré – c’est un journal principal pour tout le pays et pour toute notre activité, répondit Smith.

– Mais avez-vous vos propres réserves de papier ? demanda le conseiller ministériel.

– Oui, nous pouvons tenir plusieurs années avec le papier que nous avons, répondit Smith.

– Bon, s’il en est ainsi, c’est d’accord » dit le conseiller ministériel.

Aksel J. Smith était un homme de foi qui combattait le bon combat de la foi pour le bien des amis. Un jour, avant l’achat de Brunstad, il y est allé et a regardé la propriété. « Voici l’endroit destiné aux amis, pensa-t-il. Il faut que ce soit agréable pour les amis. » Une autre fois, il me dit en parlant des amis : « Selon la chair, c’est ce qu’il y a de pire, mais selon l’esprit c’est ce qu’il y a de meilleur dans la création de Dieu. N’oublie pas cela, Kåre ! » Cela a rendu les amis très grands à mes yeux. Il avait une haute considération même pour le plus petit d’entre nous. Nous n’avons jamais remarqué dans son ministère qu’il cherchait son propre intérêt, alors qu’il lui aurait été facile de le faire en qualité de fils de Johan O. Smith. Il a servi dans l’humilité et la bonté et il était pour cette raison très aimé par les amis.

C’était un mari exceptionnel pour son épouse et un très bon père, et ses enfants ont hérité de lui quelque chose de doux et de bon. Même ceux de ses enfants qui ne se considèrent pas aujourd’hui comme étant parmi nous ont beaucoup de reconnaissance et de bonté à l’égard de l’Assemblée.

Ce n’était pas du tout un homme qui faisait les choses par habitude. Si le temps était beau, il annulait la réunion et partait plutôt avec toute l’assemblée à la plage de Borre à la sortie de Horten. « Ici à Horten, ils assimilent le programme tellement vite qu’on commence les vacances à partir du mois de mai et on ne reprend pas avant l’automne, mais à Oslo, vous êtes obligés d’avoir des réunions même pendant la conférence de Brunstad » pouvait-il dire. Il dit à une autre occasion : « Lorsque les boucs et les brebis ont été chassés vers le fond du fjord d’Oslo, les brebis étaient si fatiguées qu’elles se sont arrêtées ici à Horten, alors que les boucs ont poursuivi leur course jusqu’à Oslo. » Il faut sans doute y voir comme un clin d’œil de sa part, une remarque humoristique, mais on peut se demander s’il n’y avait quand même pas quelque chose de prophétique dans ces paroles.

Lorsque nous pensons au fait d’être berger et prophète dans l’Assemblée, il est difficile de ne pas penser au frère Aksel J. Smith. À plusieurs titres, il était le lien entre les différents frères responsables. C’était tellement facile de prendre à cœur les conseils et les paroles venant de lui. Sa plénitude de bonté lui donnait un accès facile dans les cœurs. C’est pour cela qu’il a été en aide à de si nombreuses personnes. Aksel J. Smith et Elihu Pedersen ont aussi été en grande bénédiction comme évangélistes un peu partout en Norvège. Ils annonçaient la Parole et chantaient les magnifiques vérités de l’Évangile de telle sorte que cela allait droit aux cœurs des hommes.

« Cela pourrait présenter un certain intérêt pour moi d’en faire un peu plus dans l’Assemblée, avec ce que Dieu a produit en moi, mais ça, tu peux le faire toi, Kåre », m’a-t-il dit une fois.