La langue aussi est un feu
« C’est le monde de l’iniquité. La langue est placée parmi nos membres, souillant tout le corps, et enflammant le cours de la vie, étant elle-même enflammée par la géhenne. » Ja. 3, 5. Jacques poursuit en disant qu’aucun homme, aucune nature humaine, ne peut dompter la langue. C’est un mal qu’on ne peut réprimer ; elle est pleine d’un venin mortel. Cet enseignement est tellement sensationnel et spécial qu’il y a toutes les raisons de s’arrêter et de se poser des questions : Comment est-ce que j’utilise ma langue ? « La mort et la vie sont au pouvoir de la langue ; quiconque l’aime en mangera les fruits. » Pr. 18, 21.
Combien de personnes ai-je « tuées » ou paralysées avec ma langue ? Combien de personnes ont été revigorées, encouragées et bénies par ma langue ?
Lorsque Paul décrit un homme naturel, et en particulier la partie de l’homme qui est liée à la langue, il écrit : « Leur gosier est un sépulcre ouvert ; ils se servent de leur langue pour tromper ; ils ont sous leurs lèvres un venin d’aspic ; leur bouche est pleine de malédiction et d’amertume. » Ro. 3, 13-14.
C’est assez incroyable de voir comment une personne peut réussir à habiller ses actes sordides de mots et de phrases qui les font paraître nobles, en prétextant par exemple qu’on a de la sollicitude pour son entourage. On peut se parer de belles paroles pour ressembler à un ange, alors qu’on est presque le contraire. En même temps, on parvient à rendre son prochain et ses intentions suspects, de sorte que tous ceux qui ont écouté ces paroles sont peut-être tourmentés pendant des années par des pensées critiques et peu édifiantes. Les auditeurs sont presque paralysés par l’idée de faire quelque chose de bien pour la personne dont on a dit toutes sortes de choses. Il y avait un venin mortel dans ce qui a été servi. Par sa curiosité, on peut accumuler toute une série d’informations sur des choses avec lesquelles on n’a rien à voir, et les présenter à droite et à gauche comme des informations « fiables », sans avoir véritablement cherché à vérifier si ce que l’on dit est vrai. On enflamme le cours de la vie, gâchant peut-être la journée de travail de plusieurs personnes qui doivent intervenir pour « éteindre l’incendie », au lieu d’utiliser leur temps pour quelque chose de bien plus utile et édifiant.
À l’aide de ce petit gouvernail appelé la langue, on dirige le navire de sa vie dans une direction complètement erronée, loin de la communion et de la fraternité, et on se retrouve peut-être en compagnie de personnes qu’on n’avait jamais eu l’intention de fréquenter.
Que faut-il faire ? Eh bien, tout d’abord il faut se convertir, et se convertir à fond. Le fait de demander pardon pour des paroles malveillantes et irréfléchies fait partie du processus. Ensuite, il faut s’engager dans un travail ciblé et à long terme à son propre salut. Il faut veiller et prier ! Même le grand homme de Dieu qu’était Paul était si pauvre en lui-même qu’il a demandé aux Éphésiens de prier pour lui, afin que les mots lui soient donnés lorsqu’il ouvrirait la bouche. C’est un grand contraste avec la plupart des gens, qui « déblatèrent » sur toutes sortes de sujets, laissant leur entourage fatigué et vidé de sa motivation et de son énergie. La plupart du temps, il s’agit de soi-même, de sa propre grandeur et de son excellence, ou de la bêtise des autres, de ce qu’ils ont dit et affirmé, des choses qu’en y regardant de plus près, ils n’ont ni dites ni voulu dire. « Allez, prêchez, et dites : Le royaume des cieux est proche. » Mt. 10, 7. Est-ce que j’apporte ce royaume de justice, de paix et de joie dans le Saint-Esprit ? Ou est-ce la vanité de mes pensées qui contrôle ma langue ? Est-ce que je vise un but en disant ce que je dis ? Voici un bon mètre étalon : « Que tout ce que vous faites se fasse avec amour ! » 1 Co. 16, 14. Nous avons intérêt à prendre également à cœur ces paroles de Jacques : « Si quelqu’un croit être religieux, sans tenir sa langue en bride, mais en trompant son cœur, la religion de cet homme est vaine. » Ja. 1, 26. Est-ce que j’apporte quelque chose de valeur à mon prochain, ou suis-je quelqu’un qui vole et consomme le temps des autres par des bavardages sans valeur ? Combien de fois prions-nous cette prière de David ? : « Reçois favorablement les paroles de ma bouche et les sentiments de mon cœur, ô Éternel… » Ps. 19, 15. Jean-Baptiste l’exprime de la manière suivante : « Celui qui est de la terre est de la terre, et il parle comme étant de la terre. Celui qui vient du ciel est au-dessus de tous. » Jn. 3, 31. La plupart des paroles prononcées, même parmi les croyants, proviennent de la terre. C’est quand même mieux que les paroles qui viennent de langues enflammées par la géhenne, alimentées par la haine et le mépris des autres.
Mais les paroles de Jésus venaient du ciel. Sa langue était déliée de la terre et des gens. Elle était enflammée par le Ciel. Il a perdu sa vie dans ce monde. C’est pour cela qu’il y avait une puissance et une autorité célestes dans ses paroles. Personne ne pouvait renverser les forteresses de Satan comme lui. Personne ne pouvait séparer les ténèbres comme lui. Personne ne pouvait édifier les pauvres en esprit comme lui. Il était au-dessus de tous. Le fait de s’être abaissé plus que tous lui a donné un tel pouvoir qu’il détruira l’impie par le souffle de sa bouche, le moment venu. Il s’est tenu devant la face de Dieu pendant les jours de sa chair et a pris à cœur cette parole : « Si tu sépares ce qui est précieux de ce qui est vil, tu seras comme ma bouche. » Jé. 15, 19.
Le fait qu’il a aimé la justice et a haï l’iniquité a fait jaillir une source si pure et exempte de contamination que « tous lui rendaient témoignage et étaient étonnés des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche. » Luc 4, 22. « Jamais homme n’a parlé comme cet homme ! » ont dit les huissiers à propos de Jésus. Jn. 7, 46.
C’est avec cette même source que nous devons entrer en contact. Lorsque, par la croix, nous bouchons la vieille source qui jaillit des convoitises et des désirs de la chair, nous entrons en relation avec l’Esprit de vérité. Il puise dans les trésors qui se trouvent auprès du Père et que Jésus avait amassés dans son esprit pendant sa vie ici-bas. « Tout ce que le Père a est à moi », a dit Jésus. Jn. 16, 15. Quelle source de sagesse, d’eau vive ! De même, lorsque Paul mettait en garde contre Alexandre le forgeron, c’était avec des paroles pures, de l’eau pure pour la préservation du corps de Christ. 2 Ti. 4, 14-15. C’est ainsi que nos paroles deviennent bonnes, pour l’édification nécessaire. Les mots sont bien choisis, et la langue, au lieu d’être un mal incontrôlable, devient un bien inestimable. Il n’y a pas abondance ici sur terre de bouches de la justice, de langues de la justice et de paroles dites à propos, pas même dans l’assemblée.
Toutes les langues enflammées par la géhenne et toutes les paroles qui mettent le « moi » au centre prendront fin. Ce jour-là, le ciel tout entier, avec des langues délivrées, chantera d’une voix forte : « L’Agneau qui a été immolé est digne de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l’honneur, la gloire, et la louange ! … À celui qui est assis sur le trône, et à l’Agneau, soient la louange, l’honneur, la gloire, et la force, aux siècles des siècles ! » Ap. 5, 12-13.
C’est dans cet Esprit que notre langue doit être exercée. Ce n’est pas alors notre péché, notre « moi », qui contrôle la langue. La bonté, la miséricorde et la reconnaissance auront alors reçu un instrument qui répand la bénédiction et l’espérance. « Tel, qui parle légèrement, blesse comme un glaive ; mais la langue des sages apporte la guérison. » Pr. 12, 18.