Sigurd Bratlie

mars/avril 1996

Mercredi matin, le 24 janvier, notre frère bien-aimé s’est endormi dans le Seigneur. C’est lui qui a été pendant tant d’années notre conducteur et berger fidèle. Il était toujours disposé à nous servir, toujours oint d’huile fraîche, avec des paroles pleines de guérison. Il était en vérité un messager de joie pour Sion. Nous sommes heureux, nous tous qui avons eu la grâce de connaître sa compassion et de sentir sa bonté.

Avec la mort du frère Sigurd Bratlie s’achève une très longue vie riche en contenu, dans le travail pour le royaume de Dieu. Il est né le 27 juillet 1905 à la ferme de Bratlie, dans les environs d’Oslo. Il a eu la grâce de se convertir à l’âge de 9 ans. Il a donné sa vie à Dieu de tout son cœur et a tout de suite été actif pour aider les autres à trouver la même joie. A l’âge de 15 ans, il a rencontré l’Assemblée et est tout de suite devenu un disciple entier de cœur. Sigurd Bratlie a choisi de sortir hors du camp, de se tenir seul, en compagnie de quelques autres personnes méprisées, à cause de Jésus et de la vérité. Là, il a entendu la parole de la croix, qui lui a donné la force d’en finir avec le péché. Dès le début, il a eu une oreille réceptive pour cette parole, et il considérait ce mystère comme beaucoup plus grand que les amitiés qu’il avait dans le monde religieux. Sigurd Bratlie a tout de suite consacré sa vie à l’obéissance de la foi, de sorte qu’il a lui-même reçu une aide puissante par ce qu’il a entendu. De cette manière, il a eu dès le commencement l’édification à cœur aux réunions, et il a partagé avec les amis ce que Dieu lui a donné, avec un esprit de révélation comme on en rencontre rarement. Le frère Bratlie a beaucoup prié pour avoir un esprit de sagesse et de révélation, et il avait déjà dans sa jeunesse de la force dans ses prières.

Dès l’âge de 25 ans, il était assez mûr pour pouvoir être envoyé à Copenhague, où, à l’époque, l’assemblée en était à ses débuts. Sigurd Bratlie avait une formation de tailleur, et il n’est pas venu à Copenhague comme un prédicateur habituel, mais il a trouvé du travail dans une maison de confection, où il a gagné deux de ses collègues de travail. Les amis de Copenhague avaient beaucoup confiance en lui, et il y a travaillé pendant 7 ans, jusqu’en 1937. C’est à cette période qu’il a écrit « La grâce en Jésus-Christ » (1936). En 1937 et 1938, il a travaillé à Bagn dans la région de Valdres en Norvège, et il y a eu un grand réveil, au cours duquel beaucoup d’inconvertis ont donné leur vie à Dieu. En 1939, il est parti à Stavanger, où il est resté jusqu’en 1942. En 1945, il a écrit « L’épouse et la prostituée ». C’est justement ce livre qui, plus que toute autre chose, a combattu de manière tellement efficace et radicale la fausse compréhension de l’Évangile qui a cours dans les milieux religieux. Ce livre a été traduit dans beaucoup de langues et a été imprimé à des milliers d’exemplaires. Sigurd Bratlie a travaillé à Stockholm de 1945 à 1948. Plus tard, il a aussi travaillé à de nombreux autres endroits, pendant des périodes plus ou moins longues.

Johan O. Smith appréciait beaucoup Sigurd Bratlie, et il a très vite compris qu’il deviendrait une force capable de porter l’Assemblée. Le 27 mai 1944, il s’est marié avec la fille de Johan O. Smith, Rakel, qui a été son soutien fidèle et sa collaboratrice jusqu’à sa mort en mars 1995. Ils se sont installés à Oslo, et quelques années plus tard, ils ont déménagé dans la maison de mes parents à Grefsen, dans un quartier d’Oslo, où j’ai pu voir pendant des années, au cours de mon enfance et de ma jeunesse, comment il agissait dans la vie quotidienne.

Le frère Sigurd Bratlie était fort en Dieu et fort dans les Écritures. Il était particulièrement fidèle envers les Écritures et servait la Parole dans un Esprit fervent. Il était un interprète de Dieu — l’un d’entre mille. L’esprit de révélation reposait tellement fortement sur lui qu’il donnait de l’intelligence aux simples. Ps. 119, 130. Pendant de nombreuses années, il a fait des études bibliques à Oslo, et il nous expliquait les Écritures de telle manière que nous sentions nos cœurs brûler. Lu. 24, 32. Il servait la Parole en esprit et en vérité, de sorte que l’impression qui nous restait, après qu’il avait parlé, n’était jamais celle qui émanait de sa personne, mais celle qui venait de la parole de Dieu dont il nous avait nourris.

Sigurd Bratlie nous parlait pour nous édifier, nous exhorter et nous consoler, et il était attentif au développement de chacun. Il ne lui suffisait pas d’annoncer la parole de Dieu aux réunions ; il était aussi un berger, tant dans son assemblée locale que pour des personnes dans le monde entier, et il leur donnait un soutien et de l’aide personnels. Nous étions étonnés de voir à quel point il agissait de manière effacée et silencieuse, de sorte qu’il était rare que nous sachions toutes les circonstances dans lesquelles il avait tendu la main pour secourir. Les paroles de l’hymne national norvégien s’appliquent bien à notre très cher frère : « ... et notre Seigneur a arrangé les choses sans bruit, de sorte que nous avons obtenu gain de cause ».

Nous avons connu Sigurd Bratlie comme un guerrier. Il n’avait pas seulement une épée, il avait aussi de la bonté et la sagesse de Dieu dans son cœur, quand il utilisait l’épée. C’est pour cela que son ministère a apporté la guérison et de l’aide à tellement de gens. Sigurd Bratlie s’était entièrement consacré à Dieu, et il était dans le repos dans toutes les circonstances. On a pu le voir claire ment par exemple lorsqu’il était en prison à Bagdad, de novembre 1978 à avril 1979. Dans cette situation difficile, il répandait un esprit vivifiant parmi ses codétenus. Ils l’aimaient de tout leur cœur, et le jour où il a été libéré, ils l’ont porté sur leurs bras jusqu’à la sortie. Il avait une foi particulièrement grande en Dieu, et celle-ci faisait qu’il ne craignait rien, ni dans ses circonstances personnelles, ni comme serviteur du Seigneur.

Ce n’était pas le fait de rassembler de grandes foules qui intéressait le frère Sigurd Bratlie. Il travaillait pour présenter chacun en particulier comme accompli en Christ. Sigurd Bratlie a eu une grâce toute particulière en tant qu’apôtre. D a établi beaucoup d’assemblées dans de nombreux pays, et je le considère comme l’apôtre Paul de notre temps. Il travaillait pour être le serviteur de tous, c’est pourquoi il est devenu tellement grand à nos yeux. Il avait une collaboration particulièrement magnifique avec ses frères Elias Aslaksen et Aksel J. Smith. C’est sur la base de cette fraternité-là que l’Assemblée a été édifiée dans le monde entier. Il ne s’agissait pas de liens charnels d’amitié ou de famille, mais c’était une fusion dans la crainte de Dieu. Nous qui avons vu la manière dont ces frères ont servi, nous avons pu goûter à leur communion céleste. Ils n’ont jamais cherché leur propre intérêt et n’ont jamais cherché de quelque manière que ce soit à donner des avantages à leur propre parenté ou famille. Cette fraternité continue maintenant, et le fils du frère Bratlie, Sigurd Johan, participe à ce travail. Cela nous réjouit, car nous sentons que Sigurd Johan est rempli du même Esprit pur et de la crainte de l’Éternel. Nous devons garder cette fraternité sans tache, jusqu’à l’avènement de Jésus-Christ.

Je suis extrêmement reconnaissant d’avoir eu le frère Sigurd Bratlie comme berger et conducteur. Puissions-nous être nombreux à suivre dans ses traces ! Son souvenir est vivant et il restera en bénédiction.