Enraciné

mai 1961

Enraciné

«… que vous soyez enracinés et fondés dans l’amour, pour être capables de comprendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur…» Ép. 3, 17–18.

Peu d’hommes sont enracinés et fondés dans l’amour divin, de manière à pouvoir pénétrer dans les profondeurs en Dieu. On a très vite fait de prendre les choses de manière sentimentale, si bien que c’est l’amour humain qui prévaut.

Nous savons que Jésus était dans l’amour divin, depuis le moment où il est entré dans le monde, en disant : «Me voici, ô Dieu, pour faire ta volonté !», jusqu’à ce qu’il expire sur la croix en disant : «Père, je remets mon esprit entre tes mains.» Paul était lui aussi enraciné dans l’amour de Dieu. Il en témoigne en Ro. 8, 38–39, avec des paroles tellement puissantes et fortes et des expressions tellement profondes et audacieuses que seul un amour divin peut les inspirer.

Mais qu’en est-il si nous regardons autour de nous ? Jésus a-t-il beaucoup d’imitateurs ? Paul en a-t-il beaucoup ? Peut-être suffit-il que quelqu’un réprimande les enfants d’un frère ou d’une sœur pour qu’il ou elle s’emporte et que le mal se manifeste. Une parole blessante peut décourager une personne pleine d’assurance, peut-être pendant plusieurs jours. Mais nous voyons aussi parmi nous des manifestations de l’amour ardent de Christ ; des personnes qui ont tout abandonné et qui cherchent de tout leur cœur à vivre pour les autres. À toutes les époques, il y en a quelques-uns qui trouvent le chemin étroit et qui y marchent. De telles personnes sont comme de grands icebergs, qui flottent calmement et majestueusement sur une mer déchaînée et tourmentée. S’ils dépassent de dix mètres la surface de la mer, il y a dix fois plus de mètres en dessous de la surface. Aucune vague ne peut les briser, et aucune tempête ne peut les faire couler. Voilà la récompense de ceux qui sont enracinés et fondés dans l’amour. Mais celui qui n’est pas enraciné ressemble à un bel arbre élevé, avec une cime large et étendue, mais avec des racines peu profondes ; quand vient l’orage, il est renversé et reste à terre.

Les croyants ont habituellement une compréhension limitée du contenu et des profondeurs de l’œuvre de Christ. Leur vie chrétienne n’est pas assez profonde ; elle est superficielle. Pour être capable de comprendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur, il faut être enraciné et fondé dans l’amour, il faut pousser des racines tellement profondes qu’aucune tempête ne peut nous renverser. L’arbre qui est renversé par mauvais temps ressemble à celui qui a perdu la foi qu’il est possible de paraître debout devant le Fils de l’homme. Lu. 21, 36.

C’est pourquoi il est tellement important de ne pas négliger les occasions qu’on a d’affermir ses racines. Il est si facile de se contenter des expériences qu’on a faites et des bénédictions qu’on a obtenues sur le chemin de la foi ; mais pour avancer un peu plus, pour faire un pas de plus dans le pays, pour croître en contenu et en poids, il faut de la faim, un ardent désir et de la pauvreté en esprit.

C’est après que l’on a été fermement enraciné qu’on peut comprendre avec les saints les choses plus profondes en Dieu. Deux choses ont toujours caractérisé les hommes saints : ils se sont séparés de tout ce qui est mondain, et ils ont un ardent désir d’avoir part à plus de ce qui est en Dieu. Les hommes saints ont l’attitude que reflètent des cantiques tels que : «Accorde-moi plus de soif et plus de faim ! Que chercher ton royaume soit mon seul bien !» ou «J’ai une profonde détresse, un sincère et profond désir : de trouver grâce aux yeux du Maître, en toutes choses le servir.»

Quand un jeune est sauvé et qu’il commence à lire la Bible de sa propre initiative, à cause de son propre désir, cela témoigne d’un désir de contempler les merveilles de la loi de Dieu. Ps. 119, 18. Cela témoigne aussi que les racines sont en train de chercher les bonnes sources nourrissantes. Mais si on s’intéresse plus aux choses visibles qu’aux choses invisibles, et si la communion et le fait de méditer la parole de Dieu est plus un devoir qu’un ardent désir, on doit comprendre qu’on est loin d’être enraciné et fondé dans l’amour de Christ.

Une profonde détresse et un sincère désir de sonder les profondeurs de l’œuvre de Christ, voilà l’attitude de l’Épouse ! Combien cela fait mal de remarquer chez quelqu’un qu’il y a peu de désir pour les choses célestes, mais un désir et un intérêt vivants pour ce qui est terrestre !

«Vous devriez, avec le temps, être des maîtres.» Hé. 5, 12. On ne devient pas maître du jour au lendemain. Il faut du temps pour être enraciné, et il faut du temps avant de porter du fruit, mais ce temps était maintenant écoulé, d’après la mesure raisonnable de Dieu. L’Assemblée a besoin d’hommes pieux qui soient en mesure d’enseigner ce qui concerne le chemin. De tels hommes faisaient défaut parmi les Hébreux. Ils avaient entendu les paroles bénies de Dieu, mais ils avaient négligé de soigner les racines de leur vie intérieure, qui leur aurait donné un fondement et une croissance dans l’amour de Dieu.

Les fruits les plus magnifiques et précieux du fait d’être enraciné dans l’amour de Dieu, c’est de pouvoir sonder les profondeurs de l’œuvre de salut de Jésus. Celui à qui ces choses sont révélées peut enseigner ce qui concerne le chemin. Jésus a parcouru tout le chemin et peut donc enseigner tout ce qui concerne le chemin. Nous ne pouvons enseigner que ce que nous avons nous-mêmes parcouru, la portion du chemin que nous connaissons. Si par exemple le chemin à travers la chair est long de 1000 km, et qu’on n’en a parcouru que 50, on peut enseigner aux autres ce qui concerne ces 50 km, avec zèle et ferveur, mais on est ignorant pour tout ce qui concerne le reste. Si ces 50 km n’en deviennent pas plus au fil des ans, il y a quelque chose qui ne va pas quant à notre enracinement, notre faculté de comprendre et notre dévouement à l’amour de Christ.

Il ne faut pas énormément de temps à un homme zélé pour parcourir ces 50 premiers kilomètres, mais pour continuer à avancer, il faut continuer à avoir de la détresse et un ardent désir. Tout dépend alors de la manière dont on tire profit de la lumière et de la connaissance qu’on a, selon la loi de la liberté. On peut avoir une bonne conscience même si on plonge peu les regards dans la loi parfaite de la liberté, car on n’a pas un désir plus grand. On n’a pas les racines assez profondément ancrées dans l’amour pour que naissent le zèle et la détresse nécessaires.

Après avoir décrit une partie de la grandeur de Dieu, Paul s’exclame : «Ô profondeur de la richesse, de la sagesse et de la connaissance de Dieu !» C’est de cette grandeur infinie de Dieu qu’il veut que l’Assemblée comprenne la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur.

Puisse la condition pour parvenir à une telle bénédiction être remplie par beaucoup !