Mort avec Christ

février 1957

Mort avec Christ

Ro. 6, 8.

L’œuvre de Christ - l’œuvre de Dieu en Christ - est une œuvre immense, aussi bien en largeur qu’en profondeur. Jésus n’a pas seulement expié nos péchés, ceux que nous avons commis, mais il nous a inclus nous-mêmes dans cette œuvre, notre vieil homme, toute notre existence en tant qu’homme selon la chair, toute notre volonté et tout notre honneur, le monde lui-même y a été inclus tout entier.

Tout a été condamné et mis à mort en Christ, et par Christ, afin que nous puissions recevoir une vie nouvelle et divine, et puissions vivre cette vie, croître en elle, et parvenir à l’état d’hommes faits, à la mesure de la stature parfaite de Christ.

Mais hélas ! la plupart des croyants profitent de cette possibilité dans une mesure lamentablement réduite. Malgré cette œuvre puissante, ils continuent à pécher, car ils continuent à vivre eux-mêmes. Ils vivent pour eux-mêmes et, dans ces conditions, ils ne peuvent pas éviter de pécher.

Nous savons tous ce qu’implique le fait de mourir : toutes les choses anciennes cessent, on est bien obligé de tout quitter, on est séparé de tout et de tous, inexorablement. On le sait très bien, mais on ne croit pas la parole de Dieu, on ne croit pas en l’œuvre de Christ, on n’y croit absolument pas !

Ceci n’est pas étonnant, car qui sont ceux qui veulent mourir volontairement dans toute la force du terme, bien avant le jour où ils seront bien obligés de mourir, qu’ils le veuillent ou non ?!

Heureux sont ceux qui sont à ce point fatigués du péché et fatigués d’eux-mêmes.

Au fond, pour celui qui est simple de cœur, il n’y a rien de plus caractéristique que l’avis de décès qui est souvent formulé ainsi : « X. est entré dans le repos. » Figure-toi qu’il est possible d’entrer dans le repos pendant que nous vivons dans la chair, dans ce corps mortel !

« Si un seul est mort pour tous, tous donc sont morts. » 2 Cor. 5, 15. Nous continuons donc à vivre dans le même corps comme si nous étions littéralement décédés. Le silence de la mort et de la tombe règne maintenant - repos éternel, repos ininterrompu - à l’égard de tout ce qui appartient au péché et au monde. Tu n’entends plus un seul son, là où autrefois cela bouillonnait comme dans une marmite de sorcière, et d’où il sortait de la colère, de la jalousie, de l’envie, du mécontentement, de l’orgueil, de la susceptibilité, des paroles vaines etc., etc.

Non, plus un seul son î Car comment est-il possible qu’on fasse du bruit et qu’on bouillonne lorsque la mort a réellement eu lieu, lorsque le feu sous cette marmite de sorcière est éteint ?

Ce que le grand prophète et voyant a vu plusieurs centaines d’années avant la venue de Christ est vraiment significatif : « Qui a cru à ce qui nous était annoncé ? Qui a reconnu le bras de l’Éternel ? » Es. 53, 1.

Mais toutes ces choses qui cessent dans la mort de Christ (dans les personnes auxquelles Esaïe faisait allusion) sont glorieusement et richement remplacées par la vie nouvelle et divine, c’est-à-dire par des actions de grâces, des louanges, des paroles édifiantes, des paroles d’enseignement, des paroles d’exortations, des paroles de châtiment, des paroles de consolation, la prédication de la parole en toute occasion, favorable ou non, des réponses comme : « Oui, mon Seigneur (et seigneur) ! » et « Arrière de moi, Satan ! »

Les anciennes façons de parler ont disparues ! Loué soit Dieu ! Et de nouvelles paroles agréables à Dieu les remplacent !

C’est le repos par rapport à tout ce qui est ancien, et une nouvelle vie ininterrompue en Jésus-Christ, à son honneur et à sa louange.

Nous comprenons maintenant que ceux qui croient à l’expiation tirent de l’œuvre de Christ des résultats très différents : cela peut aller d’un tout petit effet accessoire, - on freine ou on réprime la puissance et la nature du péché -, jusqu’à une transformation radicale, une nouvelle créature qu’il n’est possible d’obtenir qu’en mourant à soi-même.

Et ceci n’est à son tour possible que par la foi vivante en la participation à la mort de Christ. Sa mort est notre mort.

Il peut être bénéfique de considérer, dans des domaines et des perspectives différentes, quelles sont les conséquences que la mort avec Christ entraîne. Nous avons déjà considéré un domaine très important, à savoir :

I. Le repos en Dieu. « Pour nous qui avons cru (c’est-à-dire en notre mort avec Christ), nous entrons dans le repos. » Héb. 4, 3. Les impies ne peuvent pas être tranquilles. Ils sont comme la mer agitée. Es. 57, 20. Combien ceci est caractéristique !

Personne ne peut être calme, encore moins au jour de l’épreuve, exceptés ceux (et ils ne sont pas nombreux) qui sont morts avec Christ par la foi. Mais pour ceux-là, c’est possible, et ils ne peuvent absolument rien faire d’autre, justement parce que c’est devenu une réalité. Ce qui, dans d’autres conditions, aurait dû tempêter et se lamenter est mort.

L’Ancien Testament disait déjà : « Que toute chair fasse silence ! » Mais qui aurait pu y arriver, même s’il le souhaitait sincèrement ? Maintenant que l’œuvre est accomplie, le chemin qui y mène est ouvert. Alléluia !

Puisse un tel silence de mort commencer à régner dans beaucoup de vies dans les jours à venir ! Complètement calme ! Dans ces conditions, la vie des uns et des autres sera réellement bénie.

Les femmes doivent écouter l’instruction en silence, avec une entière soumission, dit le grand apôtre. Elles doivent demeurer dans le silence. Qu’en est-il de cela ? 1 Ti. 2, 11 et 12. Et leur parure ne doit pas être la parure extérieure. Qu’en est-il de cela ? Leur parure (elles doivent en effet se parer) doit être un esprit doux et paisible. 1 Pi. 3, 3 et 4.

Qu’est-ce qui peut bien amener une femme au silence ? Rien sous le soleil, si ce n’est la mort. Mais la mort peut même amener une femme à se taire ! Sinon l’exhortation du grand apôtre dans 1 Pi. 3, 1 serait vaine. Mais note bien qu’il exhorte vraiment les femmes qui ont des maris qui n’obéissent pas à la parole à les gagner sans parole !!!

Oui, combien nous avons de raisons de louer de tout notre cœur cette mort de Christ — notre mort avec lui — qui est capable d’accomplir à un tel point ce qui, autrement, serait impensable !

Il est indispensable de voir et de comprendre cela de la bonne manière.

Cette mort n’est pas terrifiante, elle n’est pas un épouvantail, mais une délivrance parfaite de tous les fléaux, peines et fardeaux inutiles, une délivrance plus glorieuse qu’on ne peut se l’imaginer.

Elle nous donne déjà ici, dans notre être intérieur, un repos sabbatique qui dure éternellement.

Cela vaut extrêmement la peine de tout sacrifier pour pouvoir entrer le plus tôt possible dans ce repos.

Nous avons alors tout abandonné entre les mains de Dieu. Il fait toutes choses - malgré tout - bien mieux que nous ! Nous nous reposons alors paisiblement de nos propres œuvres, celles-ci ayant été un fléau pour nous-mêmes et pour les autres tous les jours de notre vie, ou tous les jours de notre propre vie.

II « S’ingérer dans les affaires d’autrui ». 1 Pi. 4, 15.

Il est écrit que nous ne devons pas souffrir pour cette raison-là.

Mais c’est justement pour cette raison là que souffrent les hommes qui vivent encore eux-mêmes, c’est-à-dire presque tous les hommes sur la terre. Regarde et écoute où tu veux, partout où tu vas, où que ce soit : c’est un flot continuel de peines, de souffrances, de problèmes, de complexes inutiles et de toutes sortes d’agitation et de bruit. Les spectacles qui sont joués sur scène peuvent parfois exprimer des vérités frappantes. Une revue avait par exemple pour titre : « Beaucoup de bruit pour rien ». Combien c’est frappant ! Tout le bruit qui se fait est donc sans aucun motif : il est inutile.

Seuls ceux qui vivent eux-mêmes peuvent agir aussi sottement.

C’est un des traits les plus caractéristiques de la puissance et de la nature du péché : toujours se plaindre des autres, toujours s’occuper des affaires d’autrui. Cela entraîne entre autres une mauvaise conscience, des nerfs fragiles et de mauvaises nuits.

L’apôtre classe ce péché dans la catégorie des meurtres et des vols. 1 Pi. 4, 15. C’est parlant ! Et c’est de toute façon absolument le contraire d’être mort avec Christ. Lorsque tu participes à cette mort, toute ingérence dans les affaires d’autrui cesse forcément. Tu es alors à jamais délivré de toutes ces choses-là, d’un flot continuel de fléaux et de peines inutiles.

C’est indescriptiblement bon !

III. « Ils vendaient leurs propriétés et leurs bien, et ils en partageaient le produit entre tous... » Ac. 2, 44 et 45.

C’était une conséquence naturelle du fait qu’ils étaient morts avec Christ. Dès qu’ils ont été remplis du Saint-Esprit, la chose est devenue claire pour tous. C’est pour ainsi dire la première chose qu’ils ont faite après avoir loué Dieu de tout leur cœur. Ils avaient tous tout en commun !

C’était en effet aussi ce que Jésus leur avait prêché et enseigné si clairement : « Quiconque d’entre vous ne renonce pas à tout ce qu’il possède ne peut être mon disciple. » Lu. 14, 33.

« Nul ne disait que ses biens lui appartinssent en propre, mais tout était commun entre eux. » Ac. 4, 32. Voir aussi les versets 34 et 35.

La première des choses que nous faisons lorsqu’une personne est morte et que l’enterrement a eu lieu, c’est de partager les affaires qui lui ont appartenues. C’est tout à fait naturel et juste puisque le défunt n’est plus parmi nous.

Il en est justement ainsi avec celui qui, en Christ, meurt au péché et au monde. Il meurt alors à l’amour de l’argent, aux soucis, à ses propres intérêts, à toute l’envie de posséder ce qui est beau et joli et luxueux ! Ce sont seulement de telles personnes qui peuvent observer le Sermon sur la Montagne et partager généreusement ! Il est évident qu’aucun de ceux qui vivent eux-mêmes ne peut y arriver.

Les apôtres n’ont cependant pas continué à pratiquer cette vérité glorieuse et merveilleuse de cette manière-là. C’était tout à fait juste et même évident. Mais à la longue, il s’est sans doute avéré que ce n’était pas très pratique de tout vendre. C’est pourquoi nous ne trouvons aucune exhortation à le faire dans les nombreuses lettres des apôtres. Cependant, il faut absolument vivre entièrement selon cette vérité divine fondamentale. Nous ne considérons donc rien comme notre propriété, nous utilisons le strict nécessaire et trouvons une grande joie à partager le reste au fur et à mesure, selon la lumière que nous avons sur le moment.

En tant qu’homme, nous pouvons plus ou moins tricher dans ces choses, mais les morts n’ont aucun intérêt à le faire. Seuls ceux qui vivent eux-mêmes y trouvent de l’intérêt.

En 2 Co. 8, 10-15, nous voyons comment, à son époque, Paul pratiquait cette vérité qui consiste à ne rien considérer comme nous appartenant en propre. Nous pouvons dire que le verset 15 énonce cette loi de l’Esprit de vie de façon simple et claire !

L’exact opposé de ce magnifique christianisme est la cupidité et l’avarice. On brûle d’avoir le plus possible, de se procurer le plus possible, d’acheter toutes sortes de choses belles, jolies et précieuses, nouvelles, modernes et luxueuses, et cela passe très bien quand on peut dire que c’est tellement pratique.

Mais la vérité est qu’on n’a pas besoin de la plupart des choses qu’on achète.

On ne le comprend cependant pas avant de mourir à tout ce luxe par la foi en l’œuvre de Christ.

Dans le même ordre d’idées, il est tout à fait à sa place de rappeler les paroles de l’apôtre : « C’est, en effet, une grande source de gain que la piété avec le contentement... si donc nous avons la nourriture et le vêtement, cela nous suffira... Car l’amour de l’argent est une racine de tous les maux... Pour toi, homme de Dieu, fuis ces choses !!! » 1 Ti. 6, 6—11.

(A suivre)