Mourir comme un grain de blé
«Ainsi la mort agit en nous, mais la vie en vous.» 2 Co. 4, 12.
On pourrait presque croire que Paul et les Corinthiens suivaient des voies différentes, mais tel n’est pas le cas. C’est lui-même qui les avait entraînés sur le chemin de la vie, même s’ils faisaient peu de progrès.
Jésus dit : «si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.» Jn. 12, 24-26.
Quand le grain de blé meurt, de nouveaux grains paraissent et croissent. Celui qui meurt peut alors dire à ceux qui croissent : «Ainsi la mort agit en nous, mais la vie en vous.» C’est en effet une grande joie de voir que la vie agit, de sorte que de nouveaux grains de blé puissent croître.
Il faut du temps pour devenir un grain de blé, et ce grain doit être mûr avant d’avoir la capacité de germer. Ceux en qui la vie agit sont nombreux, mais peu nombreux sont ceux en qui la mort agit.
On peut entendre par les témoignages que donnent les uns et les autres qu’ils sont presque tous en train de devenir des grains de blé. Leurs témoignages tournent autour d’eux-mêmes. Ils ont des combats pour leur propre part, pour parvenir à une vie bonne et victorieuse. Quand cela leur réussit et qu’ils louent Dieu, cela montre que la vie agit en eux. Nous nous réjouissons tous des grains de blé qui se développent. Ils reçoivent de la lumière, et ce qu’ils font leur réussit. Ils sont en train de devenir des collaborateurs — des grains de blé.
Quand tu entends un collaborateur de Dieu témoigner, tu n’entends jamais parler de ses difficultés personnelles, ou qu’il lui est arrivé ceci ou cela. Il entend ce que l’Esprit veut dire à l’Assemblée, et ce n’est qu’avec cela qu’il souhaite servir. Il ne pense pas à lui-même. Ce que Dieu a fait pour lui se trouve dans son esprit. Personne ne doute qu’il a la victoire, ou qu’il est heureux. Il n’a pas besoin de le dire, mais il peut néanmoins le faire, pour louer le nom de Jésus dans une grande assemblée.
«Nous nous réjouissons lorsque nous sommes faibles, tandis que vous êtes forts, et ce que nous souhaitons dans nos prières, c’est votre perfectionnement.» 2 Co. 13,9.
Lorsqu’on est en train de devenir un grain mûr, on se réjouit de la force qu’on a reçue de Dieu pour mettre les choses en ordre et pour avoir la victoire, et on continue à penser à sa propre personne et à ses propres affaires. On devient ainsi de plus en plus fort en Christ. Mais de telles personnes doivent alors commencer à se réjouir de ce que d’autres sont forts, alors qu’elles-mêmes sont faibles. Il n’est pas question ici d’une faiblesse dans laquelle on pèche et dans laquelle on n’a pas la force de faire la volonté de Dieu, mais de la faiblesse qui consiste à ne pas paraître aux yeux des hommes. On ne devient pas à leurs yeux un héros qui fait des prouesses ; c’est celui qu’on a engendré au travers des souffrances, qu’on a exhorté et enseigné, qui fait les actes héroïques. A ce moment-là, on meurt comme un grain de blé. Il y en a peu qui pensent au grain qui meurt ; ils admirent plutôt l’épi qui pousse. Ce dernier peut recevoir de l’honneur de la part des hommes. Mais quand on comprend les choses à la manière des hommes, on ne sait pas honorer le grain de blé qui meurt. C’est pourquoi Jésus dit : «Si quelqu’un me sert, qu’il me suive» — à savoir dans la mort du grain de blé. Voilà la signification la plus profonde du fait d’être serviteur de Jésus. Il dit ensuite : «Si quelqu’un me sert, le Père l’honorera.» Seul le Père sait honorer de telles personnes.
Au fil des siècles, il y a eu des dirigeants que Dieu a utilisés pour de grandes œuvres, et qui ont dirigé de grands mouvements. Mais ils n’ont pas compris qu’il s’agissait de mourir comme un grain de blé, et une fois qu’ils sont décédés, on les honore comme les fondateurs du mouvement et comme ceux que Dieu a utilisés pour faire de grandes choses ; mais ils n’ont eu que des adhérents, il n’y a personne pour suivre dans leurs traces. Ils étaient là comme le grand arbre qui occupait toute la place, et une fois qu’ils ont disparu, il est resté un grand vide que personne n’a su combler. Il n’a pas été suscité de grains de blé mûrs qui ont en eux la capacité de germer. La force et la vie s’éteignent, et le puissant réveil qu’il y avait au départ dégénère et se transforme en une simple organisation.
Ce schéma se répète à des échelles plus ou moins grandes. La raison la plus profonde de cet état de fait est que l’on recherche de l’honneur de la part des hommes. Si on entre dans la mort du grain de blé, on ne peut être honoré que par le Père, mais on n’a pas la foi pour s’engager sur ce chemin-là.
Le vieil homme doit mourir pour qu’on devienne un grain de blé — un collaborateur. Mais il faut mourir en tant que grain de blé pour suivre Jésus en vérité et porter du fruit.