L’autel

septembre 1941

L’autel

«Quand il ouvrit le cinquième sceau, je vis sous l’autel les âmes de ceux qui avaient été immolés à cause de la parole de Dieu et à cause du témoignage qu’ils avaient rendu.» Ap. 6, 9.

Il y a eu beaucoup d’autels différents à travers les âges, et il y a eu de grands combats entre ces autels. Il y a aussi eu de grands combats pour savoir ce qu’il fallait sacrifier. Dans l’Ancien Testament, il y avait un combat entre l’autel de Dieu et l’autel de Baal. On peut se demander s’il était moins coûteux ou plus facile de sacrifier sur l’autel de Baal que sur l’autel de Dieu ? Non, pas du tout ! Le peuple n’épargnait rien. Ils sacrifiaient leurs fils et leurs filles, et les prêtres de Baal se torturaient jusqu’au sang. Pourquoi préféraient-ils donc l’autel de Baal à celui de Dieu ? C’est parce que sur ce dernier, ils ne devaient sacrifier que des animaux, et ils n’avaient pas à se torturer eux-mêmes ; mais les sacrifices qu’ils devaient y faire avaient une signification particulière, qui les rendaient plus difficiles à faire. Ces sacrifices rendaient témoignage de leur péché et de leurs transgressions, et il y avait des sacrifices d’actions de grâces, qui témoignaient que c’était Dieu qui leur donnait la force, et qu’ils n’étaient rien par eux-mêmes. Ils ne pouvaient donc pas retirer de gloire pour eux-mêmes en sacrifiant sur l’autel de Dieu.

On a toujours constaté, à toutes les époques, que les hommes n’épargnent rien, si seulement ils peuvent eux-mêmes devenir grands par ce moyen. Nous voyons aussi aujourd’hui comment les hommes sacrifient leur vie et tout ce qu’ils ont sur l’autel de Baal, l’autel du monde. Comme les pharisiens, ils cherchent à porter de larges phylactères et de longues franges à leurs vêtements. Mt. 23, 5. Nombreux sont ceux qui ont donné beaucoup d’argent aux missions, et qui ont légué leurs biens aux églises et aux œuvres de bienfaisance, pour avoir ces phylactères. Ils ont travaillé activement pour les associations humanitaires. Ils ont consacré leur vie à un engagement politique, et la foule les a admirés à cause de leurs nombreux sacrifices !!

Alors que le peuple était béat d’admiration, les prophètes de Dieu sont entrés en lice. Ils ont dénoncé les péchés du peuple. Ils ont ouvert les sépulcres blanchis. Ils ont rétabli les autels de Dieu, pour qu’on reconnaisse son péché et qu’on se convertisse, pour que Dieu soit honoré. Tous ces menteurs se sont alors écriés : Lapidez-les ! Crucifiez-les ! Lapidez-les ! Crucifiez-les ! Les autels de Dieu ont été abattus, mais les prophètes ont été ensevelis sous les ruines. Les cris se sont alors estompés, et le peuple a retrouvé la paix.

Il y en a ainsi beaucoup qui ont rejeté la vérité et qui ont cru qu’elle était ainsi oubliée à tout jamais. Mais elle n’était que scellée, comme un document de valeur. Et un jour, le sceau sera rompu. Là, sous l’autel, les vrais prophètes paraîtront à nouveau. Ils seront encore en vie. Le temps de la grâce sera arrivé à son terme. Ce ne sera plus la voix qui met en garde et qui exhorte qui se fera entendre, mais un cri de vengeance. Ce ne sera pas là une demande coupable de vengeance pour soi-même. C’est Dieu lui-même qui leur rendra témoignage. Il leur donnera une robe blanche. Ils se seront offerts par amour pour les hommes. Leur cri de vengeance ne sera que le châtiment dont ils voulaient sauver le peuple. Mais les hommes étaient imbus d’eux-mêmes, ils ne croyaient qu’à l’honneur et pas au châtiment. Et quand le sceau sera brisé, ils se rendront compte que ces hommes qu’ils méprisaient étaient malgré tout de vrais prophètes.

Lorsque ceux qui étaient sous l’autel eurent reçu la robe blanche, il leur fut dit de se tenir en repos quelque temps encore. Vous avez encore des compagnons de service qui doivent sceller leur témoignage de leur sang. La mesure de péché des hommes n’est pas encore pleine, mais le temps de la grâce est alors passé. Dieu les a maintenant livrés à leur sens réprouvé. Ils vont remplir la mesure de leurs péchés. Sous cette pression du péché, beaucoup d’hommes qui aiment la vérité gagneront la couronne de martyr. Souviens-toi de cela, héros de la foi solitaire, qui combats parmi les loups ! Tu trouves que ton témoignage porte tellement peu de fruit. Ceux à qui tu rends témoignage ont peut-être perdu leur temps de grâce ; mais toi, tu seras jugé digne de recevoir à la fin la couronne de martyr. Tu compléteras le nombre de ceux qui sont sous l’autel.

Tous les autels du monde s’élèvent bien haut, sous les acclamations : Grand est le temple de Diane ! Mais pourquoi la foule crie-t-elle ? Parce que Paul, cet homme seul, a dit quelques paroles de vérité. L’autel de Dieu est bas et humble par rapport aux autels élevés de ce monde, mais il est assez fort pour pouvoir renverser de grands chargements, comme une motte de terre sur le passage d’un chariot.

Le monde sera alors affranchi de l’âge d’or du mensonge. Le temps nouveau sera arrivé. La voix si longtemps étouffée des prophètes retentira à nouveau, avec celles des vingt-quatre vieillards et des myriades d’anges. Un cri éternel s’élèvera : «Tes œuvres sont grandes et admirables, Seigneur tout-puissant ! Tes voies sont justes et véritables, roi des nations ! Qui ne craindrait, Seigneur, et ne glorifierait ton nom ? Car seul tu es saint. Et toutes les nations viendront, et se prosterneront devant toi, parce que tes jugements ont été manifestés.» Ap. 15,3-4.