Dispensateurs fidèles

Ainsi, qu’on nous regarde comme des serviteurs de Christ, et des dispensateurs des mystères de Dieu. Du reste, ce qu’on demande des dispensateurs, c’est que chacun soit trouvé fidèle. 1 Co. 4, 1-2.

Christ examine et met à l’épreuve chaque croyant, pour trouver si possible des dispensateurs fidèles de ses mystères profonds et riches, qui ont été cachés de toute éternité, et de sa sagesse infiniment variée, qu’il veut annoncer par l’Église aux dominations et aux autorités dans les lieux célestes.

Ce qu’on demande de tels serviteurs et dispensateurs, c’est qu’ils soient trouvés fidèles. Ils doivent avoir fermé leur porte une fois pour toutes à ce monde, pour recevoir les confidences de Dieu et dérober la sagesse à leur profit. Job 15, 8.

On ne se procure pas la sagesse à bon marché ; il faut payer de tous ses biens pour l’acquérir. Il faut s’en emparer par une vie de prière intense, avec une faim et une pauvreté profondes, et en reconnaissant avec beaucoup d’honnêteté son propre état misérable. Quand on est dans une telle attitude, on croît en grâce et en connaissance de Dieu, à la mesure de la fidélité dont on fait preuve. La moindre infidélité dans notre esprit affaiblit cette relation sensible et intime avec Dieu dans notre for intérieur.

Les autres ne le remarquent pas forcément, mais on le sent clairement dans son propre cœur. On peut même être complètement déchu dans son cœur et être mort spirituellement, comme l’ange de l’Église de Sardes, tout en passant pour être vivant.

S’il y a tellement peu de dispensateurs et de serviteurs parmi les nombreux croyants, cela vient du manque de fidélité en esprit. Ils ne supportent pas le combat incessant de la foi dans le caché, où la chair n’a aucun répit, mais ils remontent à la surface, où l’on peut respirer à nouveau, contempler et jouir des choses de ce monde. La plupart des gens se sentent à l’aise dans cette position, la tête hors de l’eau. C’est une position dans laquelle on peut confesser que l’on est chrétien, tout en pouvant suivre avec intérêt toutes les choses de ce monde. Les parents charnels et les vieux amis trouvent aussi que cela peut convenir, car cela leur permet de garder le lien. Mais le jour où l’on plonge et qu’on disparaît de la surface, c’est la consternation sur terre. On ne pourra donc plus jamais voir son fils ou sa fille bien-aimé(e) en vie, plus jamais ressentir de liens ou de communion avec lui ou elle.

Ce sont des moments terrifiants pour ceux qui sont sur la terre ferme, mais encore plus pour celui qui est sous l’eau. Il sentira la force de flottaison l’attirer vers la surface, mais avec la foi, l’espérance et l’amour comme lests en plomb, il s’enfonce de plus en plus profondément. La lutte contre la mort, avant qu’elle ne survienne, sera probablement dure, mais on n’en sera que plus heureux après. Car celui qui perd sa propre vie trouve la vie de Christ, et cette nouvelle créature nage aussi naturellement dans la volonté de Dieu que le poisson dans l’eau.

Ici, sous la surface, il n’y a plus d’hommes naturels qui vous comprennent, et on devient une énigme pour eux. À leurs yeux, c’est de la folie de devoir aller tellement loin dans son christianisme que l’on doit mourir pour être chrétien. On devient une personne complètement nouvelle, qu’ils ne peuvent pas reconnaître sous son ancien nom, ni comprendre ou cerner.

Dans cette position incompréhensible, on reçoit la pierre blanche avec un nom nouveau, que personne ne connaît, si ce n’est la personne qui l’obtient. Une fois qu’on l’a reçue, on sourit de satisfaction sous la plus épaisse des couvertures d’opprobre.

Ce qu’on demande des dispensateurs, c’est qu’ils soient trouvés fidèles. Ils ne doivent plus jamais ressortir la tête de l’eau, pour respirer un peu selon la chair, ou jeter un œil aux choses de ce monde. Celui qui regarde en arrière ne peut pas en effet être son disciple, et n’est pas propre au royaume de Dieu. C’est là, dans les profondeurs, que doivent se trouver tous nos centres d’intérêt. On y trouve les perles les plus précieuses et une multitude de trésors cachés, dont on peut être les dispensateurs.

Il est difficile pour les gens de voir ce que ces héros de la foi entreprennent ici, dans les profondeurs, alors que tout le monde voit bien ce que font tous ceux qui ont la tête au-dessus de l’eau.

Paul était tellement caché aux yeux des Corinthiens qu’ils exigeaient même qu’il leur donne des preuves que Christ parlait à travers lui. En revanche, ils admiraient des ouvriers trompeurs comme si c’étaient de grands personnages spirituels qui faisaient de grandes choses. Quand ces ouvriers parlaient, ils cherchaient surtout à faire briller leur propre personne, en racontant avec enthousiasme toutes les expériences glorieuses qu’ils avaient faites. Les Corinthiens se laissaient séduire par cela, de sorte qu’ils méprisaient Paul, qui dans sa faiblesse leur annonçait l’évangile de la croix.

Pour ouvrir les yeux des Corinthiens sur cette tromperie, Paul s’est mis à raconter ses propres expériences, qui montraient qu’il n’était en rien inférieur aux autres. Si Paul avait voulu voyager en parlant de lui-même, il aurait rassemblé un large public pour écouter ses récits de voyage intéressants et passionnants, mais Paul avait quelque chose de complètement différent à l’esprit dans sa prédication. Il éprouvait les douleurs de l’enfantement, jusqu’à ce que Christ soit formé en chacun de ses auditeurs. Il se comportait ici comme un dispensateur fidèle, sans rechercher d’honneur ou de gain de la part des hommes. Lorsque Paul, à l’instar des ouvriers trompeurs, a voulu raconter certaines de ses expériences, c’était tout à fait différent de ce que les autres pouvaient raconter. Paul voulait se glorifier de sa faiblesse, et il leur racontait qu’il leur avait annoncé gratuitement l’Évangile, en travaillant de ses propres mains pour n’être à la charge d’aucun d’entre eux. Il avait été exposé à de nombreuses veilles, à la faim et à la soif, à des jeûnes, au froid etc., et en plus de tout cela, il était assiégé chaque jour par les soucis que lui donnaient toutes les Églises.

Aujourd’hui encore, des ouvriers trompeurs parcourent tout le pays pour raconter leurs expériences, tout en montrant du doigt les vrais et fidèles serviteurs et dispensateurs de Christ, et en disant qu’il ne se passe pas grand-chose parmi eux. Aujourd’hui encore, la plupart des gens religieux sont tout aussi charnels que les Corinthiens et se laissent abuser par ces grands vantards.

Si les dispensateurs fidèles commençaient à raconter leur histoire aujourd’hui, leurs expériences en Christ éclipseraient probablement souvent ce de quoi les autres se glorifient de manière charnelle.