Le sel et le feu

décembre 1937

Le sel et le feu

Car tout homme sera salé de feu et tout sacrifice sera salé de sel. Mc. 9, 49.

Jean-Baptiste dit : Moi, je vous baptise dans l’eau, en vue de la repentance, mais celui qui vient après moi est plus puissant que moi, et je ne mérite pas de porter ses sandales. Lui vous baptisera d’Esprit Saint et de feu. Mt. 3, 11.

Il est commun à notre époque d’être baptisé du Saint-Esprit. Mais qui parle d’être baptisé de feu ? En réalité, l’Esprit de Dieu se retire de toute âme qui ne supporte pas le feu, par la puissance de l’Esprit. L’Esprit et le feu sont inséparables.

Je suis venu jeter un feu sur la terre, et qu’ai-je à désirer, s’il est déjà allumé ? Il est un baptême dont je dois être baptisé, et combien il me tarde (combien j’attends avec appréhension, trad. norv.) qu’il soit accompli ! Luc 12, 49-50.

Ce passage montre bien que c’était le baptême de feu que Jésus attendait ardemment et avec appréhension.

Les disciples désiraient occuper une position privilégiée dans le ciel, mais Jésus leur a alors demandé : Pouvez-vous boire la coupe que je dois boire, ou pouvez-vous être baptisés du baptême dont je dois être baptisé ? Jésus parle ici du baptême du feu. Les disciples lui ont alors répondu : Nous le pouvons. Et Jésus leur dit encore : Il est vrai que vous boirez la coupe que je dois boire, et que vous serez baptisés du baptême dont je dois être baptisé. Mc. 10, 37-40.

Il ressort très clairement de ce passage que si nous voulons être glorifiés avec lui, il faut que nous aussi, nous soyons baptisés de feu et que nous buvions la coupe (la coupe de souffrances) qu’il a bue.

L’Esprit de Dieu donne la force de supporter le feu. C’est le feu qui consume tout l’orgueil, l’esprit de parti, l’acception de personnes, l’avarice, la haine, etc. Des quantités d’exemples nous montrent que l’on peut fort bien avoir été baptisé une fois de l’Esprit sans avoir pour autant la moindre idée de ce qu’est le feu. Si on avait fait l’expérience du feu, la méchanceté aurait été consumée. Or la méchanceté apparaît dans toute sa laideur, aussi bien dans ce qu’écrivent que dans ce que disent ces personnes. Nous en tirons la conclusion que le feu est loin d’avoir pu faire son œuvre bénie en elles, une œuvre qui consiste à brûler tout ce qui s’oppose à l’Esprit de Dieu.

Il y a quelques années, on entendait dire que le feu était tombé à tel ou tel endroit. J’ai eu l’occasion par la suite de me rendre aux endroits en question, mais j’ai constaté que les vieilles masures sont bel et bien restées debout. Rien n’a brûlé, rien de neuf n’a été construit. Les querelles et les disputes continuent à régner en maîtres. Il était donc faux de prétendre que le feu était tombé. On voulait sans doute parler du réveil qui avait fini par s’éteindre.

Voilà comment les choses se passent. Quand on manque de lumière et de connaissance de Dieu, on emploie toutes sortes d’expressions à tort et à travers. Et les ténèbres sont telles, dans les milieux religieux comme dans le monde, qu’on supporte à peu près toutes sortes de stupidités spirituelles.

La parole de Dieu, quant à elle, demeure ferme et inébranlable, même si les interprétations fausses et la folie de toutes les époques soumettent l’épée à double tranchant à une véritable « danse sous les baguettes »10. Il faut donc prendre garde à ce qu’on écrit et ce qu’on annonce ; car personne ne peut prétendre avoir la science infuse ou être le seul à posséder la sagesse. Dieu sonde toutes choses, et quand il doit fouiller Ésaü11 et expertiser les dégâts causés par le feu, il y associe celui qu’il trouve bon devant sa face. Oh ! si seulement les dégâts du feu étaient grands ; l’espérance de la gloire en serait d’autant plus grande.

Tout homme sera salé de feu, et tout sacrifice sera salé de sel.

Celui qui veut servir Dieu en Esprit et en vérité doit passer par le feu et par le sel. Ce ne sont pas les animaux ou les poissons vivants que l’on sale ; il faut d’abord les tuer. Et si Christ est en vous, le corps, il est vrai, est mort à cause du péché. Ro. 8, 10. C’est sur ce corps que le feu et le sel agissent. Voilà la communion des souffrances de Christ : C’est lorsque nous vivons selon les injonctions de l’Esprit. Le corps est alors offert comme un sacrifice agréable à Dieu. Ro. 12, 1. Sans cela, nous ne pouvons pas devenir des personnes spirituelles. Les exigences sont grandes, mais la gloire à laquelle on accède est elle aussi grande.

Si nous avons fait un don pour la cause de Dieu, ce sacrifice doit être salé de sel ; et si ce sacrifice fait mal, nous sommes nous-mêmes salés de feu. C’est cela qui est parfait. Quand on se dépouille d’un péché, cela fait mal, le feu consume ; mais il faut laisser le sacrifice là, comme dans un tonneau, recouvert de sel. C’est alors un sacrifice entier, et nous sommes sauvés du péché en profondeur. Et c’est le cas pour chaque péché. Pense par exemple au tabac, aux bavardages, à la médisance, à la coquetterie, à la vaine gloire, etc. Il est bon que toutes ces choses soient mises dans le tonneau de sel.

Si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la ; si ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-le ; et si ton œil est pour toi une occasion de chute, arrache-le. Car mieux vaut pour toi entrer estropié dans la vie, que d’avoir deux mains, deux pieds et deux yeux et d’être jeté dans la géhenne, où leur ver ne meurt point et où le feu ne s’éteint point. Mc. 9, 43-50. C’est à toi-même de le faire.

Nous ne pouvons pas éviter le feu. Nous sommes obligés d’y passer, soit ici-bas, soit dans l’éternité.

Y a-t-il donc tellement de mal dans un homme pour nécessiter autant de feu et de sel ?

Lis donc les journaux, et tu verras que les hommes sont remplis de meurtre, de crimes et de vols. Même les dirigeants religieux sont pleins de méchanceté quand ils voient leur position menacée. Il faut donc beaucoup de feu et de sel pour brûler toutes ces mauvaises herbes, qui viennent du monde et qui s’immiscent dans les assemblées de Dieu. Un magnifique baptême de l’Esprit ne suffit pas ; il faut aussi un puissant et magnifique baptême de feu pour en finir avec la méchanceté.

Le sel est une bonne chose, mais si le sel perd sa saveur, avec quoi l’assaisonnera-t-on ? Aussi longtemps que le sel est capable de pénétrer la viande, il garde sa saveur et sa force. Il fait mal, et on crie si l’on n’a pas tout offert en sacrifice. C’est pourquoi chacun doit avoir du sel en lui-même et être en paix avec les autres. C’est cela qui est parfait : Avoir du feu et du sel en soi-même, et oindre sa tête comme si de rien n’était.