« Le péché et la grâce »
Il est souvent question « du péché et de la grâce ». La plupart du temps, la prédication ne va pas plus loin. On veut dire par là qu’on est obligé de pécher, et que le pardon des péchés, c’est la grâce.
Mais il est dit dans Ro. 6, 12 : Que le péché ne règne donc point dans votre corps mortel, et n’obéissez pas à ses convoitises. Et au verset 14 : Car le péché n’aura point de pouvoir sur vous, puisque vous êtes, non sous la loi, mais sous la grâce.
Ces passages indiquent clairement que la loi et le péché vont de pair. La loi a été donnée pour les transgresseurs. Le péché, c’est la transgression de la loi. Le péché porte en lui son châtiment. Celui qui pèche ne l’a pas vu, et ne l’a pas connu ; car quiconque demeure en lui ne pèche point. 1 Jn. 3, 6. Celui qui pèche est du diable, car le diable pèche dès le commencement. Mais le Fils de Dieu a paru afin de détruire les œuvres du diable. Verset 8.
La grâce n’est pas donnée pour que nous servions le péché et qu’ensuite nous priions pour recevoir grâce et pardon. Et pourtant, c’est indéniablement l’impression que laisse toute cette prédication sur « le péché et la grâce ».
Qu’est-ce que la grâce ? C’est la lumière et la vie dans le corps de Christ, là où je n’ai pas encore reçu personnellement part à la lumière et à la vie. La grâce règne par la justice pour la vie éternelle. Ro. 5, 21. En d’autres termes, nous pouvons dire que la grâce règne par la justice pour la justice ; car la vie éternelle est une vie juste. Mais si les convertis n’utilisent la grâce que comme un moyen d’être purifiés du péché et de l’impiété, c’est un mauvais usage de la grâce. Ceux qui reçoivent l’abondance de la grâce et du don de la justice règneront dans la vie par Jésus-Christ lui seul. Ro. 5, 17. Vivre et régner par Jésus-Christ en raison de la grâce, c’est tout à fait autre chose que pécher et recevoir grâce, pour retomber ensuite dans le péché. Demeurerions-nous dans le péché, afin que la grâce abonde ? Loin de là ! Ro. 6, 1. Mais cette doctrine obscurcie et abêtissante sur « le péché et la grâce » donne clairement l’impression aux hommes qu’ils doivent continuer à pécher, pour que la grâce abonde d’autant plus. Nous qui sommes morts au péché, crucifiés pour le péché, comment vivrions-nous encore dans le péché ?
Comme quelqu’un qui travaillait avec Dieu, Paul exhortait les Corinthiens à ne pas recevoir la grâce de Dieu en vain. 2 Co. 6, 1. C’était par la grâce de Dieu que Paul était ce qu’il était, et sa grâce envers lui n’avait pas été vaine. 1 Co. 15, 10. Mais la manière dont on comprend la doctrine « du péché et de la grâce » rend la grâce bien vaine. Les gens sont maintenus dans les ténèbres, l’ignorance et le péché. Et on se réclame de la grâce pour tout cela.
Par la richesse de sa grâce, nous avons reçu la rémission des péchés, Ép. 1, 7, mais pas pour continuer à vivre dans le péché.
Celui qui est dans la chair et qui vit selon la chair est esclave du péché, et quiconque cherche la justification dans la loi est déchu de la grâce. Ga. 5, 4.
La grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes, a été manifestée. Elle nous enseigne (nous éduque, trad. norv.) à renoncer à l’impiété et aux convoitises mondaines, et à vivre dans le siècle présent selon la sagesse, la justice et la piété. Tite 2, 11-12. L’apôtre Paul comprend ce qu’est la grâce : Elle doit me donner la force de maintenir le péché sous mes pieds. Bien que nous ayons du péché dans la chair à cause de la chute originelle, nous devons régner sur ce péché, par la grâce de Dieu. Mais l’homme préfère pécher, plutôt que souffrir. Voilà la raison et l’origine de la doctrine « du péché et de la grâce ». La communion des souffrances de Christ est une notion très peu connue, tout comme le fait d’être crucifié avec Christ. Ph. 3, 10 et Ga. 2, 20. Mais on connaît très bien la notion de pécher et de recevoir de la grâce. En revanche, on ignore habituellement que de cette manière, la grâce est vaine.
Un passage dont on tord complètement le sens dans ce contexte est le suivant : Le sang de Jésus, son Fils, nous purifie de tout péché. Mais ce n’est pas ce que dit l’Écriture ; elle dit : « Si nous marchons dans la lumière, comme il est lui-même dans la lumière, nous sommes mutuellement en communion, et le sang de Jésus son Fils nous purifie de tout péché. » 1 Jn. 1, 7.
Ce n’est que lorsque nous marchons dans la lumière que la grâce n’est pas vaine, et il peut alors être question d’être purifié de tout péché. Mais quand on pèche en comptant sur la grâce, on n’en finit jamais avec le péché. Ce n’est que celui qui a souffert dans la chair qui en a fini avec le péché. 1 Pi. 4, 1.
Qu’est-ce que cela signifie ? Que l’avare vise consciemment de devenir généreux. En s’y exerçant sans cesse, il en finit avec le péché d’avarice. Le médisant s’exerce à fermer sa bouche, l’orgueilleux s’exerce à l’humilité, celui qui s’adonne aux excès de table s’exerce à la tempérance, etc. C’est ainsi qu’on en finit avec le péché. Mais quand on se prévaut du péché et de la grâce, on « fait du surplace » toute sa vie.
Débarrassons-nous donc de toutes les doctrines abêtissantes. Saisissons les paroles claires de l’Écriture, par la révélation de la Parole que donne l’Esprit de Jésus-Christ.
Vous sondez les Écritures pour y trouver la vie ; mais vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie !
Nous devrions apprendre de Jésus et faire comme lui. Lis Ac. 1, 1-3. « Jésus a commencé de faire et d’enseigner, jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel. »
L’enchaînement logique, c’est donc d’abord faire, ensuite enseigner. Tout homme sensé devrait se détourner de ceux qui commencent par enseigner, sans jamais mettre en pratique la parole de Dieu. Mais ils font cependant quelque chose. Ils pratiquent la mendicité au profit de leur activité. Leur doctrine se restreint forcément « au péché et à la grâce » ; on continue en effet à vivre dans le péché, comme il est écrit : « Ils se corrompent dans ce qu’ils savent naturellement comme les brutes. » Jude, verset 10. Selon la nature, il n’habite rien de bon dans l’homme. Quand donc on interprète les Écritures sans la révélation de l’Esprit, cela n’est qu’une compréhension naturelle et humaine. Et avec cette compréhension, ils se corrompent eux-mêmes et ils corrompent ceux qui les écoutent. Mais mon peuple souhaite qu’il en soit ainsi, et ainsi prospère la doctrine « du péché et de la grâce ». Et on échappe à bon compte aux souffrances comme à la crucifixion, en recevant une bonne formation pour devenir des ennemis de « la croix de Christ ».