L’homme naturel
On pourrait croire que lorsqu’un homme est entré au service de Dieu, l’homme naturel a cessé son activité. Mais nous avons d’innombrables exemples qui démontrent que ce n’est pas le cas. C’est pourquoi Paul exhorte les Corinthiens en disant : Que personne ne cherche son propre intérêt, mais que chacun cherche celui d’autrui. Celui qui cherche son propre intérêt se conduit selon « l’homme naturel ». Ils se corrompent dans ce qu’ils savent naturellement comme les brutes. Jude v. 10. Ils ne connaissent pas ce qui relève de l’Esprit. Ils ont suivi la voie de Caïn, ils se sont jetés pour un salaire dans l’égarement de Balaam, ils se sont perdus par la révolte de Coré.
Pour ce qui est de leur ministère, ils cherchent tous leur propre intérêt, et non celui de Christ. Personne ne pouvait prendre sincèrement à cœur la situation des Philippiens comme Timothée le faisait. L’homme naturel se manifestait de toutes sortes de manières, de sorte que l’amour et la sollicitude de Christ passaient à l’arrière-plan. Les égards pour sa femme et ses enfants, les soucis pour ce dont on doit se nourrir et toutes les autres choses naturelles passent au premier plan, comme la priorité n° 1, et le royaume de Dieu passe au second plan. Ils se corrompent par ce qu’ils savent naturellement. La plupart des prédicateurs sont certainement honnêtes au début. Mais quand les obligations familiales se font sentir et que les exigences augmentent, la foi flanche la plupart du temps, et l’homme naturel apparaît, avec tous ses signes caractéristiques. C’est pourquoi il faut rester fidèle jusqu’à la fin. Même si le prédicateur souhaite être fidèle, sa femme et ses enfants exigent d’avoir plus que ce que Dieu leur accorde. Si le mari cède à cette pression, la nature charnelle se manifeste avec ses exigences. La foi n’exige rien. Tout est possible à celui qui croit. George Müller15 a subvenu aux besoins de centaines d’enfants en priant et en croyant.
D’autre part, ceux qui reçoivent la Parole de la part d’un serviteur du Seigneur doivent savoir apprécier un tel serviteur. Et s’il est « Lévite » (c’est-à-dire qu’il s’est consacré dès sa jeunesse au service de l’Esprit), il est dit : Aussi longtemps que tu vivras dans ton pays, garde-toi de délaisser le Lévite. De. 12, 19. Car si tu moissonnes ses biens spirituels, qu’y aurait-il d’exceptionnel dans le fait que tu lui donnes de tes biens temporels ?
Le peuple a murmuré contre Moïse aux eaux de Meriba, et les choses ont mal tourné pour ce dernier. La deuxième fois, il devait parler au rocher, mais par incrédulité, il a frappé le rocher. Nb. 20. De la même manière, quand la pression de ceux qui murmurent devient trop grande, un serviteur du Seigneur peut frapper le rocher et oublier de lui parler. La conséquence en est qu’il n’entre pas dans le pays. Les mystères du souverain sacrificateur disparaissent, ainsi que tout ce qu’il donne. Il ne reste plus que Jésus-Christ comme victime expiratoire ; car il a été frappé. On glisse alors vers le service ordinaire à la tente, et les voies intérieures s’obscurcissent. On n’est plus à même d’entendre celui qui parle du Ciel, et on se retrouve pour finir avec Christ comme victime expiatoire pour le péché, sans plus le connaître comme Consolateur ni comme souverain sacrificateur.
Un prédicateur pentecôtiste a raconté une fois, dans un de ses discours, l’histoire d’un prédicateur à l’étranger qui avait commencé à marcher sur les voies intérieures et qui les annonçait à d’autres ; mais le nombre de ses auditeurs a tellement diminué qu’il a dû se remettre à prêcher aux pécheurs. Je suppose que la collecte devenait trop maigre. Les soucis pour le salaire et l’incrédulité l’ont poussé à frapper à nouveau le rocher, au lieu de lui parler. Car les foules sont des pécheurs et ont besoin de pardon et de grâce. Elles ont besoin d’être réconciliées avec Dieu par la mort de son Fils. Mais celui qui est parvenu à la foi a besoin d’être sauvé par Sa vie. Ro. 5, 10. Il faut leur enseigner la voie de la justice et de se charger chaque jour de sa croix, et de ne pas pécher. Le peuple aime entendre qu’il faut frapper le rocher pour avoir de l’eau, et les prédicateurs le comprennent très bien, et ils s’y conforment. Il n’y en a que très peu qui vivent en parlant au rocher. Cette vie plus intime en Dieu n’est vécue que par ceux qui entrent dans le repos après être parvenus à la foi. Ce n’est que de cette manière qu’on peut entrer dans le pays. C’est par le ministère du Consolateur que nous recevons la force de vaincre les ennemis intérieurs. C’est dans cette force que nous pouvons vaincre le péché avant qu’il ne sorte de notre bouche et de notre corps. Comme le Maître lui-même, nous pouvons condamner le péché dans la chair, et trouver ainsi une route nouvelle et vivante à travers elle.
Si on vit toujours en frappant le rocher pour recevoir de l’eau, on n’a jamais part à la nature divine ; car c’est par le ministère de notre souverain sacrificateur céleste que nous pouvons changer de nature. C’est pourquoi on reste un homme naturel, qui toute sa vie frappe le rocher pour recevoir de l’eau (le pardon des péchés).
Par expérience, nous savons aussi que ces hommes naturels n’ont pas communion les uns avec les autres, qu’ils ne comprennent rien à ce qui appartient au royaume de Dieu. En règle générale, ils sont ennemis de la vérité et de la croix de Christ. Mais quand ils pèchent beaucoup trop et que la conscience les y oblige, ils frappent le rocher. Ceux qui ont appris à parler au rocher ne sont pas poussés par une mauvaise conscience, mais par l’amour de Christ. C’est l’amour de Dieu qui fait que nous observons ses commandements. Mais celui qui observe ses commandements ne commet pas de péché. Il parle au rocher et reçoit de l’eau.
Paul était serviteur de l’Esprit et non de la lettre. Il avait appris à parler au rocher, et le rocher pouvait lui parler. Voilà la bonne attitude, l’attitude de l’épouse.