Le combat de Jacob à Peniel

mars 1934

Le combat de Jacob à Peniel

Jacob prit tout ce qui lui appartenait, ses deux femmes, ses deux servantes, et ses onze enfants, et passa le gué de Jabbok.

Jacob demeura seul. Alors un homme lutta avec lui jusqu’au lever de l’aurore. Voyant qu’il ne pouvait le vaincre, cet homme le frappa à l’emboîture de la hanche ; et l’emboîture de la hanche de Jacob se démit pendant qu’il luttait avec lui. Il dit : Laisse-moi aller, car l’aurore se lève. Et Jacob répondit : Je ne te laisserai point aller, que tu ne m’aies béni. Il lui dit : Quel est ton nom ? Et il répondit : Jacob. Il dit encore : Ton nom ne sera plus Jacob, mais tu seras appelé Israël ; car tu as lutté avec Dieu et avec des hommes, et tu as été vainqueur.

Jacob l’interrogea, en disant : Fais-moi je te prie, connaître ton nom. Il répondit : Pourquoi demandes-tu mon nom ? Et il le bénit là. Jacob appela ce lieu du nom de Peniel : car, dit-il, j’ai vu Dieu face à face, et mon âme a été sauvée. Ge. 32.

La raison de ce dur combat, c’est que Jacob avait été très effrayé en apprenant que son frère Ésaü marchait à sa rencontre avec 400 hommes. Ésaü avait en effet de la haine contre Jacob, à cause de la bénédiction dont son père Isaac l’avait béni ; et Ésaü disait en son cœur : Les jours du deuil de mon père vont approcher, et je tuerai Jacob, mon frère. Ge. 27, 41 et versets suivants.

Cela ne faisait pas longtemps que Laban l’avait poursuivi et rattrapé. Il avait fouillé tous ses effets ; et maintenant, son frère Ésaü l’attendait avec toute une armée d’hommes adultes.

Jacob a envoyé deux camps avec des cadeaux pour Ésaü. Il mit un intervalle entre eux. Car il se disait : Si Ésaü vient contre l’un des camps et le bat, le camp qui restera pourra se sauver. Ensuite, Jacob implora Dieu en lui rappelant avec force et ferveur tout ce qu’il lui avait promis, et il dit : Délivre-moi, je te prie, de la main de mon frère, de la main d’Ésaü ! Car je crains qu’il ne vienne, et qu’il ne me frappe, avec la mère et les enfants.

Nous voyons bien que Jacob se trouvait entre le marteau et l’enclume. Il ne pouvait pas retourner auprès de Laban, car celui-ci lui était hostile, et Dieu lui avait d’ailleurs dit : Retourne dans ton pays et dans ton lieu de naissance, et je te ferai du bien ! V. 9. Jacob prit donc tout ce qui lui appartenait et passa le gué de Jabbok. Lui-même est resté, seul, et a combattu en prière avec l’ange de l’Éternel jusqu’à l’aurore.

Ce combat ressemble beaucoup à celui d’Israël au bord de la Mer Rouge. Pharaon et les Égyptiens étaient à leurs trousses, et la Mer Rouge se trouvait devant eux. C’est ainsi que Dieu met son peuple à l’épreuve, aussi bien en tant que peuple qu’individuellement. Dans de telles circonstances, nous ne pouvons rien faire d’autre que de croire et de nous fier à ce que l’Éternel a dit. C’est de cette manière que nous pouvons traverser la mer et croiser Ésaü. Car tout est possible à celui qui croit.

Jacob leva les yeux, et regarda ; et voici, Ésaü arrivait, avec quatre cents hommes. Il répartit les enfants entre Léa, Rachel, et les deux servantes. Il plaça en tête les servantes avec leurs enfants, puis Léa avec ses enfants, et enfin Rachel avec Joseph.

Lui-même passa devant eux ; et il se prosterna en terre sept fois, jusqu’à ce qu’il fût près de son frère.

Beaucoup de chrétiens de nos jours ne veulent se prosterner que devant Dieu, mais jamais devant les hommes. Ils peuvent apprendre quelque chose de Jacob. Si Jacob ne s’était pas prosterné sept fois en terre devant Ésaü, son frère, il n’aurait probablement pas réchappé à cette situation. La fierté dans le cœur de Jacob a été brisée au gué de Jabbok, où il a lutté et remporté la victoire sur Dieu et sur les hommes. De quel homme a-t-il triomphé ? De l’homme qu’il craignait plus que tout, à savoir Ésaü, et ensuite de tous ses 400 hommes. Une conséquence de cette humilité exceptionnelle a été qu’Ésaü courut à sa rencontre ; il l’embrassa, se jeta à son cou, et le baisa. Et ils pleurèrent. V. 4.

Accorde-toi promptement avec ton adversaire, pendant que tu es en chemin avec lui, de peur qu’il ne te livre au juge, que le juge ne te livre à l’officier de justice, et que tu ne sois mis en prison. Je te le dis en vérité, tu ne sortiras pas de là que tu n’aies payé le dernier quadrant. Mt. 5, 25.

Tout le monde est prêt à se prosterner devant Dieu ; mais devant des hommes ? Non, jamais ! Mais nous voyons pourtant que Jacob a appris à se prosterner à la fois devant Dieu et devant les hommes. C’était là l’objet du combat au gué de Jabbok. C’est là que Dieu lui a appris comment il devait traiter Ésaü.

Jésus a lui aussi appris l’obéissance par les choses qu’il a souffertes. Il a appris à prier pour ses meurtriers. Apprenez de moi, dit-il ; car je suis doux et humble de cœur.

Il se trouve en effet que l’homme reste orgueilleux des années après avoir été sauvé des péchés ordinaires. C’est pourquoi Élihu dit dans Job 33 : Voilà tout ce que Dieu fait, deux fois, trois fois, avec l’homme, afin d’éradiquer l’orgueil chez l’homme, pour qu’il abandonne son œuvre (trad. norv.). Qu’a-t-il fait 2 ou 3 fois ? Il l’a approché de la fosse, et sa vie des messagers de la mort.

On méprise un autre homme, même si on est soi-même un homme. Le premier commandement dit que nous devons aimer Dieu plus que toute autre chose. Mais le deuxième commandement est tout aussi grand, et il dit d’aimer notre prochain comme nous-mêmes.

Jacob a appris à se prosterner sept fois en terre devant un homme dont l’Éternel avait dit : J’ai haï Ésaü. Bien que ce soit Jacob qui ait reçu la bénédiction et les promesses, il a dû se prosterner devant son frère. Et pas seulement lui ; les servantes s’approchèrent, elles et leurs enfants, et se prosternèrent ; Léa et ses enfants s’approchèrent aussi, et se prosternèrent ; ensuite Joseph et Rachel s’approchèrent, et se prosternèrent. Ge. 33, 5-7.

Cette « humilité passeport » était l’autorisation d’entrer dans la Terre Sainte. La porte qui mène à la vie est étroite, et le chemin est étroit. Mais celui qui a lutté contre « l’homme de Peniel » et qui a vaincu Dieu et les hommes, peut espérer croiser Ésaü et ses 400 hommes.