Pourquoi reste-t-on seul ?

juillet 1932

Pourquoi reste-t-on seul ?

«En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.» Jn. 12, 24.

Notre vie est un grain de blé. Si nous ne la donnons pas, nous restons seuls.

«Ainsi donc, comme des élus de Dieu, saints et bien-aimés, revêtez-vous d’ardente compassion, de bonté, d’humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous les uns les autres et faites-vous grâce réciproquement ; si quelqu’un a à se plaindre d’un autre, comme le Christ vous a fait grâce, vous aussi, faites de même.» Col. 3, 12-13.

On pourrait penser qu’une fois qu’on est arrivé dans l’Assemblée, tout est bien. Tout le monde y est plein d’amour et de bonté, on n’y a pas besoin de supporter ni de faire preuve de compassion. Si on croit qu’il en est ainsi, on est cruellement déçu ! Non ! L’assemblée n’est pas faite d’un ensemble de personnes qui sont toutes parfaites, mais de personnes qui doivent être sauvées. Nous avons tous deux choses en commun : une chair dans laquelle n’habite rien de bon, et un entendement qui hait cette chair. La chair se manifeste de toutes sortes de manières. Si nous ne nous revêtons pas d’ardente compassion, d’humilité, etc., nous ne sommes pas capables de nous supporter les uns les autres. C’est ici que le grain de blé doit mourir. Si quelqu’un m’a fait du tort, je dois le supporter ; si je ne le fais pas, je reste seul. On pourrait penser que c’est celui qui a fait du tort qui reste seul, mais ce n’est pas sûr du tout. Peut-être ne voulait-il pas le faire. Il n’a pas eu la victoire ; il n’a peut-être pas réussi à maîtriser sa langue, qui est allée plus vite que lui (cf. Ja. 3, 2). Ce qu’il a dit ou fait a produit un autre effet que ce qu’il pensait. Et ainsi de suite. Il s’humilie, se juge, se réjouit et se développe en plein milieu de l’Assemblée. Tandis que moi qui n’avais rien fait de mal, et qui n’ai pas voulu supporter et pardonner, je reste seul. J’étais en fait appelé à avoir part à ce frère, à m’abaisser pour le servir. Christ a donné sa vie pour lui. Les frères le supportent. Ils sont un avec Christ et donnent leur vie pour lui. Mais je me sépare à la fois de Christ et des frères. Je fais le contraire d’eux : je ne donne pas ma vie. Sur ce chemin-là, je me retrouve seul.

Il est dit de Christ qu’il a souffert en vue de la gloire à venir (Hé. 12, 2). Il trouvait son plaisir dans les hommes. Son désir était de les rendre un avec lui, mais il devait d’abord donner sa vie. Et pour la joie d’avoir communion avec nous, il a souffert patiemment la croix. C’est pourquoi il n’est pas resté seul, mais il a reçu beaucoup d’hommes en partage (Es. 53, 11-12). Ce sont ceux pour lesquels nous donnons notre vie que nous recevons en partage. Jésus a donné sa vie pour nous alors que nous étions ennemis. Si quelqu’un te fait du tort, dit du mal de toi, est désagréable ou te repousse, souhaites-tu en être débarrassé ? Ou as-tu l’entendement de Christ, si bien que c’est ta plus grande joie d’avoir communion avec lui ?

Si c’est le cas, tu souffres patiemment et tu donnes ta vie pour lui. Alors tu ne resteras pas seul, mais tu auras une part en lui, et tu seras avec Christ et les frères qui ont aussi donné leur vie pour lui. Ce sont ceux pour lesquels tu as donné ta vie qui deviennent ton espérance, ta joie et ta couronne de gloire (1 Th. 2, 19-20).

Mais si tu ne donnes pas ta propre vie, tu restes sans espérance, sans couronne de gloire, tu ne restes qu’un grain de blé solitaire, qui boude, qui est vexé, découragé et mécontent. «Et cet amour consiste non pas en ce que nous avons aimé Dieu, mais en ce qu’il nous a aimé.» 1 Jn. 4, 10.

Ce qui est divin, c’est d’aimer en premier.