Dureté et douceur
On peut dire que les caractéristiques dures et les caractéristiques douces forment un tout dans la nature, à la fois dans la nature pécheresse et dans la nature divine, dont nous devenons participants en Jésus-Christ.
Le péché met tout sens dessus dessous, tout est à l’envers. C’est pourquoi le pécheur est doux et tendre là où il devrait être dur, et dur là où il devrait être doux et tendre. Il est prévenant et doux à l’égard du péché, ce qui le fait céder et tomber quand il est tenté, mais il est par exemple dur envers une personne faible, quand cela lui rapporte un bénéfice.
Quand nous nous convertissons, nous sommes remis à l’endroit, alors que jusque-là, nous étions en quelque sorte la tête en bas. Nous devenons alors miséricordieux (doux) envers le faible, et durs, fermes, inexorables, fermés, inébranlables à l’égard du péché. Mais cette conversion, ou ce salut, ne se fait que dans une certaine mesure et progressivement.
Que nous le sachions ou non, que nous le voulions ou non, nous sommes tous plus ou moins influencés par l’esprit du siècle et par l’opinion généralement admise parmi le peuple de Dieu, qui elle-même est contaminée par l’esprit du siècle. Une des caractéristiques les plus fortes de l’esprit du siècle ces derniers temps est que l’on parle énormément d’être conciliant, d’humanisme, d’alliance, de tolérance et d’«amour».
Cela va tellement loin que le christianisme est presque perçu comme quelque chose de mou et de mielleux, tout ce qui a un goût de dureté ou de fermeté étant considéré comme non chrétien. C’est justement pour cela qu’il est tellement difficile pour les croyants de s’approprier la dureté et la fermeté qui font partie de la nature divine. Cette compréhension des choses fait bien plus de dégâts qu’on ne le pense et elle empêche (tous ceux qui le veulent bien) de croître à la mesure de la stature parfaite de Christ. Au lieu de vraiment devenir un homme, on devient un pauvre type, un «mollasson», qui n’a pas le courage de dire «non» quand cela s’impose, qui n’a pas de colonne vertébrale spirituelle, et qui devient un sujet de moquerie pour les insensés.
Il est dit de Christ : «… c’est pourquoi j’ai rendu mon visage semblable à un roc…» És. 50, 7. En voyant comment il s’est comporté avec les scribes, nous comprenons que cette prophétie a été accomplie : il était terriblement dur, comme le roc.
Il en est de même des apôtres. Paul écrit : «Nous ne leur avons pas cédé un seul instant par soumission…» Ga. 2, 5. Ce ne sont pas là des traits de caractère doux, mais c’est de la dureté et de la fermeté. Il dit aussi : «Nous l’avons dit précédemment, et je le répète maintenant : si quelqu’un vous annonce un évangile différent de celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème !» Ga. 1, 9. Que ces paroles sont dures ! «Qu’ils se mutilent donc, ceux qui mettent le trouble parmi vous !» Ga. 5, 12. Ce sont des paroles cruelles ! Que dirait-on de nos jours de quelqu’un qui s’exprimerait ainsi ?!
En ce qui concerne le droit des veuves à être prises en charge par l’assemblée, Paul en donne les conditions dans 1 Ti. 5 : elle ne doit pas avoir d’enfants ou d’autre proche famille qui puissent s’occuper d’elle, mais demeurer dans l’isolement, persévérer nuit et jour dans les requêtes et les prières, ne pas avoir moins de soixante ans, avoir le témoignage d’avoir pratiqué le bien, avoir élevé des enfants, avoir exercé l’hospitalité, avoir lavé les pieds des saints, avoir secouru les malheureux et pratiqué toute espèce de bonne œuvre. Ce sont là des conditions très sévères, très dures, tellement fortes qu’on aurait généralement du mal à trouver la moindre veuve qui les remplisse toutes ! Il est sûrement particulièrement difficile de comprendre, dans notre temps de relâchement et de mollesse, que cela est juste et que c’est de l’amour. Mais c’est justement le cas : c’est de l’amour réel, pour le bien de tous, pour promouvoir le bien et empêcher le mal.
Pour ce qui est de l’aide aux pauvres, aux chômeurs et aux mendiants, Paul dit dans 2 Th. 3, 10 que lorsqu’il était parmi eux, il leur avait recommandé que si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. De telles personnes sont malheureusement nombreuses. Si nous sommes vraiment misérables et faibles, nous leur donnons volontiers de l’argent. Et si on ne veut pas leur donner de l’argent mais qu’on leur offre de la nourriture, on est relativement fort et dur. Mais l’apôtre ne voulait même pas qu’on leur donne de la nourriture. Qui donc oserait être aussi dur que cela dans notre temps tellement mièvre ?!
On peut alors demander : Comment cela peut-il être de l’amour ? C’est de l’amour parce qu’on comprend que la paresse détruit l’âme de la personne en question ; en lui donnant ce qu’elle demande, on ne ferait que l’encourager dans sa paresse, on serait donc un obstacle à ce qu’elle se convertisse de cette paresse, ce qui ne peut sûrement pas être de l’amour. Si en revanche on ne cède pas à sa mendicité, elle trouvera que la paresse n’est pas rentable, ce qui l’aidera à trouver le chemin de la conversion ; c’est bien là une preuve d’amour. Le passage de 2 Th. 3, 6–15 aborde aussi une question brûlante d’actualité pour notre temps, à savoir ceux qui cessent de travailler de leurs mains et qui s’imaginent être appelés par Dieu à «voyager pour évangéliser». Ils essayent de persuader les autres et eux-mêmes qu’ils sont à la fois évangélistes, prophètes, apôtres et docteurs, et qu’ils ont donc le droit de vivre de l’Évangile, alors que la vérité est qu’ils ne sont pas propres à la moindre des tâches dans le royaume de Dieu. Ils ont besoin plus que nul autre d’être sous l’influence du travail des vrais apôtres, au lieu d’être parmi ceux qui travaillent avec autrui. Ils vivent en vérité dans le désordre ; au lieu de travailler ils s’occupent de futilités (v. 11).
L’ange de l’Église d’Éphèse a été honoré parce qu’il avait éprouvé certains qui se disaient apôtres et les avait trouvés menteurs (Ap. 2, 2). C’était très dur à leur égard de les traiter de menteurs, mais c’était vrai ! Quelle dureté de dire de quelqu’un qui vient au nom de Jésus-Christ que c’est un menteur ! Mais c’était pour le bien de l’Assemblée, et c’est de l’amour de penser au bien des autres. Il n’en faut pas moins beaucoup de fermeté, de force et de dureté pour être capable d’agir de la sorte.
Cette dureté est nécessaire dès le commencement, par exemple quand une mère veut empêcher son enfant nouveau converti de suivre Christ, en faisant appel au tendre amour maternel. Il faut alors se rendre dur à l’égard de celui-ci, sinon on succombe. «L’amour est fort comme la mort, la jalousie est dure comme le séjour des morts.» Ca. 8, 6.
Quand on fait du bien à quelqu’un, il est bon de se souvenir que ce qu’on donne à l’un, on le prend en quelque sorte à un autre, puisque ce dernier aurait pu recevoir le don à la place de celui qui en est effectivement le bénéficiaire. Cela me fait penser à un voleur célèbre, qui volait les riches pour donner aux pauvres. Ce n’était pas juste de voler, mais il y avait pourtant une certaine logique dans sa manière d’agir. En revanche, ce serait stupide de voler les pauvres pour donner aux riches. Mais c’est tout aussi stupide de donner à l’impie plutôt qu’à l’homme pieux, ou au chrétien de nom plutôt qu’à celui qui vit une vie chrétienne, ou au paresseux plutôt qu’à celui qui est actif, etc.
«Celui qui donne au riche n’arrive qu’à l’appauvrir.» Pr. 22, 16. On a souvent pris des mauvaises habitudes dans ce domaine, et il faut se rendre dur pour les perdre. On est aussi habitué à se flatter et à se faire des compliments hypocrites les uns aux autres. Les hommes aiment ces habitudes douces et agréables ; c’est une mollesse pécheresse dont beaucoup ont du mal à être sauvés, pour parvenir à la dureté juste, vraie et pure de Christ.
«Cette parole est dure, qui peut l’écouter ?» dirent les gens une fois en entendant Jésus, qui parlait pourtant poussé par l’amour. C’est parce que le péché a détruit à la fois leur vue, leur goût et tout le reste que les hommes trouvent la vérité tellement dure. Nous devons donc nous rendre durs pour annoncer la vérité comme il le faut, pour être fidèles à Dieu.
Si nous ne sommes pas sauvés de notre mollesse, notre vie sera un échec et nous perdrons la couronne de la vie et de la victoire. Si nous ne sommes pas en mesure de vaincre, nous serons vaincus ! Si tu ne supportes pas d’annoncer la vérité, tu es un menteur ; si tu as peur, tu es un lâche ! Ap. 21, 8. Si tu cherches à plaire aux hommes, tu n’es pas serviteur de Christ. Ga. 1, 10. Si tu dis «oui» alors qu’il fallait dire «non», ou «non» quand il faut dire «oui», il faut tout simplement que tu te convertisses, car tu es un pécheur ! Que Dieu aide chacun à avoir la fermeté, la force et la dureté nécessaires à l’égard de tout ce qui n’est pas agréable à Dieu !