Ton enfant
Toi qui es père ou mère de famille, sache que le point essentiel en matière d’éducation, c’est d’avoir une idée très élevée de ton enfant, de le placer aussi haut que le Seigneur l’a fait lorsqu’il a dit que le royaume des cieux appartient aux petits enfants et qu’il nous les a donnés en exemple.
Personne n’a jamais eu trop de considération pour son enfant ; bien au contraire, tous les enfants qui ont été corrompus ou marqués à vie l’ont justement été parce qu’on les a méprisés.
Quand tu serres ton petit enfant contre toi, sache que c’est le ciel que tu tiens ainsi dans tes bras, c’est Dieu lui-même, sous une forme qui n’a jamais existé jusque-là, et qui ne reviendra plus jamais.
Dieu s’est donné à toi dans ton enfant pour que tu puisses te donner à lui. Tu traites ton Dieu de la même manière que tu traites ton enfant, et c’est aussi de la même manière que Dieu te traite. (cf. Mt. 18, 5–6).
Tu peux agir de deux manières à l’égard de ton enfant : ou bien le garder dans les hauteurs célestes où Dieu l’a placé, ou bien l’en faire descendre.
Ton enfant est un bourgeon qui renferme tout ce qui est vrai, bon et beau. C’est pour cela que son regard reflète le ciel, que son front est pur et que ses lèvres sont douces. C’est de là que vient le pouvoir irrésistible et saint de ses mouvements gracieux et de sa gaieté.
Si tu veux éduquer ton enfant, entre dans son ciel, comme le Maître l’a fait. C’est là que doit se trouver celui qui éduque. Là, tu te tiens sur un fondement solide, et il n’y a que là que tu peux voir les choses clairement et simplement. C’est seulement dans cette perspective-là qu’il faut considérer l’enfant et son univers.
Tout est contenu dans ce bourgeon. N’essaie donc pas d’y faire pénétrer des éléments artificiels, donne-lui la possibilité de se développer naturellement ! N’exerce pas de pression, mais favorise sa croissance !
Pauvres parents et pauvres enfants qui vivent à une époque aussi artificielle que la nôtre ! On leur impose des quantités innombrables de commandements et des montagnes d’interdictions, qui ne créent rien de naturel. Ce ne sont que des inventions humaines qui n’ont aucun rapport avec la racine vivante qui est dans l’enfant. Les lois de Dieu sont masquées par des commandements d’hommes qui créent des séparations là où il n’y en a pas, qui souillent les consciences faibles et qui troublent les cœurs paisibles.
Retournons à la nature ! Elle est simple et vraie. Sa devise, c’est d’être et de croître, et non pas de fabriquer ou de forcer. Il s’agit d’être une racine vivante et de croître selon les lois de la croissance. La nature n’a qu’une seule loi : la vie ! Sa force motrice est le soleil. C’est le soleil qui fait s’ouvrir le bourgeon, c’est le soleil qui fait s’exhaler les parfums, c’est le soleil qui fait mûrir. La nature existe grâce au soleil, elle joue au soleil, et sa santé vient du soleil.
Vous qui êtes parents ! Votre bourgeon a ses racines dans le sol céleste et il possède la vie, une vie qui renferme en elle-même tous les jours de la vie ici-bas. Donnez à ces racines la possibilité de se développer ! Toute règle que tu fixes à ton enfant doit être en accord avec une règle qui vient de son propre cœur. Sinon, les règles que nous lui donnons ne font que le corrompre. L’enfant est vrai, il est naturel. Il veut la nature, il comprend la nature et ne se trouve bien que dans la nature. La loi et la vie ne font qu’un pour l’enfant ; il désire être et vivre pleinement. Ne fais donc pas de lui un être partagé, qui sait ce qui est juste, mais qui est obligé d’être et de faire le contraire ! Hélas, notre temps est partagé et rempli de conflits intérieurs. Il partage, sépare et divise tout. La vie bénie de l’enfant s’échappe de tous ces cœurs déchirés, et toute la société dépérit. La vraie vie est ainsi de plus en plus remplacée par un semblant de vie. Les conséquences qui découlent de tout cela sont désastreuses.
Non ! c’est du soleil qu’il vous faut, du soleil, pour que la vie reste la vie et qu’elle se développe. Faites briller le soleil céleste sur le bourgeon, le merveilleux soleil d’un foyer où règne l’amour ! C’est lui seul qui peut sauver la situation.
Mais le bourgeon en question contient aussi un ver. L’enfant le sent bien, et il en souffre. Souffre avec lui et sois miséricordieux ! L’enfant doit toujours pouvoir sentir que tu es de son côté, contre le mal. En effet, on a plus vite fait qu’on ne le pense, même sans s’en rendre compte, d’être du côté de l’ennemi contre l’enfant. L’enfant le remarque tout de suite, et il se referme, laissant ainsi le ver faire ses ravages à l’intérieur du bourgeon. Mais si l’enfant ressent que son cœur peut vraiment s’appuyer sur ton cœur – ce qui est le droit sacré de tout enfant –, cela renforce le désir qu’il a en lui de se garder lui-même, et l’envie et la force de vivre dans la pureté se développent naturellement.
Aide ton enfant à mettre à mort son ennemi mortel ! Car à partir du moment où le ver a pu élire domicile dans le bourgeon, l’enfant est tombé de sa position élevée ; tu ne vois plus le soleil dans son regard, l’ange est parti, la colombe s’est envolée, le parfum de la fleur a été remplacé par la puanteur de la mort, la voix qui tant de fois t’avait réjoui a perdu son éclat joyeux. Et tôt ou tard, Dieu prend le relais de cette éducation manquée. Il se peut qu’il soit obligé de blesser le bourgeon pour en tuer le ver. Mais dans ce cas-là, ce ne sera pas un seul cœur qui sera blessé, mais trois.
Aide ton enfant dans son combat pour la vie ! Il est rare qu’on puisse rattraper par la suite – même au prix de plusieurs années de souffrances – ce qu’on a négligé de faire dans les moments propices. Les moments favorables qui te sont donnés, dans ton contact quotidien avec tes enfants, sont eux aussi des bourgeons qui renferment de longues années de joie ou de tourments. C’est pourquoi le Seigneur parle tellement sévèrement de ces choses, dans la parabole de la meule du moulin (cf. Mt. 18, 6).
Père ! mère ! ta parole est sainte, ton pouvoir est grand, ta bénédiction et ta malédiction ont une influence incalculable. Ton front porte l’empreinte d’une majesté divine. Malheur à l’enfant qui s’y oppose !