La richesse

décembre 1928

La richesse

Si tu veux devenir riche, prépare-toi à déposer sur « l’autel de la richesse » une vie de dur labeur. Ton sentiment de justice et ton honneur doivent être sacrifiés. Cela exige de toi ta santé, ton sommeil et ta conscience, ta réputation, et même ton âme. Mais au milieu de tout cela, tu te jettes toi-même dans bien des tourments, et tu te fais haïr, parce que tu retiens ce qui devrait réjouir d’autres personnes. Dieu est riche, il possède le ciel et la terre, mais il nous a tout donné en disant : Tout vous appartient. Personne ne peut dire avec raison que telle ou telle chose est à moi, elle m’appartient. Même si nous avons un titre de propriété, nous ne sommes malgré tout que des intendants des moyens que Dieu nous a confiés. Et nous sommes des intendants infidèles si nous possédons des biens de ce monde et que nous voyons notre frère manquer du strict nécessaire sans lui apporter de l’aide. Il faudra bientôt quitter notre richesse et la remettre à d’autres. Que nous restera-t-il alors de tous les efforts que nous aurons faits pour acquérir de la richesse ? Nous l’avons amassée mais d’autres l’utilisent. Les héritiers se réjouissent en pensant au jour où nous mourrons. Là où est notre trésor, là sera aussi notre cœur. Et on entrera dans l’éternité le cœur rempli d’amour pour l’or que d’autres vont utiliser. Est-ce que ce n’est pas aussi vanité des vanités ?

N’ayons donc pas en vue les choses visibles, mais appliquons-nous plutôt à amasser des trésors là où la teigne et la rouille ne détruisent pas et où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Trésors éternels et précieux ! N’oublie donc pas de partager et de faire du bien, car de tels sacrifices sont agréables à Dieu et nous sauvent de l’esprit d’avarice, qui peut aller jusqu’à faire mourir de faim ses victimes, alors qu’elles ont assez d’argent pour entretenir la population de tout un village. Mais combien cela rend l’avare lâche et ridicule ! Humainement parlant, il devient un insensé, mais il est vrai qu’il devient riche, et au beau milieu de sa richesse, il est lamentablement pauvre, si bien qu’il se réjouirait certainement beaucoup s’il pouvait avoir les deux petites pièces de la veuve.

C’est pourquoi engage à temps le combat contre la recherche éperdue de la richesse et contre l’esprit d’avarice, car ces deux vices sont étroitement apparentés.