Se laisser conduire – conduire les autres

novembre/décembre 1927

Se laisser conduire – conduire les autres

Celui qui veut avoir des directives

Il ne faut pas se laisser conduire par n’importe qui, car on devient semblable à celui par qui on se laisse conduire. Il ne faut pas accepter d’autres directives – d’autres aliments – que celles qui ont été utiles à ceux qui les donnent. Hé. 13, 9. Autrement dit, on ne doit accepter de directives que de la part de ceux qui vivent comme on souhaite vivre soi-même. C’est pourquoi l’apôtre dit : «portez les regards sur ceux qui marchent selon le modèle que vous avez en nous.» Ph. 3, 17. Les insensés ne peuvent pas nous enseigner le chemin de la sagesse, ni les colériques et les emportés le chemin de la douceur ; on ne peut pas non plus apprendre le chemin de l’humilité auprès de personnes qui aiment dominer sur les autres.

Quand l’Écriture nous exhorte à être obéissants à nos conducteurs (Hé. 13, 17), il s’agit de conducteurs dont la vie est telle qu’on désire soi-même leur ressembler. Il s’agit d’obéissance à des conducteurs qui peuvent dire ce que dit l’apôtre Paul en Ph. 3, 17 et en 2 Ti. 3, 14.

Mais même à l’encontre de telles personnes, il faut rester vigilant et éprouver chaque parole et chaque pensée, comme il est dit : «Pour ce qui est des prophètes, que deux ou trois parlent, et que les autres jugent.» 1 Co. 14, 29.

Même s’il s’agit de personnes qui m’ont apporté énormément de bénédiction et d’aide, et même s’il s’agit de personnes qui m’ont engendré et qui m’ont conduit à toute la bénédiction que j’ai reçue jusqu’à ce jour, je n’en ai pas pour autant la certitude divine qu’elles demeureront toujours dans la même voie. Et même si elles n’en dévient pas tout à fait, elles peuvent –comme nous tous qui avons la loi du péché dans nos membres – se laisser partiellement séduire et détourner, ou chercher en partie leur propre intérêt ou leur propre gloire.

Si on en arrive à des choses qui s’opposent à la lumière qu’on a soi-même reçue par révélation, à sa propre conscience, il s’agit de rester ferme comme le roc. Il s’agit alors d’obéir à la parole qui dit : «Vous avez été rachetés à un grand prix ; ne devenez pas esclaves des hommes.» 1 Co. 7, 23.

Puisque Paul pouvait dire : «ils cherchent tous leur propre intérêt», il faut toujours compter sur le fait que de telles tendances peuvent apparaître, même si ce n’est qu’un peu. Il est aussi très caractéristique de lire Ga. 6, 13 : «… pour se glorifier dans votre chair.»

Si tu es conduit à une croissance personnelle, au fait de comprendre toi-même la volonté de Dieu et de la faire, à une vraie liberté personnelle, à une vie où tu n’as besoin que d’un minimum de directives, alors tu as affaire à quelqu’un qui te conduit pour ton propre bien et pour ta propre joie, qui te conduit à une liberté vraie, bonne et agréable. Tu fais bien d’obéir à un tel conducteur.

Celui qui donne des directives

La principale ligne directrice dans toutes les directives qu’on donne doit être de chercher à exercer une bonne influence sur le libre arbitre des âmes, pour que ce soit elles-mêmes qui prennent des résolutions selon la volonté de Dieu, pour qu’elles vivent elles-mêmes leur propre vie. Si le conducteur décide à leur place ce qu’elles doivent faire, c’est lui qui vit, et non elles ; c’est la même situation que lorsque c’est la belle-mère qui décide dans le foyer de sa belle-fille.

Si on agit de la sorte, on extermine le libre arbitre et la vie propre de la personne que l’on conduit ; on commet donc un meurtre, spirituellement parlant. C’est à l’opposé de ce qu’on devait faire, car c’était à la vie que l’on devait conduire ! C’est aussi faire preuve de brutalité et user de violence. Tite 1, 7. Tout cela vient du désir de dominer sur les autres, même si on n’en est pas conscient ; dans ce dernier cas, ce sera juste une circonstance atténuante au jour du jugement.

Un serviteur du Seigneur ne doit pas dominer sur l’assemblée. 2 Co. 1, 24 ; 1 Pi. 5, 3 ; Mc. 10, 42 ; 3 Jn. 9–10. Il doit éviter de prendre des décisions à la place de quelqu’un d’autre, et se contenter d’exercer une bonne influence, pour que chacun prenne des décisions bonnes et sages et les mette en œuvre.

Prenons ces choses à cœur, pour ne faire de tort à personne, ni ruiner personne, ni tirer du profit de personne. Ne pénétrons jamais «par effraction» dans le foyer ou dans la vie de qui que ce soit – dans son libre arbitre – pour ne jamais en venir à dominer sur lui ou à l’«écraser», que ce soit volontairement ou involontairement. Prends bien note de 2 Co. 7, 1 et de la dernière ligne du verset 9.

Ce n’est que lorsqu’on comprend que la résolution prise par quelqu’un le mènera droit à la misère qu’on peut éventuellement intervenir de force dans cette résolution.

Ce qui est le plus doux, le plus agréable, ce qui apporte le plus de bonheur, ce qui est le plus précieux, le plus élevé et le plus honorable, ce qui a le plus de valeur et qui est le plus apprécié, ce qui donne la meilleure odeur et le meilleur goût – c’est quand on est en mesure de trouver soi-même ce qui est parfait, de prendre ses résolutions selon le libre conseil de son propre cœur, et de les mettre à exécution par la grâce que Dieu donne, quand cela est possible.

Nous désirons tous qu’il en soit ainsi avec nous. Et tout ce que nous voulons que les autres fassent envers nous, nous devons nous efforcer de le faire envers eux.

Efforçons-nous donc d’être trouvés en accord avec ces choses, dans notre ministère avec les âmes !

Puisse Dieu, par sa grâce, donner à chacun d’avoir un tel entendement noble et une telle conduite noble !