Du lest

février/mars 1926

Du lest

Aux réunions, quand on témoigne, et dans tout autre ministère, il n’importe pas seulement de dire quelque chose qui est vrai et juste, mais il importe de gagner quelque chose en faisant cela, de gagner l’accès aux cœurs des autres. Il faut pour cela tenir compte de beaucoup de choses. Il s’agit de savoir si les vérités qui sont prononcées correspondent au besoin actuel — celui de chacun en particulier ou celui de l’assemblée. Il faut aussi être attentif aux motivations qui me poussent à dire ces choses, et à la manière dont je les dis. Il faut être attentif à l’entendement qui m’anime, pour que j’aie des pensées appropriées à la fois sur moi-même et sur ceux à qui je m’adresse : des pensées les plus humbles possible sur moi-même et les plus élevées possibles sur ceux que je veux servir. — Ces choses appartiennent à l’amour et à la sagesse. C’est l’homme sage qui gagne les âmes.

De même qu’un voilier a besoin de lest à fond de cale pour ne pas chavirer, nous aussi, nous avons besoin de lest dans le bateau de notre vie, pour ne pas chavirer — pour ne pas nous enfler et nous enorgueillir au sujet des dons de Dieu et des bénédictions de toutes sortes qu’il nous donne. «Qu’avons-nous que nous n’ayons reçu ?» «Que l’humilité vous fasse regarder les autres comme étant au-dessus de vous-mêmes.» «L’orgueil précède la chute.»

Quand on a trop de poids au sommet du mât et pas assez à fond de cale, on court le risque de chavirer. C’est pourquoi il est parlé de «pousser encore des racines par-dessous, et de porter du fruit pardessus». Avoir une haute opinion de soi-même, s’occuper de choses dont on n’est pas capable, dépasser ses limites, avoir plus envie de parler et de paraître que de suivre le chemin pour sa propre part, se soucier d’aider les autres sans chercher l’aide dont on a besoin soi-même, juger les autres, mais non pas soi-même, être rapide à parler mais lent à écouter — toutes ces choses constituent des poids au sommet du mât, et non à fond de cale.

Le lest efficace et habituel que nous avons, et auquel nous devons toujours prendre garde, peut être divisé en deux parties, qui pèsent lourd l’une et l’autre :

I°) Notre vie passée, la purification de nos anciens péchés, jusqu’à ce jour. Si on oublie cela, on perd la vue, et on ne peut plus avancer. 2 Pi. 1,9. Tite 3, 2-3.

2°) Nos manquements et notre incapacité actuels, par exemple notre manque de sagesse quand il s’agit de pécher ceux à qui nous prêchons ou avec qui nous avons une conversation, ou notre manque de dévouement et d’amour pour ceux à qui nous sommes justement en train de parler tellement bien ; tout ce sur quoi, le cas échéant, nous n’aurions pas encore la victoire, à la maison ou à l’extérieur, le jour ou la nuit, dans le caché ou dans ce qui est manifeste. 1 Ti. 4, 16. Ja. 4, 9-10.

Quand nous gardons cela à l’esprit au plein milieu de notre ministère, nous avons la garantie que nous ne chavirerons pas, et notre ministère réussira, car il est agréable à la fois à Dieu et aux hommes qui aiment ce qui est divin.

La navigation de la vie n’est pas un jeu. Nous avons tous l’occasion de voir — en ce qui me concerne, j’en ai vus — des navigateurs prestigieux chavirer ou être sur le point de chavirer.

Cependant, Dieu n’est pas avare de compassion et d’aide. Dans son amour et sa sagesse indescriptibles, il donne même du lest supplémentaire, quand il trouve que c’est approprié. «Et pour que je ne sois pas enflé d’orgueil, à cause de l’excellence de ces révélations, il m’a été mis une écharde dans la chair, un ange de Satan pour me souffleter et m’empêcher de m’enorgueillir.» Cf. 2 Co. 12,7-10.