L’idolâtrie de notre époque

octobre/novembre 1926

L’idolâtrie de notre époque

Petits enfants, gardez-vous des idoles. 1 Jn. 5, 21.

Les païens ont des idoles en bois et en pierre ; mais ce ne sont pas seulement ces choses visibles, sans valeur intrinsèque, qui entraînent beaucoup de misère dans leur sillage. En fait, l’idolâtrie met les hommes en relation avec de mauvais esprits et avec les puissances des ténèbres, dont le seul but est de corrompre les âmes. J’ai parlé récemment avec un missionnaire des Indes qui me racontait comment les prêtres idolâtres étaient en relation directe avec de mauvais esprits, qu’ils adoraient avec crainte, parce qu’ils étaient méchants. Ils savaient que Dieu, lui, est bon, et pensaient par conséquent qu’il était inutile de lui adresser des prières, car de toute manière, il ne leur ferait pas de mal.

Toute corruption dans le monde vient de la convoitise. De par la chute originelle, la convoitise est cachée dans chaque homme, car chacun est tenté parce que sa propre convoitise l’attire et l’amorce. Les mauvais esprits sont nourris par le fait que l’homme suit sa convoitise. L’idolâtrie et le péché vont donc de pair ; les mauvais esprits remportent une victoire chaque fois qu’ils peuvent faire pécher un homme. C’est pourquoi il est dit que nous n’avons pas à combattre contre la chair et le sang, mais contre les esprits du mal dans les lieux célestes.

Quand Jean met en garde contre les idoles, il ne pense pas seulement à celles qui sont en bois ou en pierre, mais à la cupidité, à l’adultère, aux plaisirs de la vie, etc. qui sont aussi de l’idolâtrie.

Celui qui est gourmand trouve son propre palais très précieux ; il jette de la nourriture bonne et nourrissante parce qu’elle n’est pas à son goût. Il recherche de tous côtés les mets les plus fins et fait venir de loin ce qui peut exciter son palais. Il ne mange pas pour vivre, mais vit pour manger et pour satisfaire son ventre. Il gaspille son temps à s’occuper de son ventre et passe ses jours à s’adonner aux plaisirs de la vie. Il ne lui reste plus de temps pour adorer le Dieu vivant ! Les offrandes aux idoles des païens étaient elles aussi destinées aux plaisirs de la vie, puisque leurs prêtres s’en régalaient ; les païens croyaient naïvement avoir ainsi fait une bonne action !

L’ivrogne vit lui aussi pour satisfaire son ventre. Mais plus il boit, plus sa convoitise réclame à boire. Il y sacrifie tout son salaire et y gagne un corps qui n’est plus propre à quelque travail que ce soit. Sa femme s’use à la tâche pour s’occuper des enfants, ces derniers sont dans le besoin matériel, mais la convoitise de l’ivrogne exige toujours plus. Cela finit par le divorce, et les services sociaux doivent prendre le relais pour s’occuper de la famille, mais la convoitise exige encore plus. L’homme perd son travail et doit mendier son pain, mais le ver qui ne périt jamais n’est jamais satisfait. Il lui faut le corps et l’âme. Tout doit être sacrifié sur l’autel de l’idole. On trouve de telles personnes par milliers, dans notre pays comme ailleurs. On a vraiment besoin d’une mise en garde sérieuse : petits enfants, gardez-vous des idoles ! Pour détruire l’autel de cette idole, il faut se limiter au strict minimum nécessaire.

Celui qui est cupide n’a pas le temps de servir le Dieu vivant. Il lui faut tout entre ciel et terre, depuis les clous et les fils de fer les plus insignifiants jusqu’aux plus belles villas et automobiles. Il va d’un lieu à l’autre, à la recherche incessante des gains possibles. Il n’a jamais le temps d’être dans le calme et le repos, où Dieu pourrait lui parler. Ceux qui sont le plus atteints font l’économie des choses de première nécessité pour avoir un compte en banque plus garni, et les journaux parlent de temps en temps de riches mendiants morts de faim, revêtus de loques. La cupidité est un mauvais esprit qui ôte la vie à la personne qui le sert.

En fait, on peut dire avec raison que tout ce qui détourne l’entendement et les pensées du Dieu vivant est de l’idolâtrie.

Le sport de notre époque exige à la fois le corps, l’âme et le temps. Le sport est adoré comme une idole. Les joueurs de football pensent au football et en parlent à longueur de journée. Quand des milliers de spectateurs assistent à un match de football important, même ceux qui sont plus âgés sont tellement saisis par la partie qu’ils se donnent des coups de pied les uns aux autres quand le jeu est dans une phase critique. Personne n’a le temps de penser à son bonheur éternel ; on est bien trop occupé par le football.

Il est plus important pour eux de savoir quelle équipe a gagné que d’entendre parler du salut, dont chacun d’entre eux a pourtant besoin d’entendre parler bien plus que de toute autre chose.

Petits enfants, gardez-vous des idoles ! Courez plutôt pour remporter une couronne incorruptible !

Les enfants apprennent petit à petit à servir un dieu. Cela semble tellement innocent. Tout péché a un air tellement innocent à son commencement. Il est par exemple seulement question d’aller suivre quelques cours de danse. Mais le fait est qu’à ces écoles de danse « innocentes », on est nourri à la petite cuillère de la vanité de ce monde. Les enfants y apprennent à être sensibles aux beaux habits, à une belle prestance et aux bonnes manières. On commence à admirer ce qui est grand et beau, et à faire preuve d’un certain mépris pour ce qui est plus ordinaire. C’est là le B-A-BA de l’idolâtrie, et si on apprend bien ses leçons, on progresse vite sur le chemin vers les choses élevées du monde. Ce que le professeur de danse enseigne dans les choses extérieures, l’ennemi des âmes l’inculque silencieusement au cœur de l’enfant. Il lui fait comprendre qu’il s’agit d’être quelqu’un et de devenir quelqu’un, qu’il faut savoir faire la différence entre les gens distingués et les autres ; cela développe un sentiment de supériorité par rapport au commun des mortels, et de l’admiration pour tout ce qui est élevé.

Petits enfants, gardez-vous de cette idole !