Un mot à ceux qui empruntent à la légère
Les lois de l’Esprit de vie dans l’assemblée se heurtent à des difficultés à l’infini. Les commandements saints ont un large rayon d’action ; ils touchent à tout ce que nous faisons ou ne faisons pas. La vigilance est loin d’avoir pris le dessus sur le sommeil. Les questions d’argent sont en particulier à l’origine de difficultés. On prête de l’argent avec insouciance, on le dilapide avec insouciance, on n’hésite pas à prêter à d’autres de l’argent qu’on a soi-même emprunté. C’est comme si le jour où on devra rendre des comptes était très lointain. Mais pour celui qui veut vivre la vie intérieure, la vie cachée avec Christ en Dieu, il s’avérera que le jour où il doit rendre des comptes est tout proche, car les jugements de Dieu sont toujours prononcés sur sa maison.
Comment peut-on administrer les mystères de Dieu, si on ne sait même pas gérer quelques centaines de couronnes – ce qui est même à la portée de beaucoup de gens impies ? L’Ecclésiastique nous exhorte à ne pas gager notre fortune pour nous porter garant de notre prochain. Si quelqu’un a faim et soif, donne-lui à boire et à manger ; mais personne n’a le devoir de prêter ou de donner ce qu’il ne possède même pas lui-même. Si on doit ensuite emprunter à d’autres pour prêter de l’argent, on met ces derniers dans l’embarras si quelque chose se passe mal.
S’il y a quelqu’un dans l’assemblée dont on pense qu’il a quelques sous, il y en a beaucoup qui sont prêts à lui emprunter de l’argent. Au lieu de demander de l’aide à Dieu, on s’adresse à cette personne. C’est peut-être un débutant sur les voies intérieures, de sorte qu’on aurait toutes les raisons du monde de traiter une telle personne avec prudence. Mais on est tellement préoccupé par ses propres affaires et ses propres finances qu’on n’en tient pas compte. Il faut de la sagesse ici. Il vient un jour où il va falloir payer, et si tu l’as promis, sois prompt à le faire, pour que les lois dans le royaume de Dieu soient observées avec soin. La piété n’est pas une source de gains. Les frères n’ont absolument aucun devoir de satisfaire tous tes besoins financiers ; ils marchent en effet dans la liberté et agissent dans la liberté, avec tout ce que Dieu leur a confié. Si quelqu’un a reçu des richesses terrestres, c’est un don de Dieu qu’il doit administrer lui-même, ce ne sont pas les autres qui doivent le faire. S’il gère ce talent de la bonne manière, il aura sa récompense ; mais s’il le donne à des gens cupides qui n’ont pas appris à être fidèles avec ce qui leur a été confié, cela ne lui apportera que des ennuis.
C’est autre chose si quelqu’un a des biens de ce monde et voit son frère manquer de quelque chose, et qu’il lui ferme son cœur. Habituellement, on n’attend pas assez longtemps avant d’emprunter pour que les autres aient l’occasion de constater qu’on manque de quelque chose. C’est là l’erreur. On exige et on dit : puisque tu es chrétien, tu dois m’aider. Ce n’est pas là le commandement de Christ, c’est un commandement d’homme. Les commandements de Christ viennent toujours de l’intérieur, ils viennent de la racine de l’arbre, pas de sa cime. C’est béni de pouvoir aider, et on est plus heureux en donnant qu’en recevant ; mais il ne faut pas oublier qu’il faut de la sagesse pour donner. Le riche ou celui qui est généreux est entouré de tout un tas de flatteurs ; mais le juste a honte et préfère se tenir à l’écart en supportant d’être dans le besoin. Si donc tu veux faire du bien, fais attention à la personne envers qui tu fais le bien, pour que tu en retires de la joie. Il faut faire une distinction entre des dons et des aumônes. Il faut toujours faire ces dernières avec largesse ; car cela appartient à la justice de ne pas se détourner de celui qui demande de l’aide pour ses besoins vitaux.