Les saints ont-ils du péché ?

mai/juin 1922

Les saints ont-ils du péché ?

Réponse à « Korsets Seier » du 24 avril 1922

« Korsets Seier » prétend que non ! C’était avant la justification qu’on avait du péché ; mais une fois qu’on a été sauvé, on n’a plus de péché – le corps est simplement affaibli parce qu’on a vécu pendant un certain temps en ayant du péché. Le journal estime que le chapitre 1 de la première épître de l’apôtre Jean donne lieu à des interprétations erronées.

Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n’est point en nous. 1 Jn. 1, 8. Note bien qu’il est dit « que nous n’avons pas de péché » ; il est donc question du présent. Il n’est pas dit : « que nous n’avions pas de péché ». Certes, s’il n’y avait que ce seul verset qui parlait du péché dans la chair, on pourrait se tromper, si on était par ailleurs dénué de tout sens spirituel ; mais il y a en fait des quantités de passages qui démontrent qu’aussi saint qu’on puisse être, le péché est toujours présent dans la chair. La purification ne consiste pas à nous débarrasser du péché dans la chair, mais du péché dans l’entendement, afin que nous servions la loi de Dieu par l’entendement. Ro. 7, 25. Celui qui commet un adultère est esclave de la loi du péché par l’entendement ; c’est là que se trouvent le péché et la condamnation. Si le péché était resté dans la chair et n’avait pas pu avoir d’influence sur l’entendement, on serait resté dénué de condamnation.

« K. S. » demande où il peut y avoir du péché, si nous marchons dans la lumière et que le sang de Christ nous purifie de « tout péché » ; combien en reste-t-il alors ? 1 Jn. 1, 7. D’après l’auteur, cela prouve que tout péché est ôté de la chair.

Note bien qu’il est question ici de marcher dans la lumière. La lumière prononce un jugement sur beaucoup de choses dans notre vie, dont nous devons nous purifier. Le sang de Christ opère cette purification, si nous marchons dans la lumière et que nous sommes fidèles à la lumière. La conscience du péché est alors ôtée de l’entendement, mais pas de la chair. Au bout d’un certain temps, une lumière plus grande se lève, et des domaines plus étendus de ma propre vie sont exposés au jour. Le sang de Christ veut aussi me purifier de cela. Cela donne un sens au fait de marcher de lumière en lumière, de force en force, jusqu’à ce que nous nous tenions devant Dieu en Sion. Nous sommes purifiés de toute conscience du péché.

D’après l’interprétation de « K. S. », celui qui marche dans la lumière aujourd’hui sera affranchi de tout péché aujourd’hui. S’il marche encore dans la lumière demain, le sang de Christ n’aurait donc plus rien à purifier, puisqu’il a été purifié de tout péché la veille ! Nous comprenons bien quelle direction on prend quand on suit une telle doctrine. Et pourtant, ce verset est bien entendu vrai et biblique. Loué soit Dieu de ce que nous avons nous-mêmes des Bibles – et l’Esprit comme guide pour nous enseigner la justice.

Et si Christ est en vous, le corps, il est vrai, est mort à cause du péché, mais l’esprit est vie à cause de la justice. Ro. 8, 10. Qu’est-ce que cela signifie ? Qu’on ne doit pas vivre selon le péché dans la chair, selon les convoitises qui sont dans le corps, mais qu’il faut se laisser diriger et conduire par le Saint-Esprit. Salomon s’est laissé séduire par les convoitises de son corps, et nous savons tous que cela est possible – même après avoir été baptisés du Saint-Esprit. Ou n’est-ce que l’affaiblissement du corps qui entraîne quelqu’un quand il pèche ? N’est-ce pas le péché lui-même ? N’ayons pas peur d’appeler les choses par leur nom ! Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes ; mais nous ne souhaitons pas que « K. S. » se laisse séduire, c’est pourquoi nous écrivons ces lignes.

Ce n’est pas le salut du corps qui a lieu pendant notre temps ici-bas, mais celui de l’esprit. C’est pourquoi le corps sans esprit est mort. Ja. 2, 26 (trad. norv.) Dieu chérit avec jalousie l’esprit qu’il a fait habiter en nous. Ja. 4, 5. Pour ce qui est du salut du corps, nous attendons des cieux comme Sauveur le Seigneur Jésus-Christ, qui transformera le corps de notre humiliation, en le rendant semblable au corps de sa gloire. Ph. 3, 20–21. Cela n’aura lieu qu’à l’avènement de Christ.

Tant que nous sommes dans notre corps terrestre, nous sommes éloignés du Seigneur, parce que le péché habite dans la chair ; mais lorsque nous quitterons notre corps, nous nous retrouverons auprès du Seigneur.

Nous devons nous regarder comme morts au péché, et comme vivants pour Dieu. Ro. 6, 11. S’il n’y avait pas de péché dans la chair, nous n’aurions pas besoin de nous regarder comme morts au péché. Que le péché ne règne donc point dans votre corps mortel, et n’obéissez pas à ses convoitises. Nous ne pouvons pas empêcher le péché d’habiter dans notre corps ; mais nous pouvons l’empêcher de régner. Le péché ne peut rien faire sans mon consentement. C’est ici que se manifeste la loi de l’entendement, et que la croix agit chez tous ceux qui résistent à la tentation.

Ce qui est bon, je le sais, n’habite pas en moi, c’est-à-dire, dans ma chair. C’est pourquoi, si nous faisons ce que nous haïssons, contre notre propre volonté, ce n’est plus moi qui le fais, mais c’est le péché qui habite en moi. L’apôtre dit une fois de plus ici que le péché habite en lui. Le rédacteur de « K. S. » peut bien entendu rétorquer qu’il ne fait jamais des choses qu’il doit haïr à tout prix. Quelle piètre connaissance de la lumière dans laquelle on devrait marcher ! Si ! chacun d’entre nous fait une quantité de choses qu’il a toutes les raisons de haïr. Et celui qui marche dans la lumière hait effectivement ces choses, c’est pourquoi le sang de Christ le purifie de tout péché, c’est-à-dire de toute conscience du péché.

Paul dit : je vois une autre loi dans mes membres. Ro. 7, 23. Oh ! si seulement « K. S. » pouvait voir cette loi ! Jacques la voyait aussi, car il demande : « D’où viennent les luttes, et d’où viennent les querelles parmi vous ? N’est-ce pas de vos passions qui combattent dans vos membres ? » Ja. 4, 1. Ces passions n’existent-elles donc plus maintenant ? Faut-il qu’encore plus de folies soient révélées avant qu’on ouvre les yeux ? Faut-il que les pentecôtistes se divisent à l’infini avant que « K. S. » découvre la loi du péché qui est dans les membres ? Le baptême de l’Esprit et le don des langues sont-ils tellement montés à la tête de « K. S. » qu’il en est complètement aveugle quant aux vérités auxquelles l’Esprit conduit ? « K. S. » ne sait-il pas que le baptême de l’Esprit n’est que le commencement, et que l’Esprit doit nous conduire dans toute la vérité ? Jn. 16, 13. On n’a pas fini ses études le premier jour où l’enseignant a commencé à faire cours ! Mais il semble – après toutes ces années – que « K. S. » aime beaucoup l’enseignant, mais refuse catégoriquement de recevoir son enseignement. Mais aime-t-on vraiment l’enseignant dans ces conditions ?

Dieu a dit à Caïn que le péché se couchait à la porte, et que ses désirs se portaient vers lui ; mais qu’il devait dominer sur lui. Ge. 4, 7.

Le péché n’est-il plus maintenant couché à la porte ? Ou peut-être est-il couché en dehors du corps, en attendant l’occasion de pénétrer dans le corps affaibli ? Je suppose que « K. S. » souhaite qu’il en soit ainsi. S’il en est ainsi, le corps affaibli a vraiment des visites fréquentes ; car nous avons toujours trouvé ce visiteur encombrant bien présent – pas seulement chez nous-mêmes, mais aussi chez les pentecôtistes, et même chez le rédacteur de « K. S. », car il dépasse souvent les limites qui lui ont été assignées, et il se targue d’expliquer des choses dans lesquelles il est loin d’y voir clair. Ce sont des preuves suffisantes de ce que le corps affaibli reçoit la visite du péché.

Chacun est tenté quand il est attiré et amorcé par sa propre convoitise. Nous n’avons pas besoin de chercher en dehors de nous-mêmes ce qui nous attire et nous amorce. Mais cette attirance, cette incitation, c’est justement le péché qui est lié à la chair. Si nous obéissons à la convoitise, nous tombons – nous commettons un péché. Il faut faire la différence entre le fait d’avoir du péché et le fait de commettre le péché. Il n’y a pas de condamnation pour le fait d’avoir du péché, mais il y en a pour le fait de pécher.

Dans le Cantique des cantiques, l’épouse dit : Je suis noire, mais je suis belle, comme les tentes de Kédar, comme les pavillons de Salomon. Elle était noire, mais belle ! Pas « affaiblie », comme le dit « K. S. ». Le soleil l’avait brûlée. Cela n’est-il pas une consolation et un sujet de joie pour nous tous : Noire, mais belle ! C’était l’épouse elle-même qui parlait. Elle portait le trésor dans des vases de terre, sous une couverture noire.

Heureux l’homme à qui l’Éternel n’impute pas l’iniquité, et dans l’esprit duquel il n’y a point de fraude ! S’il n’y a pas de fraude dans notre esprit, Dieu ne nous imputera pas le péché. Mais ne venez pas prétendre que nous n’avons pas de péché. Le ciel lui-même n’est pas pur aux yeux de Dieu, lui aussi a besoin de réconciliation par le sang de Christ.

Car il est mort, et c’est pour le péché qu’il est mort une fois pour toutes ; il est revenu à la vie, et c’est pour Dieu qu’il vit. Ro. 6, 10.

Cette mort pour le péché n’a-t-elle agi qu’en Jésus lui-même ? L’apôtre Paul portait toujours dans son corps la mort de Jésus. 2 Co. 4, 10. Mais s’il portait la mort de Jésus dans son corps, cela devait être parce qu’il avait du péché dans son corps, puisque c’est pour le péché que Jésus est mort. Il l’a fait pour que la vie de Jésus soit manifestée dans sa chair mortelle. « K. S. » n’a pas besoin de porter la mort de Jésus, puisque le péché a déjà été ôté. Il ne reste qu’un corps affaibli. Il doit donc être arrivé plus loin que l’apôtre Paul, qui était sans cesse livré à la mort. Qu’advient-il alors de la route nouvelle et vivante au travers du voile, c’est-à-dire de sa chair, quand le péché est ôté ? Le pays dans lequel les enfants d’Israël sont entrés était plein d’ennemis. Mais d’après les théories de « K. S. », il ne devrait être que ravagé et affaibli à cause du temps pendant lequel ces ennemis y ont habité. Cela est-il biblique ?

« K. S. » emploie sans cesse l’expression « sous le sang ». Cela sonne bien ; mais ce n’est qu’une expression enseignée par la sagesse humaine. L’Esprit n’enseigne jamais quelque chose d’aussi irrésolu et d’aussi relâché. Il suffit d’y réfléchir un peu, et on comprend que cela n’a pas de sens. Se place-t-on sous le sang, comme sous une cascade ? Le sang n’agit-il pas dans l’être intérieur – c’est la mort de Christ elle-même ? On ne peut pas se placer sous le sang sans avoir Jésus pour soi. Celui qui a Jésus en soi porte aussi sa mort, et par là même son sang, en lui-même. Celui qui se place « sous quelque chose » prouve par là qu’il est en vie. Mais nous devons mourir si nous voulons vivre.

« K. S. » se sert d’Adam et Ève avant la chute comme preuve irréfutable qu’on peut être tout à fait pur et malgré tout tomber dans le péché. Considérons la chose d’un peu plus près. Dieu avait dit à l’homme qu’il pouvait manger librement de tous les arbres du jardin, mais qu’il ne devait pas manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Ge. 2, 16. Mais le serpent est venu et il a dit : Dieu a-t-il vraiment dit que vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ? Ge. 3, 1. Note que le serpent embrouille Ève en disant « de tous les arbres » (d’aucun arbre, trad. norv.). La femme répond alors : Nous mangeons du fruit des arbres du jardin. Mais quant au fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n’en mangerez point et vous n’y toucherez point, de peur que vous ne mouriez. Le serpent dit alors à la femme : Vous ne mourrez point ; mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et que vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal.

La femme s’est alors mise à douter de Dieu et à croire en Satan. Le péché avait déjà été planté en elle, avant qu’elle prenne du fruit de l’arbre. Elle était comme l’homme qui a regardé une femme pour la convoiter. Le péché était déjà consommé dans le cœur. La femme a cru davantage en Satan qu’en Dieu. C’était de l’incrédulité, et l’incrédulité est du péché. Puis la femme a porté le regard sur l’arbre, et elle a trouvé qu’il était bon à manger, qu’il était agréable à regarder, et qu’il était précieux pour ouvrir l’intelligence. Tout cela s’est produit avant qu’elle prenne du fruit de l’arbre et qu’elle en mange, justement parce que le péché était déjà planté en elle. Ceci étant, comment « K. S. » peut-il dire qu’elle était pure ? N’est-ce pas le péché qui était dans son corps qui lui a donné la force de prendre le fruit sur l’arbre et de le manger ? Si, assurément. Satan était parti quand elle a pris du fruit de l’arbre. Ce qu’il avait planté en elle renfermait assez de force pour pécher. Elle a été attirée et amorcée par sa propre convoitise – qui avait été plantée en elle par le serpent.

« K. S. » fait référence à 1 Th. 5, 23 : Que le Dieu de paix vous sanctifie lui-même tout entiers, et que tout votre être, l’esprit, l’âme et le corps, soit conservé irrépréhensible, lors de l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ !

Ce passage est censé être une autre preuve de ce que le corps est sans péché. « K. S. » ne sait-il donc pas que le fait d’être sanctifié n’est pas la même chose que celui d’être saint ? Un non croyant peut être sanctifié par sa femme croyante ; est-il saint pour autant ? Non ! loin de là ; il se peut que ce soit un ivrogne. Ce n’est donc pas parce qu’on est sanctifié tout entier qu’on est saint tout entier ; mais cela signifie qu’on est entièrement à la disposition de ce qui peut me rendre saint.

L’esprit, l’âme et le corps devaient être conservés irrépréhensibles, c’est-à-dire être conservés dans un état où on ne peut leur faire aucun reproche. Mais il y a encore une énorme distance entre cet état et la sainteté. Lorsque nous offrons sans cesse nos corps comme un sacrifice agréable à Dieu, nous sommes parfaitement irrépréhensibles, car c’est là notre culte spirituel. Mais si le corps était sans péché, pourrait-il être question de l’offrir comme un sacrifice ?

Ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs ; et nous savons que maudit est quiconque est pendu au bois.

Si donc nous sommes pendus au bois (que nous sommes crucifiés quant à la chair), et que nous sommes maudits, comment pourrions-nous l’être si nous n’avions pas de péché ? Ce n’est quand même pas le corps affaibli qui est maudit ! S’il n’y avait plus de péché en lui, il devrait au contraire être très bon, car Dieu a dit de tout ce qu’il avait créé que c’était très bon. Mais cette chair est-elle donc très bonne ?? Quelles sont les expériences de « K. S. » dans ce domaine ?? Mais Dieu a dit à Satan qu’il serait maudit ; il ne l’a pas dit au corps affaibli. Du reste, quel passage de la Bible parle du corps affaibli ? C’est fort probablement une expression qui est sortie de l’imagination humaine.

Oh ! si seulement « K. S. » pouvait être d’accord avec nous, et reconnaître qu’il y a du péché dans la chair ! Combien de bonnes choses pourrions-nous alors partager ; car sa chair est vraiment une nourriture et son sang est vraiment un breuvage. Mais puisque « K. S. » prétend qu’il n’a pas de péché, nous devons croire l’Écriture, qui dit qu’il se séduit lui-même et que la vérité n’est point en lui.

« K. S. » ne souhaite pas être considéré comme un périodique qui enseigne « la liberté à l’égard du péché », et nous trouvons que c’est une intention louable. Mais puisque ce journal enseigne qu’on ne pèche pas et qu’on n’a pas non plus de péché, nous ne pouvons faire autrement que de croire qu’il enseigne « la liberté à l’égard du péché », même s’il croit en un corps affaibli, qui était auparavant esclave du péché.