Un des nombreux mystères de la vie

février 1922

Un des nombreux mystères de la vie

Il y a beaucoup de mystères dans la vie. Quelquefois, certains d’entre d’eux sont élucidés, parce que Dieu donne la sagesse cachée à ceux qui l’aiment, ou autrement dit, à ceux qui aiment la justice et la miséricorde.

Voici un mystère particulièrement intéressant : Il arrive, de temps en temps, qu’un frère se mette à accuser sévèrement un autre frère.

Il le fait de tout son cœur, au nom de la justice, de la vérité, de la sagesse, dans l’intérêt du développement du royaume de Dieu. C’est bien sûr pour la cause de Dieu, dit-il, et il estime qu’il n’a rien d’autre à faire. Il serait impossible de laisser passer quelque chose d’aussi grave !

On a alors vite fait de penser qu’en accord avec les Écritures, des personnes tellement pleines de feu, avec tant de compassion et tant d’amour pour la vérité, ne peuvent qu’être richement ointes de tout ce qui est bon, de lumière, de paix et d’amour, de progrès à tous égards, en récompense de leur piété, alors que l’accusé est condamné à péricliter à cause de sa faute, au nom de la justice et de ce qui est convenable.

S’il en allait ainsi, il n’y aurait aucun mystère. Mais il y a mystère dans la mesure où les choses vont exactement dans le sens contraire.

L’accusé poursuit sa vie dans la foi et dans l’amour, dans la paix et la joie, et continue à croître dans sa vie par la grâce, sans être freiné, tandis que la personne qui semblait tellement pleine d’un zèle ardent pour la cause de Dieu, pour l’honneur et l’avènement de Son règne, perd quant à elle sa paix, sa joie et son repos ; c’est elle qui se retrouve dans les ténèbres. Celui qui a agi par «amour» et par «compassion», c’est lui qui perd tout amour fraternel à l’égard de celui qu’il accuse, mais aussi à l’égard des autres frères. Il n’a plus vraiment envie de voir le frère qu’il a embrassé avec larmes il y a peu de temps, en disant que personne ne savait à quel point il était reconnaissant, et à quel point il l’aimait. C’est le même qui se retire, sa force faiblit, il se détruit ou subit un dommage plus ou moins grand.

N’y a-t-il pas là un mystère ? Mais s’il n’y avait pas aussi une explication, ce ne serait pas un mystère ! Ce serait alors une cruelle injustice, il n’y aurait pas de Dieu juste. Mais nous savons que Dieu vit et qu’il est juste comme un feu dévorant ! Dieu est parfait et ses voies sont parfaites.

Quelle est donc l’explication ? Si l’accusé a réellement failli en quelque chose, il ne s’agit là que d’une goutte d’eau dans la mer par rapport à ce que représente le fait d’accuser. L’accusateur a failli en bien plus que l’accusé, autant de fois plus qu’il y a d’eau en plus dans la mer que dans une goutte d’eau.

Ce n’est donc pas étonnant que les choses aillent à l’inverse de ce qu’on aurait pu penser.