Jésus seul

janvier 1922

Jésus seul

À première vue, cette notion de « Jésus seul » semble tellement séduisante. Elle est affichée sur les murs des assemblées « libres » et dans leurs journaux, comme une expression du fait qu’ils sont libres des hommes.

Mais est-ce que Jésus est venu dans ce monde pour s’affranchir des hommes ? N’est-il pas venu pour prendre part à leur détresse et pour les aider à sortir de leurs difficultés ? Il ne se suffisait jamais à lui-même. Il aimait les hommes et a donné sa vie pour eux. Mais on peut cacher tellement de choses derrière un masque pieux avec cette expression « Jésus seul ». Si on se vexe, on peut se retirer en se consolant de ce qu’on a Jésus seul, puisque les hommes ne font que nous décevoir et nous faire du tort.

Jésus a prié son Père en disant : Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, afin qu’ils soient un comme nous sommes un. Jn. 17, 22.

Si Jean avait dit à Pierre : ce que tu dis ne m’intéresse pas, car j’ai Jésus seul, est-ce que cette prière de Jésus aurait été exaucée ?

En tant que tête du corps (l’Assemblée), Jésus maintient tout le corps uni, l’assiste et l’assemble solidement par des jointures et des liens, pour qu’il tire l’accroissement que Dieu donne. Col. 2, 19. Si les bras disaient aux jambes : je n’ai pas besoin de vous, car nous avons Jésus seul, qu’adviendrait-il du corps ?

Chacun pour notre part, nous devons avoir une relation avec Jésus-Christ ; mais nous ne pouvons pas pour autant avoir un « Jésus seul », car le corps est composé de beaucoup de membres. Si on veut avoir un Jésus seul, c’est parce qu’on ne supporte pas le feu qui fond et unit, qui consume l’inimitié au sein de l’assemblée, pour qu’elle puisse avoir part à la croissance du corps. C’est pour cela qu’on veut se séparer pour avoir quelque chose pour soi-même, pour ainsi éviter le châtiment qu’apporte une vie d’assemblée qui fusionne les uns avec les autres.

Tout l’édifice est bien coordonné et s’élève pour être un temple saint dans le Seigneur, en qui vous êtes aussi édifiés pour être une habitation de Dieu en Esprit. Ép. 2, 21 et 22. Chaque pierre de cet édifice est en relation avec celle qui lui est la plus proche et croît à la mesure de la croissance qui est attribuée à chaque membre. Une pierre ne peut pas s’arracher à l’édifice parce qu’elle ne supporterait pas les autres pierres, et dire qu’elle se contente d’avoir « Jésus seul ».

Du temps de Jésus, il y avait des bâtisseurs qui l’ont rejeté, lui qui est devenu la pierre principale de l’angle et une pierre d’achoppement et un rocher de scandale. 1 Pi. 2, 7. Les bâtisseurs de notre époque rejettent eux aussi celui qui est la pierre principale de l’angle dans l’édifice. Ils veulent avoir Jésus seul – sans qu’il soit la pierre principale de l’angle dans une maison spirituelle. C’est justement pour cette raison qu’il devient pour eux un rocher de scandale et une pierre d’achoppement.

C’est lui qui nous a donné des apôtres, des prophètes, des évangélistes, des pasteurs et des docteurs, pour le perfectionnement des saints en vue de l’œuvre du ministère et de l’édification du corps de Christ, jusqu’à ce que nous soyons tous parvenus à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite de Christ, Ép. 4, 11-13.

Puisqu’on ne veut pas entendre parler de tous ces serviteurs dans l’assemblée, mais qu’on ne veut que « Jésus seul », comment peut-on alors se développer pour parvenir à la maturité en Christ ? Si quelqu’un veut enseigner dans l’assemblée, on lui ordonne de se taire ; ils ont en effet bien assez avec Jésus seul. Si un berger veut prendre soin des agneaux, on le met en garde ; car chacun pour sa part veut se contenter de Jésus seul.

Je me demande si ce n’est pas Satan qui a fabriqué cette belle couverture et qui trompe la compréhension de beaucoup de gens de cette manière ; pour moi, cette couverture me semble à la fois trop courte et trop étroite, elle n’arrive pas à masquer la folie, même si les bâtisseurs de notre époque la portent aux nues.

Quand Dieu met une couverture sur ce qui est glorieux, elle est à la fois assez longue et assez large.