Esclavage et liberté

octobre 1921

Esclavage et liberté

Il y a quelques années, il était habituel qu’on impose de lourds fardeaux à ceux qui voulaient chercher Dieu. On considérait que c’était une chose difficile d’être sauvé. Il fallait commencer par s’améliorer de toutes les manières, de marcher la tête basse et d’avoir l’air affligé. On ajoutait une règle à une autre règle et des commandements à d’autres commandements, si bien qu’on s’effondrait sous le fardeau.

Maintenant, c’est l’attitude inverse qui prévaut. Presque tout ce qu’on fait en rapport avec la piété est qualifié d’esclavage. On ne parle plus que de liberté, et on promet la liberté. Viens chez nous, ici c’est la liberté. Bien qu’on mène une vie misérable et remplie de péché, on se recommande de la liberté de Christ. Lorsque le péché devient trop évident, on finit par estimer que tout le monde doit être sauvé, car les péchés que d’autres commettent ne sont pas pires que ceux que je commets moi-même, et si je suis sauvé, moi, d’autres doivent aussi être sauvés, il suffit qu’ils s’en rendent compte. Voilà le raisonnement qu’on se tient, et voilà comment on parle.

Ce que dit un cantique est vrai :

Tu n’as rien à faire pour être sauvé ;
Tu n’as qu’à écouter la Parole, te reposer sur elle ;
Aucun douloureux regret ne peut guérir ton cœur ;
Non, mais la Parole dit :
Guéri par les plaies de Jésus.

On ne peut rien faire pour être sauvé. Car le salut a été accompli à Golgotha. Mais quand on est sauvé, on a beaucoup à faire, car Dieu produit en nous le vouloir et le faire. Nous devons pratiquer les œuvres que Dieu a préparées pour nous. Chacun est bien obligé de faire quelque chose du matin au soir. Bien ou mal. De deux choses l’une, ou bien on marche selon l’Esprit ou on marche selon la chair. Si on marche selon l’Esprit, on va dans la direction opposée à celle de la marche selon la chair. La justice de la loi est alors accomplie.

Si une personne « libre », un chrétien « libre », mesure sa propre vie par rapport à une marche selon l’Esprit, cela devient de l’esclavage pour lui, et il n’hésite pas à qualifier d’« esclave de la loi » toute personne qui s’exerce à la piété.

Sa propre liberté ne devient alors qu’une inadmissible liberté selon la chair. Une liberté dont il faut qu’il soit sauvé le jour où il se réveille de son ivresse spirituelle. Je connais beaucoup de ces chrétiens « libres » qui, au milieu de toute leur liberté, ont terminé dans la chair.

Vous reconnaîtrez l’arbre à ses fruits. Mets-les à l’épreuve quand ils t’appellent « esclave de la loi ». Tu découvriras peut-être que près de cent pour cent d’entre eux sont des transgresseurs de la loi en même temps qu’ils se vantent de leur liberté.

Aucun homme sur la terre entière ne peut mettre sa chair en liberté tout en étant l’objet de toute l’affection de Dieu. Ceux qui appartiennent à Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs. Le corps doit être maintenu dans l’esclavage si nous voulons l’affranchir. S’il veut suivre son Maître, tout chrétien doit souffrir la mort selon la chair pour être rendu vivant quant à l’esprit. Tout le monde n’a pas cette connaissance, malheureusement, et c’est pourtant en elle que se trouve la vraie liberté divine.