En dehors du camp

avril 1918

En dehors du camp

Sortons donc hors du camp pour aller à lui, en portant son opprobre. Hé. 13, 13. La loi de Moïse ordonnait de renvoyer du camp tout lépreux, quiconque avait une gonorrhée, et quiconque était impur à cause d’un mort. Nb. 5, 2.

Homme ou femme, vous les renverrez hors du camp, afin qu’ils ne rendent pas impur le camp au milieu duquel je demeure. v. 3.

Si Dieu habite au milieu du camp, comment se fait-il donc qu’il nous est demandé de sortir du camp pour aller à lui, en portant son opprobre ? Tous ceux qui étaient dans le camp devaient être purs ; mais les lépreux, ceux qui avaient une gonorrhée ou qui étaient impurs à cause d’un mort devaient se trouver à l’extérieur du camp. Cela signifie-t-il que nous devons nous rendre impurs comme ceux-là, pour aller à lui hors du camp ? Non, je ne le crois pas. Nous n’avons pas besoin de nous rendre impurs, car quand la lumière brille plus fortement, elle nous montre que nous avons toujours été impurs à la lumière de Dieu, même quand nous passions pour être purs et que nous nous considérions nous-mêmes comme purs à l’intérieur du camp. À l’intérieur du camp, Dieu n’exige pas de nous plus de pureté que celle qu’il est raisonnable d’attendre d’un homme naturel, qui fait du mieux qu’il peut pour observer la loi.

Quand l’Esprit de Dieu prend habitation dans le cœur d’une personne, la lumière qu’elle reçoit ainsi lui fait découvrir son impureté selon la chair. Elle découvre alors la loi du péché qui est dans ses membres, cette loi qui rend l’homme incapable de satisfaire aux exigences de la loi. Dans cette lumière pure de Dieu, on devient impur et on ne se considère pas comme meilleur que le lépreux, ou celui qui a une gonorrhée ou qui a touché un mort. On se voit et on se sent tellement misérable dans cette lumière éclatante du Seigneur, qu’on sort avec joie hors du camp pour aller à Lui. Ceux qui restent à l’intérieur du camp se considèrent eux-mêmes comme beaucoup plus purs et meilleurs que celui qui, à cause de la lumière de Dieu, commence à parler de la loi du péché dans ses membres. Du temps de Jésus, ceux qui vivaient dans le camp se considéraient comme beaucoup plus purs que Jésus. C’est pourquoi il a dû souffrir hors de la porte, comme un malfaiteur. Et ceux qui étaient à l’intérieur trouvaient tout à fait normal qu’il habite parmi les impurs, ceux qu’ils avaient eux-mêmes expulsés.

Le même phénomène se produit de nos jours. Ceux qui sont à l’intérieur du camp croient être beaucoup plus purs que celui qui sort du camp pour aller vers Lui. En effet, Dieu est dans le camp, tout va très bien et on meurt comme un bienheureux. Pourtant, il faut noter que ceux qui ne reçoivent pas la grâce en vain sont poussés par l’Esprit à sortir du camp pour avoir part aux souffrances de Christ. Mais comme l’homme naturel ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu, il n’hésite pas à jeter le discrédit sur celui qui sort du camp. Tous ceux qui sont à l’intérieur du camp ont bien assez de péché et de ténèbres en eux pour agir de la sorte, et même pour considérer qu’ils ont raison d’agir ainsi. Il faut avoir été beaucoup au bénéfice de la lumière de Dieu et avoir fait profondément connaissance avec sa propre folie pour comprendre la différence qu’il y a entre le « camp » et « l’extérieur du camp ».

Si Dieu est dans le camp, ce n’est pas pour y rester, mais pour pousser hors du camp tous ceux qui sont dignes du royaume de Dieu, tous ceux qui sont élus pour avoir part à la nature divine. Ne t’enorgueillis pas du fait d’être dans le camp, dans ce qui est passager, et n’élève pas la voix pour jeter le discrédit sur celui qui sort du camp – pour aller à ce qui est misérable. En effet, celui que tu considères comme impur est en fait beaucoup plus honnête que toi, qui ne vois pas ta propre impureté et qui, pour cette raison, te considères comme pur. Je n’ai jamais vu ou entendu que l’ignorance et les ténèbres aient purifié qui que ce soit. Mais on peut voir chaque jour des hommes impurs se vanter de leurs vertus et de leur pureté, dans leur ignorance et leurs ténèbres. Certes, nul n’est trop impur pour pouvoir être sauvé, mais quand on se dit pur tout en étant impur, on demeure dans son péché ; car si la lumière qu’on possède est ténèbres, combien sont grandes les ténèbres. C’est dans cette lumière qui est ténèbres que la chair se glorifie, bien qu’à la lumière de Dieu elle soit semblable à l’herbe des champs.

Le taureau offert en sacrifice devait être sans défaut ; il pouvait donc en quelque sorte être comparé à ceux qui étaient sans défaut dans le camp. Pourtant, sa chair, sa peau, et ses excréments devaient être consumés au feu hors du camp. Ex. 29, 14.

Le feu que le Seigneur est venu apporter sur la terre n’agit jamais à l’intérieur du camp. C’est au dehors qu’il consume la vie propre, le péché dans la chair. Le feu agit sur celui qui reconnaît qu’il y a en lui des choses à consumer. En revanche, si on ne trouve rien à consumer, le feu est superflu.

Nous aussi, nous devons être sans défaut, pour pouvoir sortir hors du camp et aller à Lui. C’est pourquoi nous voyons les meilleurs éléments du camp, ceux qui recherchent plus de lumière, sortir l’un après l’autre du camp pour aller à Lui. La plupart du temps, ceux qui restent dans le camp saluent leur départ avec quelques paroles humiliantes.

Le nombre de ceux qui sont à l’extérieur va croissant, et la communion en Esprit qui les unit se renforce de jour en jour. L’opprobre ne leur est pas pour autant épargné. Mais comme cet opprobre vient remarquablement alimenter le feu qui consume le sacrifice, nous devons rester patients dans nos souffrances avec Christ, car le jour de notre délivrance est proche.