Malheureux, misérable, pauvre, aveugle et nu

janvier 1916

Malheureux, misérable, pauvre, aveugle et nu

Tu ne sais pas que tu es malheureux, misérable, pauvre, aveugle et nu. Ap. 3, 17.

La vérité affranchit, même si elle ne parle pas en ma faveur. Il faut que nous sachions que nous sommes malheureux, misérables, pauvres, aveugles et nus. Il semble que cette connaissance manque au plus haut degré de nos jours. En revanche, on est vite persuadé qu’on est riche, qu’on est dans l’abondance et qu’on n’a besoin de rien. On rivalise de zèle pour en témoigner, et chacun cherche à surpasser l’autre en richesse et en gloire. Je n’arrive pas à comprendre dans le Saint-Esprit comment tous ces gens ont pu se procurer toute cette richesse et toute cette gloire sans souffrances dans la communion de Christ. Et pourtant, si j’examine de près cette folle prétention, je vois bien d’où cela vient.

Enlève la grâce ne serait-ce qu’un instant, et la nudité, la pauvreté et l’aveuglement apparaissent dans toute leur laideur. Si Dieu ne t’a jamais montré de quoi tu avais l’air tout nu, c’est parce que tu n’aurais pas supporté cette vision. Mais cela ne veut pas dire que tu sois meilleur pour autant. Tu n’en es que plus ignorant. Dans l’abondance de la grâce, on se croit riche et puissant, mais il manque la connaissance de sa propre pauvreté. De ce fait, on n’a pas non plus le bonheur qui est accordé tout particulièrement aux pauvres en esprit. La grâce est passagère, elle va et elle vient suivant la volonté de Dieu, car elle n’est pas notre propriété légitime. C’est pourquoi on peut facilement se croire riche dans la grâce, tout en ne connaissant pas encore sa pauvreté.

Pendant les grands réveils, lorsque la grâce agit puissamment, on croit être à l’abri pour toute l’éternité et être prêt à entrer dans les demeures célestes, auprès des esprits des justes parvenus à la perfection. Quelle tromperie ! Lorsque Dieu enlève la grâce, après le réveil, on se divise en de nombreux partis, on dit du mal les uns des autres, on cherche son propre honneur et sa propre gloire, et tout finit en pure misère. Si, au milieu de la gloire de la grâce, on avait eu connaissance de sa propre pauvreté, on aurait utilisé la grâce pour acquérir la gloire de la justice, qui dépasse autant la gloire de la grâce que ce qu’on gagne dépasse ce qu’on emprunte.

C’est pourquoi heureux est celui qui connaît sa propre pauvreté, sa misère, son aveuglement et sa nudité. Il ne se glorifie pas de la richesse qu’il a l’impression d’avoir. L’amour pour la vérité lui est plus précieux que la richesse, même si cette vérité dévoile pauvreté, misère, aveuglement et nudité.

Celui qui aime la vérité préfère apprendre à connaître ses péchés cachés, plutôt que d’entendre beaucoup de paroles qui ne cherchent qu’à couvrir la pourriture.

C’est notre affaire de connaître notre nudité et notre aveuglement ; ce sera ensuite l’affaire de Dieu de nous sauver et de nous donner des choses glorieuses. Mais lorsque Dieu nous donne des choses glorieuses, celles-ci deviennent une perte pour nous si nous en tirons satisfaction et que nous oublions notre nudité, notre aveuglement et notre pauvreté.

L’homme avare aspire à la richesse, mais l’homme généreux recherche la pauvreté.

Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux.