Le Père et le Fils

janvier 1916

Le Père et le Fils

Nul ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire ; et je le ressusciterai au dernier jour. Jn. 6, 44. Quiconque a entendu le Père et a reçu son enseignement vient à moi. V. 45

Le Père attire au Fils par la grâce, il attire en convainquant, en montrant l’agneau de Dieu qui porte le péché du monde. Le salut ne se trouve pas dans cette attraction ; mais celle-ci amène à celui qui peut sauver, Jésus-Christ. C’est lui qui est venu avec l’eau et le sang ; il a apporté le salut lui-même. Il n’y a ni eau ni sang dans l’attraction ; mais c’est le désir ardent de Dieu, qui chérit avec jalousie l’esprit qu’il a fait habiter en nous. Ce désir ne trouve son accomplissement qu’en celui qui est venu avec l’eau et le sang.

Comme le Père qui est vivant m’a envoyé, et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra par moi. V. 57.

Le Fils vivait par le Père ; sa nourriture était de faire la volonté du Père. Le Père est manifesté en dehors du corps, puisqu’il est le Père du corps. Mais il a révélé sa volonté au Fils, qui vivait par le Père. Le Fils a absorbé dans son corps la volonté du Père, et de ce fait le Père lui-même, de sorte qu’il pouvait dire : Celui qui m’a vu a vu le Père. Si donc le Père est dans le Fils et le Fils dans le Père, le Père est néanmoins aussi en dehors du Fils, alors que le Fils ne peut jamais se trouver en dehors du Père. C’est pour cela que le Fils peut se soumettre au Père, alors que le Père ne peut jamais se soumettre au Fils. Le Père n’a pas seulement suscité le Fils ; il a aussi suscité ce qui doit servir à glorifier le Fils, c’est-à-dire tout ce qui peut l’invoquer comme Père, consciemment ou inconsciemment. C’est aussi l’œuvre du Père de rassembler les ennemis du Fils, qui se trouvent en dehors du corps, pour en faire un marchepied pour le Fils. Nous pouvons vivre par le Fils parce que la volonté du Père a été implantée dans la chair par le Fils. Tout comme le Fils doit toujours se trouver dans le Père, nous devons nous trouver dans le Fils ; car il surpasse toute connaissance. En dehors du Fils, nous ne sommes capables de rien. Mais le Père est capable de beaucoup de choses en dehors du Fils, puisqu’il est capable de rassembler les puissances et les dominations pour en faire un marchepied pour lui. Cependant, à cause de sa justice, le Père n’aurait pas pu prouver au Fils cette puissance extérieure qu’il possède si le Fils n’avait pas déjà vaincu par l’obéissance au Père, dans les jours de sa chair, ces mêmes puissances qui sont plus tard rassemblées comme un marchepied pour lui. La puissance extérieure du Père est donc conditionnée par l’obéissance intérieure. Nul ne vient au Père si ce n’est par le Fils, et personne ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. Venir au Père, c’est venir à ce qui est parfait, c’est venir à la connaissance de l’amour dont le Père a fait preuve quand il a éduqué la vie du Fils pour édifier l’homme intérieur. C’est parvenir à la connaissance de la gloire que le Père réserve à ses bien-aimés en réunissant tous les ennemis de Christ pour les livrer au feu.

Celui qui mange le Fils vivra par lui. Plus nous sommes concentrés en lui, plus nous sommes satisfaits, quel que soit l’endroit où nous nous trouvons. L’impie n’a pas de demeure de Dieu en lui-même, c’est pourquoi il cherche la satisfaction à l’extérieur. Mais puisque le salut n’est pas manifesté à l’extérieur, mais dans la chair de Christ, l’attraction du Père vers ce centre aura toujours un effet sur l’homme extraverti. Ce n’est que lorsqu’on se tourne vers l’intérieur que la vie du Fils peut se révéler à notre regard intérieur, ce qui apporte la satisfaction qu’on a en vain cherchée dans les choses extérieures. La chair elle-même est consumée sous l’effet de l’attraction de l’Esprit vers ce qui est central.

Cependant, l’attraction du Père au Fils a aussi comme juste arrière-fond le fait que ce dernier s’est offert lui-même. S’il n’en était pas ainsi, le Père (le juste) ne pourrait pas travailler de l’extérieur vers l’intérieur. Puisque toute offrande se trouve en Jésus-Christ, on trouve aussi cette offrande-là en lui. Après la résurrection de Jésus, le Saint-Esprit, promesse du Père, a été envoyé sur terre. Cet Esprit était rassasié du sang de l’offrande de Christ, puisque le Fils s’était offert par la puissance d’un Esprit éternel. C’est avec cette offrande comme arrière-fond que le Père peut attirer au Fils et convaincre le monde de péché, de justice et de jugement. De même que nul ne vient au Fils si ce n’est par le Père, nul ne vient non plus au Père si ce n’est par le Fils.

Personne ne connaît le Père, si ce n’est le Fils. Cela vient du fait que Christ s’est offert lui-même ; il n’avait pas de précurseur, il était lui-même le précurseur. Il n’est pas entré dans le sanctuaire avec du sang étranger, mais avec son propre sang, et il est parvenu à un salut éternel. Personne n’a connu le Père avant le Fils. Il a été le premier. Maintenant, ceux à qui le Fils révèle le Père peuvent apprendre à le connaître. Le Fils manifesté en chair est l’expression de l’image du Père. Celui qui voit le Fils voit le Père, et celui qui a le Fils a aussi le Père.