Le rapport des saints au service militaire

juin 1915

Je partage pleinement la position de M. Elias Aslaksen sur le service militaire des saints, et pour répondre à son souhait, j’ajoute ce qui suit : David a fait le recensement du peuple ; mais cela a déplu à Dieu, qui a envoyé son ange frapper parmi le peuple. 2 Sa. 24, 17. Si l’Éternel utilise ses anges pour exécuter ses jugements parmi les enfants des hommes, je suppose qu’il peut utiliser des êtres humains pour faire la même chose. L’essentiel n’est pas de savoir qui met le jugement à exécution, mais qu’il soit mis à exécution.

Si c’est la volonté de Dieu de frapper le peuple, ce qui compte n’est pas que ce soient des anges ou des hommes qui mettent le jugement à exécution, mais que sa volonté soit faite. Ce n’est pas sans raison que Dieu recourt à de tels actes de justice ; et si nous avions comme lui des yeux comme des flammes de feu et que nous pouvions voir de l’intérieur toutes les situations de l’humanité, nous verrions des abominations qu’on ne peut même pas nommer. Dans de telles circonstances, nous comprendrions peut-être mieux que la guerre est plutôt une bénédiction qu’une malédiction. En Allemagne, les églises et les lieux de culte étaient presque vides avant la guerre ; mais depuis que la guerre a éclaté, ils sont remplis à craquer. C’est une preuve que les jugements de l’Éternel font leur effet.

Dieu dispose de la police pour punir les individus, et des armées pour punir les nations. C’est par la guerre qu’un royaume est anéanti et qu’un autre est établi. Mais la terre et tout ce qu’elle contient appartiennent au Seigneur ; il en fait ce qu’il veut. C’est par la guerre qu’il a chassé les Cananéens impies et qu’il a donné leur pays à Israël. L’Éternel a fait pleuvoir le feu et le soufre sur Sodome et a ainsi tué tous les impies.

Un homme qui est dans la chair – Ro. 7, 5 – a une conception des choses qui ne peut pas être agréable à Dieu. C’est ainsi qu’on a aussi une compréhension faussée de Dieu lui-même. Avec une telle compréhension, on ne peut pas comprendre que Dieu, qui est amour, puisse mettre ses jugements à exécution par la guerre, la famine et la peste. Mais de même que l’affection de la chair est ennemie de Dieu, de même l’affection de l’Esprit est ennemie de la chair. Ces deux-là s’opposent. Mais quand l’affection de la chair entraîne les hommes dans des iniquités tellement éhontées qu’elles en deviennent une abomination et un dégoût pour Dieu comme pour les hommes, on pourrait s’étonner si un Dieu et Père plein d’amour et de bonté laissait passer ces choses sans les punir.

On parle d’amis et d’ennemis de la Défense ; mais qui est un plus grand ennemi de la Défense que l’impie ? Et qui est une meilleure protection pour la patrie que l’homme pieux ? S’il y avait eu 10 justes à Sodome, la ville aurait été épargnée. C’est à cause des impies que Babylone et Jérusalem ont été détruites. La destruction avait été annoncée à Ninive à cause de l’iniquité du peuple, mais ils se sont convertis en se revêtant de sacs et de cendres, et la ville a été épargnée.

Certains prétendront peut-être que la guerre était autorisée dans l’ancien testament mais qu’elle est interdite dans le nouveau. À cela, la seule réponse est que Dieu est le même hier et aujourd’hui, et même éternellement. Du reste, la grande majorité des gens vivent dans l’ancienne alliance ; car la loi est donnée pour les transgresseurs, et on reconnaît en être un quand on pèche quotidiennement. Le péché, c’est la transgression de la loi. Il faut une mort pour être affranchi des péchés commis sous la première alliance, avant que l’on puisse prétendre avoir part à la nouvelle alliance. De ce point de vue, on est clairement bien ancré dans l’ancien testament, et on est donc sur un pied d’égalité avec les héros de guerre Josué, Samson, Jephté, Gédéon et David.

Mais s’il y avait un homme ici ou là qui était vraiment entré avec Christ dans sa mort et qui avait de ce fait pris part au nouveau testament, et qui se demanderait s’il est juste qu’il participe à la guerre ou non, lis l’histoire d’un homme du nouveau testament, Corneille, centenier dans la cohorte dite italienne. Ac. 10. C’était un homme de guerre pieux, qui craignait Dieu avec toute sa maison, et qui faisait beaucoup d’aumônes au peuple, et priait Dieu continuellement. Pierre lui a rendu ce témoignage : En vérité, je reconnais que Dieu ne fait point acception de personnes, mais qu’en toute nation celui qui le craint et qui pratique la justice lui est agréable. Ac. 10, 34-35.

Corneille, qui était un homme de guerre, pratiquait donc la justice ; Dieu l’a agréé et il a été baptisé du Saint-Esprit.

Dieu a tout renfermé sous le péché, afin de pouvoir avoir compassion de tous. Tout le monde est touché par la guerre, de façon directe ou indirecte, que l’on combatte personnellement, ou que l’on paie des taxes de guerre par les impôts, les droits de douane, etc. On ne peut donc en aucun cas échapper complètement à la guerre et ses conséquences, mais on peut s’abstenir de pécher.

Si c’était un péché de faire son service militaire, l’Esprit convaincrait de ce péché ; mais Dieu a plutôt scellé un soldat, Corneille, de son Saint-Esprit. Et ce n’est pas seulement Corneille ; Dieu a aussi scellé du Saint-Esprit beaucoup d’autres soldats pieux. Cela prouve que ce n’est pas un péché d’être un soldat, car Dieu ne scellerait pas un pécheur de son bon Esprit ; mais le péché se trouve dans la convoitise. C’est pour cela que celui qui combat doit combattre de manière juste, en se contentant de sa solde et en ne s’appropriant rien de manière frauduleuse. Quand il agit de cette manière, Dieu bénira le soldat et l’accompagnera en temps de guerre comme en temps de paix ; car c’est un homme de paix, même s’il sert à la guerre pour avoir la paix.