Outres neuves et vieilles outres
Il y avait toujours des conflits autour de la vie de Jésus. Beaucoup de gens murmuraient contre sa manière d’agir. Quand il allait manger chez Zachée on s’écriait : « Il est allé loger chez un homme pécheur ! » Quand il était invité a un festin chez Lévi les pharisiens et les scribes murmuraient et disaient à ses disciples : « Pourquoi mangez-vous et buvez-vous avec les péagers et les pécheurs ? » (Lu. 5, 29 et suivants). Mais Jésus répondit : « Ce ne sont pas ceux qui sont en bonne santé qui ont besoin de médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs à la repentance. »
Voilà les événements qui précèdent la curieuse parabole que Jésus donne sur le vin nouveau qui ne doit pas être mis dans de vieilles outres, autrement le vin nouveau fait rompre les outres, il se répand, et les outres sont perdues. Le vin nouveau doit être mis dans des outres neuves. Et personne, après avoir bu du vin vieux, n’en veut du nouveau, car il dit : le vieux est bon.
C’étaient les pharisiens qui étaient ici les vieilles outres. Leur vie religieuse selon leurs coutumes et leur culte selon la loi étaient un vin vieux, qu’ils trouvaient bon. Il était très agréable pour leur chair c’est pourquoi ils n’avaient pas envie de boire le vin nouveau que Jésus apportait. C’est aussi pourquoi Jésus cherchait des outres neuves pour son vin nouveau qui apporte la guérison. Il n’a donc pas tenu compte de la vieille religiosité, et il s’est adressé directement aux pécheurs, dont l’entendement n’était pas corrompu par de vieilles doctrines. C’est en effet plus difficile de guérir d’une vieille doctrine religieuse empoisonnée que de guérir un entendement corrompu par le péché. C’est pourquoi Jésus ne voulait pas mélanger sa nouvelle doctrine avec la vieille, dans les vieilles outres, car même s’il avait réussi à les remplir de ses vérités pour un certain temps, on aurait été obligé de constater un jour que ces outres ne pouvaient pas contenir le vin nouveau, et tout aurait été perdu.
Il en est de même de nos jours. Là où on a élaboré une tradition à partir d’anciennes expériences chrétiennes, là où la croissance s’est arrêtée, à quelque stade du développement que ce soit on n’a pas envie du vin nouveau de vérités plus grandes et qui font progresser, car on trouve que le vin vieux est bon.
Annonce le baptême de l’Esprit a une assemblée âgée et liée ; ils ne veulent pas de ce vin nouveau, car ils s’en tiennent à la « bonne vieille doctrine » et ne veulent rien de nouveau. Annonce les vérités qui vont plus loin, prends un morceau d’un habit neuf pour le mettre à un vieil habit ; tu regardes ce morceau neuf et tu te réjouis de ce que la lumière commence à poindre, mais un jour tout se déchire : le morceau neuf n’allait pas au vieil habit, les outres dans lesquelles tu avais versé du vin nouveau se rompent et le vin est perdu.
On peut rencontrer d’autres personnes qui ont reçu le baptême de l’Esprit, mais qui se sont arrêtées là, sans aller plus loin. De même que d’autres vivent toujours d’une vieille conversion, ces personnes vivent d’un vieux baptême de l’Esprit d’il y a six ou huit ans. On peut leur annoncer une vie spirituelle plus profonde dans les traces de Christ, mais ce vin nouveau ne leur semble pas bon, car elles ne désirent pas livrer leur vie à la mort de Christ. On a vu là aussi des cas où on a essayé de mettre du vin nouveau dans de vieilles outres, mais après un certain temps, quand les tribulations dans la chair à cause de la Parole sont devenues trop grandes, les outres se sont rompues et le vin s’est répandu. On se plaint alors et on se lamente de ce que l’outre s’est rompue, et on dit que c’est la faute au vin nouveau, ce qui est vrai. Il était trop fort et trop puissant et a fait éclater les vieux dogmes et les vieilles doctrines. Un jour, on n’avait plus la force de recevoir davantage de ce vin et l’outre s’est rompue, le vin s’est répandu et tout le travail a été en vain. On peut voir beaucoup de ces outres rompues de nos jours. Elles ne trouvent plus aucun vin bon, le vieux vin s’étant répandu avec le nouveau, elles ont perdu pied et sont complètement désemparées. C’est quand on cesse de reconnaître ce qui habite dans la chair que les outres se rompent et que les cœurs s’endurcissent.
Pour que notre travail ne soit pas vain, Christ nous dirige vers les outres neuves, les péagers et les pécheurs, qui pénètrent plus rapidement dans les profondeurs de Dieu que ceux qui se sont arrêtés dans leur développement. Dans un laps de temps incroyablement court, un homme peut être sauvé, baptisé du Saint-Esprit, il peut recevoir les dons de l’Esprit, commencer sur le chemin de la croix, recevoir de Dieu l’Esprit de sagesse, commencer à servir dans l’assemblée et à offrir sa propre vie pour les autres. J’ai vu beaucoup de personnes qui, en peu de mois, ont largement dépassé des dirigeants chrétiens qui avaient été baptisés du Saint-Esprit des années auparavant ! Car les outres neuves, remplies de la conscience de leur propre péché et affamée d’avoir part à une vie en abondance, étaient réceptives pour le vin nouveau, pour toute la vie et la vérité dont elles pouvaient s’emparer. Il n’y a aucun lieu de craindre qu’elles se rompent, car la crainte de l’Éternel s’est emparée de leur entendement. De tels hommes n’ont pas de vieux vin, de vieille doctrine corrompue, à mélanger avec le vin nouveau. Le sang de Jésus purifie du péché, mais pas des doctrines qui égarent. Il faut se purifier soi-même de ce vieux levain, mais comme la plupart des gens le trouvent bon, ils le gardent.
Il n’est pas étonnant que Paul ait préféré annoncer l’Évangile là où Christ n’avait pas été nommé, afin de ne pas bâtir sur le fondement d’autrui (Ro. 15, 20). Du vin nouveau pour des outres neuves ! Il savait alors que son travail tiendrait bon. « Défrichez-vous un champ nouveau, et ne semez pas parmi les chardons. » (Jé. 4, 3) Il est bien vrai que les paroles de Jésus s’accomplissent aussi dans ce domaine : les derniers seront les premiers, et les premiers les derniers.