Les trois crucifiés
Lorsqu’ils furent arrivés au lieu appelé Crâne, ils le crucifièrent là, ainsi que les deux malfaiteurs, l’un à droite, l’autre à gauche. Lu. 23, 33.
Ce n’était pas un hasard que Jésus ait été crucifié avec deux malfaiteurs, car Ésaïe dit :
C’est pourquoi je lui donnerai sa part avec les grands ; il partagera le butin avec les puissants, parce qu’il s’est livré lui-même à la mort, et qu’il a été mis au nombre des malfaiteurs, parce qu’il a porté les péchés de beaucoup d’hommes, et qu’il a intercédé pour les coupables.
Le 1er
Le premier malfaiteur crucifié l’injuriait, disant : N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et sauve-nous !
Ce malfaiteur représente le monde, qui voudrait être sauvé sans donner raison au jugement. Puisque tu es le Christ, ôte-donc le jugement, libère-toi toi-même et libère-nous ; montre ce que tu vaux ! Puisque tu es chrétien, tu dois me plaire et satisfaire mes exigences. Si tu es le Christ, monte à Jérusalem le jour de la fête et présente-toi au peuple ; jette-toi du haut du temple, et demande aux pierres de se changer en pains. Mets en avant ton honneur et ton talent, afin que l’on puisse vraiment se rendre compte que le Messie est venu parmi nous.
C’est un tel Messie que le monde veut accueillir, et leurs besoins seront un jour satisfaits avec l’Antéchrist. Mais la mission de Christ n’était pas de laisser libre cours au monde, de faire des signes et des miracles devant la face de la bête et de recevoir son assentiment. Il est venu pour crucifier le monde et pour le livrer à la mort, pour que tout homme qui meurt avec lui puisse avoir la vie.
Le malfaiteur était crucifié. Il pouvait injurier, mais il était condamné à mort, et les clous de la croix retenaient leur butin. Le monde est lui aussi crucifié ; car si un seul est crucifié pour tous, alors nous nous considérons tous comme crucifiés, et si un seul est mort pour tous, tous donc sont morts. L’Esprit convainc de jugement, parce que le prince de ce monde a été jugé ; cette conviction de jugement, ce sont les clous que l’impie ne pourra jamais extirper de son cœur. Le monde peut certes, comme le malfaiteur, demander qu’on lui laisse la vie sauve, mais ce sera sans succès – il devra la perdre.
Le 2nd
Mais l’autre le reprenait, et disait : Ne crains-tu pas Dieu, toi qui subis la même condamnation ? Pour nous, c’est justice, car nous recevons ce qu’ont mérité nos crimes ; mais celui-ci n’a rien fait de mal.
Le premier malfaiteur voulait être sauvé sans jugement ; le second, en revanche, acceptait d’expier ses mauvaises actions par la souffrance dans sa chair, afin d’en être affranchi dans l’éternité. Il a déposé le fardeau de son péché sur celui qui porte le péché du monde et Jésus lui a dit qu’il l’accompagnerait au paradis.
Tout comme le premier malfaiteur, le second malfaiteur portait aussi le fardeau du péché en lui et sur lui ; mais en reconnaissant sa faute et en acceptant le jugement, il a été délivré de son fardeau. Il n’y avait plus de condamnation pour lui. Il a été purifié de ce qu’il avait jugé. Mais il n’a pas pour autant été débarrassé du péché qui habitait en lui. Il représente les personnes qui sont purifiées de leurs péchés et qui ne désirent rien de plus.
Le 3e crucifié
C’était Jésus lui-même. Le premier malfaiteur l’a insulté, mais il n’a rien répondu. En revanche, il a répondu au second malfaiteur. De nos jours aussi, Dieu a des malfaiteurs sauvés qui peuvent répondre au monde à toutes les questions concernant Jésus, qui peuvent réfuter toutes leurs affirmations et qui peuvent repousser leurs moqueries ; mais Jésus lui-même ne donne aucune réponse au monde. En revanche, il répond au second malfaiteur avec un serment : Je te le dis en vérité, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis.
Quand il a été cloué au bois, Jésus n’a pas seulement porté le péché sur lui ; il l’a aussi porté en lui. Il a été fait péché pour nous. Dieu a condamné le péché dans sa chair. Ro. 8, 3. Et quand cette œuvre a été accomplie, il a expiré. La loi était incapable de condamner le péché dans la chair, car tout péché que commet un homme est en dehors du corps. Mais Dieu a rendu possible ce qui était impossible pour la loi : il a condamné le péché dans la chair de Christ. Tous ceux qui veulent être sauvés du péché en eux peuvent se charger chaque jour de leur croix. Le malfaiteur a été sauvé de ses méfaits, mais il n’a pas eu part à la nature divine. Jésus ne s’est pas revêtu d’une nature d’ange, mais de la postérité d’Abraham. Il l’a fait pour pouvoir s’en prendre au péché dans le corps et pour y planter à la place du péché toute la plénitude de la divinité, qui habite corporellement en lui.
Le jugement prononcé sur le péché qui habite dans la vieille nature d’Adam n’est pas une condamnation, puisqu’il se trouve à l’intérieur du corps ; c’est à propos de ce salut que Pierre dit que le juste se sauve avec peine. 1 Pi. 4, 18. Il y a une croissance du corps et un salut du corps et un jugement du corps, pour que chacun soit rétribué selon ce qui s’est passé par son corps.
Dieu fait tout en double. Il donne un salut extérieur par Jésus-Christ, et il donne un salut extérieur et intérieur par la même personne.
Mais les ennemis de la croix de Christ s’opposent à ce salut intérieur ; comme le malfaiteur, ils se contentent du pardon des péchés.
Il n’en va pas de même de l’épouse de Christ. Elle veut participer à sa sainteté et elle a calculé les dépenses. Elle est chair de sa chair et os de ses os ; elle n’est pas seulement prête à partager la joie avec son époux, mais aussi à souffrir et à mourir avec lui – pas seulement pour être délivrée de la malédiction de la loi, mais aussi de la nature qu’elle a hérité d’Adam dans son corps.