L’amour

mars 1914

L’amour

Est-ce de l’amour d’avoir une langue mielleuse et un visage brillant, en faisant des promesses qu’on ne tiendra jamais et en flattant son prochain en sa présence ?

C’est un type d’amour qu’on trouve facilement en soldes et qui se vend bien. La chair se complait dans l’hypocrisie et les flatteries, et on est prêt à avaler les plus grosses bêtises, pourvu qu’elles soient bien assaisonnées de douceurs charnelles.

Si cela ne concernait que ce qu’on appelle « le monde », ce ne serait rien d’autre que ce à quoi on s’attend. Mais malheureusement, cette hypocrisie est tellement répandue parmi les chrétiens que l’on considère ceux qui n’en sont pas contaminés comme étant durs, dépourvus d’amour et sans pitié.

Dans son esprit charnel, on se forme des idées préconçues de la manière dont l’amour devrait s’exprimer pour avoir un effet, et on agit en conséquence. Selon cette conception, l’amour doit toujours cajoler, être doucereux, conciliant, et ne rien faire d’autre que ce qui plait aux hommes.

Les gens impies ont la même conception ; c’est pourquoi ils disent que Dieu n’a pas d’amour, qu’il est dur, puisqu’il ne se conforme pas en tout point à leur compréhension de l’amour.

On comprend bien que ce genre d’amour va toujours dans le sens de s’épargner soi-même. C’est un amour auquel Jésus répond : Arrière de moi, Satan !

L’Esprit de Dieu sonde même les profondeurs de Dieu, et, dans cet Esprit, nous avons appris par la grâce de Dieu que par-delà tout ce qu’on croyait ci-dessus être de l’amour, il y a l’amour pour Dieu. Cet amour est si profond qu’il pousse devant lui tout ce qu’on croyait devoir cultiver et câliner, pour en faire des sacrifices. De cette manière, Dieu nous donne l’occasion de nous examiner nous-mêmes, pour voir si nous sommes prêts à nous sacrifier nous-mêmes et à prouver de cette manière que nous possédons l’amour pour Dieu.

On garde toujours le meilleur vin pour la fin, et c’est une fois que l’homme a parlé deux ou trois fois dans toute son imperfection, que Dieu demande à l’homme : où étais-tu quand je fondais la terre ? Ceins tes reins comme un vaillant homme ; je t’interrogerai, et tu m’instruiras. Job 38.

Même un homme comme Job, qui parlait tellement bien que les princes se taisaient et que les adversaires mettaient leur main sur la bouche, a dû reconnaître qu’il avait parlé de choses qu’il ne comprenait pas et qui étaient trop merveilleuses pour lui. Et pourtant, il n’avait pas été traité par autre chose que l’amour.

Nous vivons au maximum 70 ans environ ici-bas, et au cours de ce temps, nous avons largement l’occasion de renoncer aux convoitises charnelles qui font la guerre à l’âme. C’est de cette manière que nous pouvons démontrer en pratique que nous avons de l’amour.

Dieu, en effet, a un amour tellement grand pour nous qu’il veut, en lieu et place de notre propre vie, nous offrir une vie divine – une vie éternelle – avec la nature de Dieu. Celui qui est dans les ténèbres ne peut guère s’imaginer ce que cela représente ; il ne voit que les choses immédiates pour tirer toutes sortes d’avantages des circonstances de cette vie. On considère alors que tout ce qui vient faire obstacle à des projets agréables vient du mal, même si cela est arrivé en vue d’acquérir des valeurs éternelles.

Il y a quelque chose qui s’appelle « le mystère de la piété » et qu’on ne peut obtenir que par la piété. C’est dans ce mystère qu’est cachée la connaissance de l’amour éternel de Dieu, l’amour qui se sacrifie. Si on a goûté ne serait-ce qu’une goutte de cet amour, il aura un effet tellement puissant qu’on rejettera pour toujours tout ce que l’homme pense être de l’amour.

Aucun sacrifice n’est trop grand pour cet amour, car on comprend la volonté de Dieu. Aucun obstacle ne peut lui barrer le chemin, et aucune conspiration ne peut nous faire perdre courage. Car le Seigneur est avec nous et qu’est-ce qu’un homme, pour que nous le craignions ? Si nous avons appris à donner notre propre vie, nous n’avons plus peur de celui qui veut nous la prendre. C’est cette foi qui a triomphé du monde et c’est cet amour qui a vaincu toutes les voix qui disent « épargne-toi toi-même ! »