Un par un

mars 1914

Un par un

Nous sommes venus au monde un par un, nous devons marcher un par un, nous devons mourir un par un, et c’est un par un que nous rendrons compte de nos actions. Dieu nous a appelés un par un, et c’est individuellement que nous devons nous développer.

Jésus prenait soin de chacun en particulier. Il arrivait parfois qu’il parle à la foule, mais les gens voulaient alors tirer de lui un profit matériel, ou alors le couronner roi, ce qui n’était pas l’intention de Dieu avec Christ.

Deux disciples entendirent Jean dire : « Voilà L’Agneau de Dieu », et ils se levèrent tout de suite et suivirent Jésus. Jésus se retourna, et voyant qu’ils le suivaient, il leur dit : Que cherchez-vous ? Ils lui répondirent : Rabbi (ce qui signifie Maître), où demeures-tu ? Venez, leur dit-il, et voyez. Jn. 1, 35 et versets suivants. Le lendemain, il rencontra Philippe. Et Jésus lui dit : Suis-moi. Philippe rencontra Nathanaë1 et l’amena à Jésus, etc.

Si nous avons reçu une part de l’amour de Christ, nous nous intéresserons à chacun en particulier. L’Esprit convainc chacun de péché, de justice et de jugement. Paul exhortait chacun avec larmes, pour présenter chaque personne parfaite en Jésus-Christ.

Si nous n’arrivons pas à conduire une seule âme pour qu’elle progresse en Christ, à combien plus forte raison n’arriverons-nous pas à conduire la foule. J’ai entendu des prédicateurs dire qu’ils ne se sentaient pas à l’aise quand ils ne pouvaient pas parler à de grands auditoires. Notre Maître à tous se contentait pourtant d’une seule âme, et il était content d’avoir une conversation intime avec Jean. Il y a quelque chose d’orgueilleux dans l’homme qui n’est pas satisfait s’il n’y a pas de grandes assemblées, et cet orgueil doit être brisé. Celui qui est dans cet état d’esprit n’est pas apte à mener qui que ce soit à une vie plus profonde en Christ, car pour ce faire, il faut enseigner chacun en particulier à fouler à son propre pressoir. C’est chacun pour son compte que nous devons supporter les souffrances de Christ ; nous devons être formés un par un pour devenir semblables à lui dans sa mort, et c’est un par un que nous ressusciterons, l’un avec l’éclat du soleil, l’autre avec l’éclat de la lune, et un troisième avec l’éclat des étoiles.

Adam fut créé tout seul, c’est individuellement qu’il a péché, et c’est lui seul que l’Éternel appela, en disant : Adam, où es-tu ? Apprenons, nous aussi, en tant que collaborateurs de Dieu, à dire à chacun en particulier : Adam, où es-tu ? Cela n’a rien d’impressionnant à vues humaines, mais on retire une réelle bénédiction à travailler avec chaque âme individuellement. On crée ainsi une confiance et une communion que l’éternité même ne pourra pas briser. Soyons des ambassadeurs de Christ, et exhortons chacun en particulier au nom de Christ : sois réconcilié avec Dieu.

Quels fruits obtient-on en voyageant d’endroit en endroit et en prêchant, si l’on ne cherche jamais à savoir ce qu’il en est de chacun, et si l’on ne s’intéresse pas aux personnes ? Le grand nombre ne se compose-t-il pas d’individus ? Paul envoie des salutations à l’assemblée de Rome, et il ne cite pas seulement le nom des personnes, mais aussi leurs caractéristiques. Phoebé était diaconesse de 1’Ég1ise de Cenchrées ; elle devait être reçue dans le Seigneur. Prisca et Aquilas étaient ses compagnons d’œuvre. Ils avaient exposé leur tête pour sauver la vie de Paul. Marie avait pris beaucoup de peine pour l’assemblée de Rome. Andronicus et Junias étaient ses compagnons de captivité et jouissaient d’une grande considération parmi les apôtres. Paul aimait Amplias dans le Seigneur, Urbain était son compagnon d’œuvre et Stachys son bien-aimé. Appelès était éprouvé en Christ. Ro. 16.

Tout cela prouve que Paul prenait soin de chacun en particulier, et c’est justement là que résidait sa grande force.

De nos jours, chaque assemblée a son dirigeant, qui peut être mis à la porte du jour au lendemain, sans autre forme de procès. Un autre peut prêcher, prier et indiquer les cantiques aussi bien que lui, et c’est cela l’essentiel...

On peut être sûr que Paul ne se laissait pas mettre à la porte aussi facilement. Même s’il avait été congédié, l’amour aurait fait qu’il n’aurait tout de même pas quitté l’assemblée en question. Il avait établi une communion en Jésus-Christ que la volonté humaine ne pouvait pas détruire.

Si Paul avait limité son activité à parler du haut d’un pupitre de temps à autre, il n’aurait certainement pas eu cette connaissance approfondie de chacun en particulier.

Même le diable a appris l’art de travailler avec chacun en particulier, mais beaucoup d’enfants de Dieu estiment que c’est un travail trop insignifiant et pas assez honorable. Que Dieu nous délivre de l’orgueil ! Combien de choses Paul a pu accomplir tout seul ! Et David n’était-il pas meilleur que des milliers d’hommes ? Samson tout seul n’a-t-il pas pu tuer 3.000 Philistins, et Jésus-Christ tout seul ne peut-il pas sauver et porter le péché du monde entier ? C’est donc le travail avec chacun en particulier qui a le plus de valeur.