L’épée

mai 1913

L’épée

Il y a beaucoup d’opinions différentes sur la Parole de Dieu. Et plus il y a d’opinions, moins il y a d’unité. On considère souvent que c’est faire preuve indépendance d’avoir ses propres pensées au sujet de la Parole, au lieu de répéter ce que d’autres ont déjà dit avant.

Nous vivons à une époque de grands bouleversements, où beaucoup pensent que chacun doit combattre pour arriver à définir sa propre position. On examine les choses anciennes et les choses nouvelles, on prend parti ou position, suivant que l’on est fort ou faible. Les esprits sont révoltés, mille voix clament qu’elles ont trouvé la vérité. Mais la plupart du temps, ce n’est qu’une nouvelle invention et pas l’ancienne vérité.

Ceux qui crient le plus ne sont pas toujours ceux qui ont la meilleure marchandise. Ils accordent d’ailleurs souvent des réductions sur le prix à payer, pour attirer le client.

Les eaux de Siloé, qui coulent doucement, sont plus profondes que cela. Elles ne font pas beaucoup de bruit, elles n’altèrent pas certaines vérités, pour obtenir beaucoup d’adeptes. Elles suivent leur propre cours sans se laisser dévier par les désirs et les penchants du cœur de l’homme. Celui qui veut boire de ces eaux doit lui-même se courber sur leurs rives. Là, on boit pour obtenir la vie, et non des opinions. On boit pour avoir part à la communion qui est dans le corps de Christ, et non pour former de nouveaux partis.

En général, on parle trop et on agit trop peu. On parle beaucoup de la parole de Dieu mais on l’utilise trop peu.

Prenons un exemple qui montrera comment on traite la parole de Dieu. Cinq frères ont à leur disposition l’épée de l’Esprit (la parole de Dieu). Le premier dit de l’épée : «A mon avis, il en est ainsi.......» Le second réplique : «Je comprends les choses de telle manière...» Le troisième ajoute : «D’après ma vision des choses...» Quant au quatrième, il déclare : «J’ai toujours supposé et entendu expliquer à ce sujet que...» Et ainsi, chacun essaie, en s’appuyant sur sa propre sagesse, de convaincre les autres avec ses opinions et interprétations compliquées au sujet de l’épée.

Le cinquième, qui écoute leur conversation, est rempli de zèle contre la folie des autres, il saisit l’épée (au lieu d’en parler), la brandit avec force contre les quatre autres frères, et abat sans rien épargner toutes leurs pensées impressionnantes, en disant : «Insensés ! Le chemin pour comprendre l’épée consiste à s’en servir !»

Toutes les opinions se taisent alors, les différentes manières de voir s’écroulent, les interprétations se sauvent en courant, et la vérité simple et pratique est révélée, sur les ruines des opinions et des suppositions.

Pour qu’on comprenne ce que l’épée veut dire, il faut d’abord qu’elle tranche dans le cœur et qu’elle juge les sentiments et les pensées du cœur. Ce ne sont pas les sentiments et les pensées du cœur qui doivent porter un jugement sur l’épée.

Pierre a utilisé l’épée de telle manière que ses auditeurs eurent le cœur vivement touché. Quand il vit l’effet qu’elle produisait, il comprit pleinement son contenu et sa puissance. Tous ceux qui, par la force de l’Esprit, utilisent l’épée de l’Esprit, ont la même opinion sur l’épée, une opinion qui leur est révélée par l’Esprit lui-même.

Paul écrit aux Corinthiens : «Je vous exhorte, frères, par le nom de notre Seigneur Jésus-Christ : tenez tous le même langage, qu’il n’y ait pas de divisions parmi vous, mais soyez en plein accord dans la même pensée et dans la même opinion.» 1 Co. 1, 10.

Ce sont les effets produits par la Vie, et non les interprétations intellectuelles, qui déterminent les opinions conformes à la Vie. Ceux qui utilisent la parole de Dieu se réjouissent ensemble, car ils ont récolté, à l’école de la Parole, les mêmes pensées sur ses propriétés magnifiques et ses effets puissants. C’est pourquoi ils sont unis dans la même opinion, que la vie elle-même a formée en eux.

Nombreux sont ceux qui souhaitent posséder une plénitude de l’Esprit sous la forme d’une bénédiction agréable, mais peu nombreux sont ceux qui désirent utiliser l’épée de l’Esprit. Pour pouvoir utiliser cette épée sur les autres, il faut d’abord avoir expérimenté son tranchant sur soi-même. Ceux qui ne l’utilisent pas sur eux-mêmes ne peuvent pas non plus l’utiliser sur les autres.

C’est pourquoi celui qui dit qu’«il ne faut pas blesser» fait preuve d’un faux amour. Comment peut-on concevoir une épée qui ne blesse pas ? Ce ne sont alors que de belles paroles poétiques sur la parole de Dieu, qui sont privées de sa puissance qui blesse et qui guérit ! L’épée est aiguisée et polie pour armer la main du tueur. Ez. 21, 16.

Tout faux amour dans lequel la chair se drape doit ici céder la place à la puissance de la vie. Cette puissance produit la mort de la chair, avec toutes ses opinions et ses suppositions, jusqu’à ce qu’on soit rempli de la plénitude pure de la vie, avec les expressions et les pensées claires qui lui sont propres et qui ne sont jamais en contradiction avec elles-mêmes.

La chair se contente d’un christianisme qui parle, mais la vie exige un christianisme qui agit ; une de ses premières actions est justement d’abattre celui qui parle, parce que c’est un arbre qui ne porte pas de bons fruits.

Fais l’essai, et tu trouveras que l’épée de l’Esprit ne s’émousse jamais si on s’en sert ; en revanche, tu te retrouveras sans force si tu ne l’utilises pas. Tu deviendras alors la proie des milliers d’opinions religieuses sur la Parole que l’on trouve à notre époque ; tu récolteras le vide et tu perdras le contenu de la vie.

Paul exhorte : «Que personne, sous prétexte d’humilité et d’un culte des anges, ne vous conteste à son gré le prix de la course». Col. 2, 18.

Beaucoup de gens présentent l’humilité comme le contraire de la combativité. Mais l’humilité n’est pas quelque chose de vacillant, de mou ou d’inhibé. L’humilité consiste à avoir un entendement qui se courbe clairement et fermement sous la volonté de Dieu, pour faire ce qu’il dit. Être humble, c’est se courber devant ce qui est juste.

En plus du faux amour mou et mièvre, il y a une fausse humilité, qui tolère et accepte mollement toutes sortes de choses. Ce sont de fausses vertus, des copies par Satan des fruits de l’Esprit, et Paul met en garde contre elles. Elles sont d’autant plus trompeuses qu’elles se présentent avec une apparence de spiritualité et au nom de Jésus. Mais leurs motivations et leur but ne visent qu’à épargner la chair.

C’est pourquoi ceux qui ont ces fausses vertus sont les premiers à trouver durs, méchants, blessants et dénués d’amour les hommes spirituels qui brandissent l’épée de l’Esprit. On accuse tout de suite de manquer d’amour, de juger durement, de manquer d’humilité, dès qu’on est touché ne serait-ce que par la pointe de l’épée. Toutes leurs fausses vertus sont en vérité agréables pour la chair.

Beaucoup n’ont pas su prendre position, ils ont laissé l’épée tomber et ont perdu le prix de la course. Il y a de nombreux croyants de nos jours qui sonnent de la trompette pour ces fausses vertus ; beaucoup de gens diront peut-être du bien d’eux, mais Dieu et ceux qui sont sages s’exclament : «Malheur à vous !»

Les sages, ceux qui se retrouvent dans l’unité de l’Esprit, sont ceux qui se conforment au véritable but de la vie : l’accomplissement du plan de Dieu avec l’homme. Ils deviennent un.