Bergers !

mai 1913

Bergers !

Prophétise contre les bergers d’Israël ! Prophétise, et dis-leur, aux pasteurs (bergers) : Ainsi parle le Seigneur, l’Éternel : Malheur aux bergers d’Israël, qui se paissaient eux-mêmes ! Les bergers ne devaient-ils pas paître le troupeau ?

Vous avez mangé la graisse, vous vous êtes vêtus avec la laine, vous avez tué ce qui était gras, vous n’avez point fait paître les brebis. Éz. 34, 2 et 3.

Celui qui dort, dort la nuit ; mais nous sommes enfants du jour et en tant que tels, nous devons savoir comment un berger doit se comporter, comment il doit faire paître le troupeau que le Seigneur lui a confié, avec l’amour et la patience de Christ. Dans les anciens temps d’Israël, il y avait des raisons de faire beaucoup de reproches aux bergers. Ils se paissaient eux-mêmes et laissaient les brebis se débrouiller ; ils cherchaient leurs propres avantages et laissaient les brebis dans le besoin. Ils extorquaient jusqu’au dernier denier de ceux qu’ils auraient dû protéger et nourrir et dont la garde leur avait été confiée ; les brebis ont ainsi été dispersées sur toutes les collines, sans aucun berger.

C’est une responsabilité d’avoir des âmes qui nous ont été confiées, afin que nous les fassions paître avec clairvoyance et intelligence pour qu’elles deviennent participantes de la nature divine. Il faut beaucoup d’amour dans l’Esprit pour allaiter les agneaux et nourrir les brebis.

Il y a aussi des bergers à notre époque. Je ne pense pas du tout aux pasteurs employés par l’État, des bergers intéressés par les vocations les plus grassement payées. Mais il y a des bergers issus du peuple, des bergers dont on est en droit d’attendre quelque chose, des bergers à qui les foules font confiance. Quand de tels bergers manquent à leurs obligations, c’est pire. Quand des bergers remplis de l’Esprit de Dieu, qui ont apporté beaucoup de bénédiction, se détournent et sont séduits par l’admiration de leur propre dignité, leur propre personnalité, la situation est vraiment critique. Quand les bergers nourrissent les brebis des récits de leur propre vie quotidienne, comment ils voyagent, qui les accompagne jusqu’au quai d’embarquement et qui les accueille à leur arrivée, où ils dorment, mangent et prêchent, alors la situation a l’air désespérée. Pauvres brebis ! Quelqu’un qui vit dans le nord du pays, en Amérique, ou ailleurs dans le monde, doit donc tirer de la nourriture pour sa vie du récit des activités de son berger dans une salle ou une autre.

L’apôtre Paul demande : qui est Paul ? et qui est Céphas ? Mais on peut être tenté de poser la question suivante : pour qui les bergers de notre époque se prennent-ils donc, pour avoir tant de choses à raconter sur leur propre personne ? Et qui sont ces brebis ignorantes qui sont tombées dans une admiration aveugle d’un simple homme qui a tant de choses à raconter sur lui-même ?

Il y aurait de l’espoir si les bergers ouvraient un tant soit peu les yeux pour apprendre à haïr leurs propres actions et à s’en abstenir ; mais certains annoncent qu’ils ne font jamais rien de haïssable. Bien au contraire, toute leur vie et toutes leurs œuvres sont aimables et pures. Il n’existe rien qui soit haïssable, condamnable et dont il faudrait s’abstenir. Ce serait dangereux de se mettre à avoir de telles pensées ; tout ce qu’ils font est bien fait, leurs plans et projets pour des actions futures sont tous conformes au conseil de Dieu ! Ils ne se sont jamais trompés, car ils sont toujours les plus grands ; qui oserait les critiquer ? Le nouveau converti qui vient de rejeter le plus gros de sa vanité peut très bien faire office de remplaçant pour le berger, en cas d’empêchement de ce dernier ; si seulement la considération est au rendez-vous, le tout est honorable. Si on est habile pour s’exprimer en public, qu’on a une bonne éducation, qu’on sait faire des gestes théâtraux, qu’on peut susciter l’adhésion des foules, ce n’est pas grave si le tout ne reste qu’une comédie.

Ce serait une doctrine dangereuse de haïr cette folie ; car quand on a reçu l’Esprit de Dieu, il ne peut plus y avoir ni aveu de ses propres manquements, ni humiliation, ni affliction. Ce serait de l’esclavage et une déchéance !

Mais qu’en est-il des brebis sous la direction des bergers de notre époque ? Sont-elles conduites de force en force, de victoire en victoire ? Croissent-elles pour parvenir à l’état d’homme fait en Christ ? Leur connaissance de Dieu augmente-t-elle de jour en jour ? Sont-elles occupées à se purifier jour après jour ? Est-ce qu’on leur enseigne à se charger chaque jour de leur croix ? Le berger veille-t-il à ce que les brebis soient nourries ? À ce qu’il n’arrive aucun événement fâcheux aux plus petits agneaux ? Les connaît-il toutes par leur nom et est-ce qu’il sait nourrir les agneaux, et garder les brebis et les agneaux ? Est-ce qu’il marche lui-même à leur tête en disant : Soyez mes imitateurs, comme je le suis de Christ ?

Ou est-ce qu’il se nourrit lui-même, est-ce qu’il parle de lui-même, est-ce qu’il loue celui qui lui sert à manger, qui l’honore et qui le soutient ?

On peut en vérité demander : Qui donc a assisté au conseil de l’Éternel pour voir, pour écouter sa parole ? Qui a prêté l’oreille à sa parole, qui l’a entendue ? Jé. 23, 18.