Sous la loi de Christ

avril 1913

Sous la loi de Christ

Tu dis que tu as reçu le baptême de l’Esprit. Mais es-tu entré depuis dans la communion des souffrances de Christ ? C’est en effet le pas suivant. Beaucoup reçoivent le baptême de l’Esprit, mais peu nombreux sont ceux qui entrent dans la communion des souffrances de Christ — sur le chemin de la croix. Pourquoi recevons-nous le baptême de l’Esprit ? Pour nous griser dans un sentiment de bien-être ? Non ! Nous recevons le baptême de l’Esprit pour suivre l’Agneau avec la force de l’Esprit. Jésus est venu pour servir et donner sa vie ; il avait reçu le pouvoir de donner sa vie (Jn. 10, 18) et il s’est offert lui-même par la force d’un Esprit éternel (Hé. 9, 14). Tu as reçu de la force, non pas pour que tes forces s’exercent sans aucun contrôle, comme une cascade indomptée, mais pour qu’elles soient sous la loi de Christ, soumises à sa volonté. Et sa volonté est que tu livres ta propre vie à la mort pour pouvoir servir en toute pureté. Celui qui a reçu le baptême de l’Esprit, mais qui ne veut pas prendre part aux souffrances de Christ en mourant à sa propre vie, cesse de se développer et devient un ennemi de la croix de Christ. De telles personnes sont facilement prisonnières de la fausse doctrine répandue par Satan, selon laquelle la propre vie a disparu d’un seul coup ; ainsi elles évitent à la fois la mort et les souffrances, prétendant être comme Dieu pour l’éternité.

Christ a été accompli au travers des souffrances. Si nous voulons être accomplis, nous devons suivre le même chemin. Nous devons perdre notre vie pour la trouver. Si la plupart se méfient du chemin de la croix, cela vient du fait qu’ils reculent devant les souffrances. Ils n’aiment pas non plus entendre dire que la force de l’Esprit doit être liée légalement à Christ pour que nous vivions une vie de serviteur. Ils souhaitent plutôt avoir la liberté débridée de la cascade, qui s’élance avec éclat et bruit, sans être de quelque utilité que ce soit dans sa course sauvage. Au fur et à mesure que la cascade est liée, elle perd son apparence violente antérieure, elle perd sa liberté, son éclat et son bruit. Elle est canalisée et conduite vers des turbines, pour que sa force soit transformée en force domestiquée, en énergie maîtrisée, qui peut donner de la lumière, de la chaleur, etc., qui est utile aux hommes. La cascade doit être sacrifiée pour devenir utile. Elle perd sa liberté.

Il en est de même de celui qui a reçu le baptême de l’Esprit et qui s’engage sur le chemin de la croix. Il perd sa liberté par le fait qu’il se lie volontairement comme sacrifice, pour servir Christ. Beaucoup de ceux qui ont été baptisés du Saint-Esprit appellent cela «l’esclavage de la loi». Ils ne veulent être qu’une cascade turbulente, aux réunions et ailleurs ; ils sont le plus à l’aise là où ils ne ressentent aucune contrainte. C’est dur pour la cascade d’être canalisée et liée pour servir. Cela devient «trop lourd, une croix trop lourde, un esclavage sous la loi» ! Ils sont libres du pouvoir du péché et veulent jouir de cette liberté, sans liens. Mais Paul dit : «Livrez vos membres comme esclaves à la justice, pour aboutir à la sanctification.» Ro. 6, 19. Ils ne savent pas que celui qui ne sert pas avec ce qu’il a reçu perd ce qu’il a. Son être intérieur se dessèche, la cascade devient de plus en plus mince et finit par tarir. On languit alors après une nouvelle pluie pour que la cascade recommence à se faire entendre ; on a reçu les pluies du printemps et on attend maintenant celles de l’arrière-saison. Mais celui qui n’a pas été fidèle dans les petites choses ne s’en voit pas confier de plus grandes.

Il y a beaucoup de cœurs desséchés de nos jours. Ils ont été bénis un jour, mais ont tout perdu, car ils ne se sont pas liés pour servir. Maintenant, ils languissent de refaire les expériences magnifiques qu’ils avaient faites un jour. Il ne leur reste plus que des souvenirs et de vieilles expériences. Quand ils se réunissent, ils fabriquent souvent un enthousiasme artificiel avec le bruit et l’éclat de la cascade, mais il leur manque la plénitude de la vie.

Celui qui suit le chemin de la croix doit s’abaisser et devenir un serviteur. Sa vie est utilisée et exploitée pour la bénédiction des autres ; il est lié comme esclave tout en étant dans la liberté de Christ, son eau ne tarit jamais, même dans les périodes de sécheresse ; il est arrosé des pluies du printemps et de l’arrière-saison, car il en éprouve le besoin et le Seigneur répond à tous ses besoins avec Sa richesse. Sa vie ne fait pas de grands éclats comme une cascade, mais elle coule calmement et elle est liée au ministère le plus grand qui soit. La cascade turbulente lui dit : «Il te manque la vie et la force et la liberté, ta vie est trop lourde, trop tranquille et routinière !» Mais le sage ne se laisse pas ébranler. Ses forces spirituelles sont liées à la volonté de Dieu, il s’abaisse de plus en plus profondément, et plus il s’abaisse, plus grande devient sa force, plus grands sont les fardeaux qu’il lui est donné de porter.