Ephraïm à notre époque

octobre 1913

Ephraïm à notre époque

Mais, comme Paul discourait sur la justice, sur la tempérance, et sur le jugement à venir, Félix, effrayé, dit : Pour le moment retire-toi ! Ac. 24, 25.

N’aurait-il pas pu lui parler de grâce, d’amour et de liberté, plutôt que de vouloir absolument parler des opposés : justice, tempérance et jugement ?

Ephraïm à notre époque ressemble beaucoup à Félix, qui dit « Retire-toi » dans son cœur ; ne parle pas de justice, de tempérance et de jugement, c’est de l’esclavage ! Nous aimons la liberté dans la grâce ; la vérité fait de nous des esclaves, le jugement nous terrifie et la tempérance est pénible. « Pour le moment, retire-toi ! » Nous préférons faire venir quelqu’un qui peut nous promettre la liberté ; tant pis s’il est lui-même esclave de la corruption, si seulement il peut nous annoncer la paix, la paix, la liberté, la grâce et l’amour.

Ephraïm des temps anciens était aussi un âne sauvage qui se tenait à l’écart et « faisait des présents pour avoir des amis ». Os. 8, 9. Sans loi, Ephraïm errait de-ci de-là et recherchait de l’amour, cet amour qu’il ne faut pas réveiller avant qu’il le veuille lui-même. Il cherchait à se lier là où le Seigneur voulait qu’on se sépare. Il cherchait à s’approprier ce qui ferait plaisir à sa chair, en évitant avec soin la croix et les tribulations. Ce serait de l’esclavage pour Ephraïm de se retrouver soumis aux lois de l’Esprit, de se voir équipé d’un mors à la bouche et d’un joug sur le dos. Oh non ! il vaut bien mieux se promener en pleine liberté et rêver d’amour. N’a-t-on pas passé le Jourdain mortel et n’est-on pas entré dans le pays promis ? Il est donc temps de manger des fruits du pays et de se réjouir à Guilgal.

Mais écoute, Ephraïm, ce que dit l’Éternel : Toute leur méchanceté se montre à Guilgal ; c’est là que je les ai pris en aversion. À cause de la malice de leurs œuvres, je les chasserai de ma maison. Je ne les aimerai plus ; tous leurs chefs sont des rebelles. Os. 9, 15.

On a du mal à imaginer qu’un troupeau d’ânes sauvages ait besoin de chef. Mais ils en ont, et le Seigneur les appelle de manière appropriée des « rebelles ». Ils se glorifient de la liberté et promettent la liberté aux autres, c’est pourquoi ils aspirent à être aimés et veillent avec soin à se maintenir eux-mêmes, et à maintenir le groupe qu’ils dirigent, bien loin de la parole de la justice, de la tempérance et du jugement. Ils sont entraînés à avoir une certaine habileté pour tremper leur grande brosse à chaux dans ce qu’ils appellent eux-mêmes l’amour, la grâce et la liberté, et ils recouvrent ainsi de chaux la vérité, la justice, la tempérance et le jugement. Et plus ils recouvrent de chaux, plus ils se réjouissent, et les ânes sauvages jubilent tous de voir l’habileté de leurs chefs.

Nous avons beaucoup entendu parler des pluies de l’arrière-saison ; ne faudrait-il pas qu’il y ait bientôt une pluie violente qui vienne rincer toute cette chaux qui séduit le peuple ? Cela aurait un goût bien salé, si la vieille vérité était de nouveau mise à l’honneur et qu’on lui donne le pouvoir de pénétrer la chaux ; cette vérité qui dit que c’est le moment où le jugement va commencer par la maison de Dieu, par nous. 1 Pi. 4, 17.

Que te ferai-je, Ephraïm ? Que te ferai-je, Juda ? Votre piété (votre amour, autre trad.) est comme la nuée du matin, comme la rosée qui bientôt se dissipe. Os. 6, 4.

C’est là un amour bien fugace. C’est peut-être pour ça qu’ils en parlent tellement ; mais il reste malheureusement évanescent. Le soleil de justice a dissipé la nuée et la rosée, et l’amour d’Ephraïm a disparu. Si Ephraïm avait eu de l’amour pour la vérité au fond du cœur, il se serait réjoui de la lumière du soleil de justice. Mais tout se dissipe et Ephraïm est rempli de colère contre les forces qui font que son amour s’évapore.

Malgré cela, nul ne doit contester et nul ne doit se livrer aux reproches, Os. 4, 4 ; car dans ce cas, ils deviennent tous ardents comme un four et dévorent leurs juges. Os. 7, 7.

Ephraïm est devenu semblable à une colombe stupide, 7, 11 ; ses chefs l’ont maintenu dans l’ignorance pour qu’il soit plus facile à conduire. La vieillesse même s’empare d’Ephraïm sans qu’il s’en doute. Os. 7, 9. Des étrangers consument sa force, et il ne s’en doute pas. Il croit pouvoir gagner l’étranger et ne comprend pas que c’est l’étranger qui le gagne.

Voilà donc Ephraïm à qui il reste la confession d’une grande force qui a depuis longtemps été consumée ; il est dépourvu de connaissance de Dieu et il est prêt à combattre contre la vérité et la lumière, qui auraient dû lui donner de la force et du courage.

La gloire d’Ephraïm s’envolera comme un oiseau : Plus de naissance, plus de grossesse, plus de conception. S’ils élèvent leurs enfants, je les en priverai avant qu’ils soient des hommes ; et malheur à eux, quand je les abandonnerai ! Os. 9, 11-12.

Lève-toi pour combattre, Ephraïm, prends les armes pour mener une sainte guerre ! Oh ! si seulement nous pouvions te donner raison ; en effet, nous n’avons aucun pouvoir contre la vérité. Mais si tu t’accroches à ta déchéance et si ton honneur t’interdit de te convertir, alors l’épée fondra sur les villes d’Ephraïm, anéantira et dévorera leurs soutiens, à cause des desseins qu’ils ont eus. Os. 11, 6.

Cela fait longtemps que les chefs d’Ephraïm nourrissent leur peuple d’anecdotes charnelles, et les promesses de liberté ont fait jubiler Ephraïm. Mais la jubilation prend fin quand le soleil de justice projette ses rayons sur la liberté des ânes sauvages ; la nuée du matin disparaît et la rosée se dissipe. L’amour d’Ephraïm ne se trouve plus nulle part.

Où sont passés les chefs d’Ephraïm ? Ils ont peur, ils ne répondent plus ! Ils ont la parole coupée ! Job 32, 15.

Si tu as quelque chose à dire, Ephraïm, réponds-moi ! Parle, car je voudrais te donner raison. Job 33, 32.

Mais si tu n’as rien à répondre, tais-toi et reconnais dans ton cœur que tu as parlé de choses que tu ne comprenais pas, de merveilles qui te dépassent et que tu ne conçois pas.