Le mur de séparation, l’inimitié
En parlant de la venue de Jésus, Jean-Baptiste disait que la cognée était déjà mise à la racine des arbres. Quand nous lisons les paroles de Jésus dans le Sermon sur la Montagne, nous voyons clairement la cognée qui est mise à la racine. Il rappelle les commandements de la loi : Tu ne tueras point. Mais dans les paroles de Jésus, nous voyons la cognée mise à la racine : « Quiconque se met en colère... » Mt. 5, 22. Il a dirigé le projecteur sur la colère, sur les paroles injurieuses et sur les paroles de moquerie. Et quand il cite le commandement qui ordonne de ne pas commettre d’adultère, Jésus parle de celui qui regarde une femme pour la convoiter. V. 27-28. Nous voyons encore une fois comment il met la cognée à la racine de l’arbre. Quelle est cette cognée ? C’est la parole de Dieu, celle qui est vivante et efficace, plus tranchante qu’une épée quelconque à deux tranchants. Hé. 4, 12. La Parole pénètre jusqu’à partager ce qui est au-dedans de nous – comme le fait la cognée dans le domaine naturel.
En Ep. 2, 14 il est écrit : « Car il est notre paix, lui qui des deux n’en a fait qu’un, et qui a renversé le mur de séparation, l’inimitié. » Ici aussi, nous pouvons penser avec reconnaissance à la cognée qui est mise à la racine, et qui a rendu possible ce que nous chantons dans le cantique des Voies du Seigneur n° 163, str. 4, que tout le péché fut vaincu par lui, par la croix. L’inimitié a été anéantie. Dans le cas présent, il s’agissait de l’inimitié entre les Juifs et les Païens, et du mur qui les séparait. Mais oh ! combien de murs charnels, grands et petits, existe-t-il, par exemple entre les conjoints dans un couple ou entre les frères et sœurs dans la fraternité ! Une distance, grande ou petite, qui ne devrait pas exister ! Une froideur qui n’a pas sa place, ni dans le couple, ni dans la fraternité. Les conjoints en sont peut-être conscients, les frères aussi dans la fraternité. Mais on estime qu’il ne s’agit pas d’inimitié. On admet peut-être que les relations, dans le couple ou dans la fraternité, ne sont pas tout à fait au mieux, mais on refuse de dire que c’est de l’inimitié. Pourtant, quant à elle, « la cognée à la racine », que nous avons appris à connaître dans le Sermon sur la Montagne, appelle les choses par leur vrai nom et les qualifie d’inimitié.
C’est en apprenant à connaître cette cognée bénie, mise à la racine, que nous comprenons ce que dit la Parole quand il est écrit que Dieu est bon envers les méchants et les ingrats. On comprend alors que l’ingratitude est synonyme de méchanceté. Ou encore quand Jacques met la cognée à la racine en dévoilant l’envie et la dispute, en les qualifiant de terrestres, charnelles et diaboliques. Ja. 3, 15.
Dans un article écrit dans Trésors Cachés au mois de mars 1929, le frère Johan O. Smith écrit au sujet de la sanctification : « Personne ne parvient à la sanctification sans prendre soigneusement garde à lui-même. S’examiner soi-même à la lumière de l’Esprit nous apporte de la connaissance de nous-mêmes, et de Dieu. » Si nous voulons apprendre à connaître Dieu, il n’y aucun autre remède. Et celui qui aime la vérité ne cherche pas non plus à échapper à cet examen de lui-même. De telles personnes aiment la cognée qui est en mesure de mettre fin à la racine du péché. Cette cognée qui est mise à la « racine de l’arbre », c’est la Parole qui doit pénétrer et juger les sentiments et les pensées du cœur. Dans ce cas, le moindre mur de séparation qui cherche à s’ériger dans le couple ou dans la fraternité, devient à nos yeux de l’inimitié, cette inimitié que Jésus a anéantie sur la croix et qui est anéantie dans la vie de ceux qui se chargent de leur croix. Nous comprenons alors mieux le frère Elias Aslaksen qui, dans le refrain du cantique 163 dans Les Voies du Seigneur en parlant de la victoire sur le péché, utilise l’expression « le péché, si divers, si puissant et si noir ».