Monte, puits !

septembre 1936

Monte, puits !

Alors Israël chanta ce cantique : Monte, puits ! Chantez en son honneur ! Puits, que des princes ont creusé, que les grands du peuple ont creusé, avec le sceptre, avec leurs bâtons ! Nb. 21, 17-18.

Dans un désert où il n’y a pas d’eau, personne ne peut vivre, mais là où il y a un puits, un peuple peut être maintenu en vie. Un puits dans un pays sec est donc quelque chose de très précieux.

À l’époque d’Israël, les sources d’eau faisaient l’objet de combats acharnés et la conquête d’un puits était considérée comme une grande victoire, très réjouissante. Ils étaient particulièrement fiers du puits dont il est question ici, car il leur avait coûté de durs combats. Les princes d’Israël et les grands du peuple l’avaient creusé eux-mêmes avec leurs sceptres et leurs bâtons. Traversant maintenant le désert et apercevant ce puits, ils ont également su apprécier la valeur de cette conquête importante. C’était pour eux quelque chose de précieux, un bien sacré, qu’ils ont approché avec une crainte respectueuse et qu’ils ont salué avec des chants, car c’était Dieu qui leur avait accordé la victoire.

De nos jours aussi, il est difficile de creuser un puits. Satan monte en effet la garde avec son armée pour empêcher que cette eau vivante et les richesses cachées en Christ soient mises au jour et profitent aux hommes. Tous les trésors de la sagesse et de la connaissance sont cachés en Christ, et il faut une grande crainte de Dieu et un combat persévérant de la foi pour les faire apparaître.

Ces merveilleux trésors resteront toujours cachés à l’homme naturel, qui s’intéresse aux choses naturelles. C’est pourquoi tout doit être sacrifié et Christ doit devenir notre tout. Lorsque nous sommes remplis de l’amour de Christ, cela nous pousse à rechercher sa plénitude, malgré l’opposition farouche de Satan. Nous devons nous revêtir de toutes les armes de Dieu, puis nous emparer avec violence du royaume des cieux.

Seules les meilleures personnes du peuple, celles qui ont la disposition de cœur la plus noble et qui sont poussées par l’amour à le faire, sont capables de mener ce combat, afin de s’emparer de ces merveilleux trésors cachés dans des endroits secrets. Il faut user du sceptre et du bâton royal. Nous sommes appelés à régner dans la vie par Jésus-Christ lui seul. Ro. 5, 17.

Mais qui est prêt à endurer ce combat et à donner sa vie pour ses amis ? Ceux qui veulent exhumer quelques-uns de ces trésors bénis qui sont cachés en Jésus-Christ doivent en effet payer de leur vie. C’est une loi éternelle, établie par Jésus lui-même. Jn. 12, 24-25.

Mais qui donc veut mourir, qui veut perdre sa propre vie ? Malheureusement, il n’y en a probablement qu’un très petit nombre parmi tous les croyants. C’est pourquoi nous constatons de tous côtés le triste résultat que l’on ne saisit que les principes élémentaires de la parole de Dieu, à savoir le pardon des péchés, la doctrine des baptêmes, de l’imposition des mains, de la résurrection des morts, et du jugement éternel. Hé. 6, 1-2.

C’est ce qui est généralement la somme de toute la prédication dans les partis aujourd’hui, et on appelle cela le plein évangile. Bien que les prédicateurs soient payés par les gens, ils ne parviennent à rien de plus que cela, et malheureusement, c’est aussi cela que veulent les gens. Il n’est pas étonnant que l’on rencontre partout des nourrissons spirituels, qui depuis longtemps devraient être des maîtres, mais qui ne supportent pas encore la nourriture solide.

De tous côtés, on se targue de prêcher la bonne nouvelle et le plein évangile, mais dans Pr. 15, 30 il est dit qu’une bonne nouvelle fortifie les membres, et ça, on le voit très peu. Il s’agit ici d’une loi éternelle qui ne faillit jamais. Là où la bonne nouvelle est annoncée, chacun en particulier prend part à la croissance du corps en sagesse et en intelligence, et reçoit une colonne vertébrale spirituelle qui lui permet de résister dans toutes les tentations. Mais lorsque des assemblées entières, après avoir écouté la prédication pendant des années, sont encore agitées comme des roseaux à l’heure de l’épreuve, et sont très loin d’être des hommes et d’être forts, alors on comprend quel type d’évangile leur a été prêché. Un évangile complet apporte une victoire complète dans la vie de chacun, et un bon message produit de bons fruits. La foi vient de la prédication, mais lorsque celle-ci ne dépasse pas les principes élémentaires, il n’est pas facile pour les auditeurs de progresser.

Là où il y a peu de révélation, le peuple est sans frein, Pr. 29, 18, et quand la crèche est vide, les chevaux se mordent. Voilà la raison de toutes les divisions et querelles misérables parmi les croyants de nos jours. Bien sûr, on fait tout ce qu’on peut pour maintenir l’unité avec des cantiques et des chorales, ainsi que des discours pleins d’éloquence, mais cela ne fonctionne pas à long terme. Lorsque les enfants d’Israël manquaient d’eau, ils murmuraient contre Moïse. Seul un puits de révélations spirituelles peut maintenir la cohésion du peuple et donner la vie et la croissance.

Louons Dieu qu’il y ait aujourd’hui aussi des héros de la foi qui donnent leur vie pour leurs frères et qui sont capables d’annoncer cette bonne nouvelle qui fortifie les membres. Ils rencontrent de tous côtés du mépris et du dédain, car Satan mobilise toutes ses forces pour s’opposer à eux ; et malheureusement, les gens religieux rejoignent volontiers ses rangs.

Mais qu’est-ce qui peut entraver un homme de foi, plein d’amour pour Christ et pour ses prochains ? Il serait plus facile d’affronter un lion à poings nus que de vaincre un tel homme. L’amour est fort comme la mort, la jalousie est inflexible comme le séjour des morts ; ses ardeurs sont des ardeurs de feu, une flamme de l’Éternel. Ca. 8, 6.

Ceux qui pensent pouvoir combattre un tel homme ont perdu d’avance. Ces hommes de foi exhument les trésors cachés les plus précieux, qui deviennent une bénédiction pour beaucoup ; malgré les luttes et les souffrances, ils le font de manière triomphale, avec la joie de la victoire. Car ils n’ont pas de plus grande joie que de voir leurs frères et sœurs marcher dans la même vérité bénie à laquelle ils ont eux-mêmes eu part.

Nous sommes fiers de ces merveilleuses vérités. Oui, elles sont précieuses à nos yeux. Il s’agit pour nous d’un héritage et d’un bien sacrés. Au milieu de la sécheresse, nous avons trouvé un puits béni, riche en eau. Un flot de révélations sur la connaissance de Dieu nous réjouit lors des conférences et des réunions. Sachons apprécier à sa juste valeur ce que nous entendons, et le garder dans nos cœurs comme une chose sacrée. Ne le confions qu’à des personnes pieuses et fidèles, et ne jetons pas des perles devant les pourceaux. Puissions-nous en parler avec prudence et avec une crainte respectueuse, en employant un langage spirituel pour les choses spirituelles.

Oui, le Seigneur a fait de grandes choses pour nous, et nous avons toutes les raisons de nous réjouir. Au beau milieu de cette période de sécheresse, nous pouvons nous réunir avec assurance et espérance, et dire comme Israël : Monte, puits ! Chantez en son honneur ! Puits, que des princes ont creusé, que les grands du peuple ont creusé, avec le sceptre, avec leurs bâtons !