Affranchi du péché

janvier 1929

Affranchi du péché

La plupart des gens pensent qu’il n’est pas possible d’être affranchi du péché dans cette vie. Pourtant, l’Écriture dit : Mais maintenant, étant affranchis du péché et devenus esclaves de Dieu, vous avez pour fruit la sainteté et pour fin la vie éternelle. Ro. 6, 22. Le fait d’être affranchis du péché, dans ce contexte, signifie que nous sommes délivrés du pouvoir du péché. Le péché ne doit plus régner sur nous. Ro. 6, 12.

Certes, le péché hérité de la chute se trouve dans nos membres, mais nous ne devons pas obéir à ses convoitises. On devient en effet esclave de celui à qui on obéit, soit du péché qui conduit à la mort, soit de la justice qui conduit à la vie et à la paix. Il y a donc deux forces dans notre chair mortelle – je veux dire dans la chair de celui qui est né de nouveau. Il y a « l’abondance de la grâce et du don de la justice », et il y a « l’autre loi dans mes membres », Ro. 5, 17 et Ro. 7, 23.

C’est moi-même qui choisis qui je veux servir. Tout dépend de ce que je veux. Nous ne pouvons pas éviter d’être tentés, mais nous ne sommes pas obligés de céder à la tentation. Chacun est tenté quand il est attiré et amorcé par sa propre convoitise. Ja. 1, 14. La convoitise qui peut nous attirer, c’est bien sûr le péché dans notre chair. Mais il y a ce petit mot : Puis la convoitise, lorsqu’elle a conçu, enfante le péché. V. 15. Dieu nous a donné la force de vaincre dans la tentation, si bien que ce « puis » n’a pas lieu de ne nous amener irrémédiablement à commettre un péché. Quand quelqu’un est tenté, il faut qu’il obéisse lui-même à la tentation pour qu’il en résulte un péché. Mais nous ne voulons plus obéir à la tentation. Bien au contraire, nous voulons servir la loi de Dieu par notre entendement. Ro. 7, 25.

Mais dans le même verset, Paul dit qu’il sert la loi du péché par sa chair. Il est donc simultanément esclave de la loi de Dieu par l’entendement et esclave de la loi du péché par la chair. Comment cela peut-il se faire ?

Si nous examinons la chose objectivement, nous comprendrons aisément de quoi il retourne en nous référant à ce qui se passe dans la vie pratique. Pense à l’homme le plus spirituel que tu connaisses ici-bas. Il s’efforce de tout son cœur d’obéir à Dieu, et il a déjà obtenu des résultats remarquables. Cependant, si tu le côtoies de plus près, tu trouveras toutes sortes de choses chez lui qui appartiennent à la vie dans ce monde, et qui n’ont absolument pas leur origine dans le Saint-Esprit ou dans la vie nouvelle. Il y a donc des actions dans la vie de cet homme pieux qui ont leur origine dans sa chair. Il est donc esclave de la loi du péché par sa chair, bien qu’il soit esclave de la loi de Dieu par tout son entendement. Quel nom devons-nous donc donner à ces actions, qui proviennent de sa chair ? L’Écriture nous donne la solution. Lorsqu’il découvre en lui-même quelque chose qui n’a pas été inspiré par le Saint-Esprit, il doit faire mourir (c’est-à-dire juger) ces actions, parce qu’elles ont été provoquées par « une autre loi dans ses membres ». Ro. 8, 13.

Quand par exemple un prédicateur pieux remplit son journal de comptes rendus de voyages, nous comprenons tous que c’est la chair qui est en activité. Ou quand un prédicateur utilise des armes charnelles pour chasser les gens qui le contredisent, nous comprenons que c’est la chair qui se manifeste. L’un comme l’autre peuvent évidemment être animés de bonnes intentions dans leur entendement, mais la loi dans les membres les entraîne. Si ces prédicateurs jugeaient ces actions du corps, ils finiraient par en être délivrés. Mais s’ils les gardent, leur vie stagne. Dans ces conditions, on est et on reste un petit enfant en Christ – malgré son âge et malgré les grandes assemblées qu’on réunit.

Il y a donc deux sortes de délivrance du péché. La première est l’affranchissement à l’égard de la loi du péché et de la mort. Ro. 8, 2. La seconde délivrance, qui est aussi le perfectionnement, consiste à être délivré de la loi du péché dans les membres, et à expérimenter cette délivrance de plus en plus profondément. La première délivrance est aussi décrite en Col. 2, 11, où il est dit que nous nous sommes dépouillés du « corps de la chair » (le corps qui commettait le péché et qui servait le péché) par la circoncision de Christ. L’autre délivrance, qui se fait petit à petit, est décrite en Ph. 3, 7–16. C’est un affranchissement qui mène vers la perfection. Paul ne l’avait pas encore saisi. Il servait encore la loi du péché par sa chair, bien que son entendement soit pleinement disposé à servir la loi de Dieu.

En effet, la chair n’obéit pas à la loi de Dieu, et elle ne le peut même pas. Aussi longtemps qu’il reste la moindre trace de chair en nous, elle se manifestera d’une manière ou d’une autre. Par exemple par le fait qu’on veut jouir de la vie, voyager dans les meilleures conditions, loger dans des hôtels chers, se goinfrer grâce à la collecte payée par des personnes pauvres, etc. etc. Tout cela, c’est la chair et cela reste la chair, qui doit être jugée si on veut vivre, car Dieu ne fait acception de personne.

Que faut-il donc faire ? Veillons sur nous-mêmes, et cherchons à nous prendre nous-mêmes sur le fait quand la chair se manifeste, puis condamnons ces choses et corrigeons notre conduite sur ce point, pour que notre vie soit plus parfaite la prochaine fois. De cette manière, nous irons de lumière en lumière et de force en force. Pourquoi ne connaît-on pas Dieu ? Parce qu’on prend soin de sa chair, qui est le voile qui nous sépare de Dieu. Déchire cette chair, et l’accès au Père sera ouvert. Mais les foules aiment aussi soigner et choyer la chair, et par conséquent elles préfèrent avoir un prédicateur qui fait de même, et qui prend même la défense de la chair. Mais sert-on alors devant le voile (la chair), ou sert-on à l’autel, où les sacrifices sont consumés par le feu ? Non, on est alors prêtre devant la face du peuple et non devant la face de Dieu. C’est pourquoi c’est aussi du peuple qu’on reçoit son salaire, et on peut ainsi prendre soin de sa chair, à sa propre convenance, que ce soit à l’occasion de voyages ou dans d’autres circonstances.

C’est pour la même raison qu’on devient ennemi de la croix et de la parole de la croix. On veut tirer profit à la fois de Christ et de la chair, et on ne comprend pas que c’est la guerre entre la chair et l’Esprit. Et celui qui veut être serviteur de l’Esprit se retrouve forcément en conflit avec tous ceux qui prennent la défense de la chair, quelle que soit la personne en qui se trouve cette chair. Dieu ne fait pas de différence entre une chair cultivée et une chair qui manque d’éducation ; la place de toute chair, c’est sur la croix, car elle est maudite. Puisque la seule chose qui compte, c’est d’être une nouvelle créature en Jésus-Christ, nous estimons être du bon côté et au service de l’Esprit lorsque nous tirons l’épée contre tout ce qui est charnel, qui a l’apparence de la piété, et qui trompe les gens. Car ceux qui ont reçu un ministère dans le sanctuaire doivent porter la peine de toutes les iniquités commises dans le sanctuaire et dans l’exercice de leur sacerdoce. Nb. 18, 1.

Si donc de vieux prédicateurs et des soi-disant dirigeants continuent année après année à faire des actions du corps manifestes, et qu’ils ne les font pas mourir par l’Esprit, nous comprenons qu’ils continuent à être de petits enfants en Christ. Ils parlent comme des enfants, ils écrivent comme des enfants, et ils commettent toutes sortes d’enfantillages dans leur propre assemblée. Ils ne sont nullement capables de conduire cette dernière à la tête, Christ. En d’autres termes, ils n’ont jamais part à une vie plus profonde, et ils ne sont jamais sauvés de l’autre loi dans les membres, alors que Paul, lui, disait qu’il la voyait en lui-même. Mais ces hommes, au contraire, reconnaissent ouvertement et honnêtement qu’ils ne voient même pas une telle loi. Comment pourraient-ils alors en être sauvés ?