Âme et esprit

juillet 1927

Âme et esprit

Auteur : Jessie Penn-Lewis – Mis en forme par J. O. S.

Dans le travail missionnaire aussi, les sens et les sentiments psychiques sont responsables du fait qu’un grand pourcentage de « convertis » ne résistent pas au jour de l’épreuve, quand disparaissent les émotions fugaces qu’ils ont éprouvées. C’est aussi la raison pour laquelle un grand nombre de missionnaires sont beaucoup trop rapidement épuisés et certains d’entre eux « se ruinent la santé ». Un correspondant écrit : « N’est-ce pas l’homme psychique – ou naturel – qui devient nerveux et qui s’épuise quand il déploie son activité et qu’il parle en public ou en privé, en y mettant toute sa ferveur, son exaltation, sa sensibilité et son énergie ? Et l’Esprit n’est-il pas capable de rendre la vérité vivante sans créer une tension dans le corps ou sans provoquer des larmes ? N’est-il pas capable d’exposer la vérité de Dieu sans « stimulation », ou Dieu ne peut-il pas répandre sa force dans les paroles que tu dis à d’autres – pas tellement par toi-même, mais par ton témoignage, après qu’il a franchi tes lèvres et qu’il pénètre dans l’esprit d’une autre personne ? Il semble qu’on puisse faire plus de travail de cette manière et avec beaucoup moins de mal, si ma supposition est juste. »

Par nature, on peut avoir une « âme ardente » et, en se servant de cette âme ardente, mettre en mouvement les sentiments psychiques d’autres personnes. Mais la foi et la sagesse de celles-ci sont alors sous l’influence de celui qui les a mis en mouvement et non sous l’influence de la force qui vient de Dieu. Nous voyons maintenant à quoi Andrew Murray pense quand il dit que le plus grand danger pour l’Église ou pour chaque individu est « l’activité désordonnée de l’âme avec la force qui lui vient de l’entendement et de la volonté ». Les anciens Quakers avaient l’habitude d’appeler cela une « œuvre humaine ». Et cela correspond aussi clairement à un déploiement d’énergie au service de Dieu, au lieu que l’homme cherche en esprit à collaborer avec le Saint-Esprit qu’il a reçu en don du Fils de Dieu ressuscité.

On trouve des gens qui marchent selon l’intelligence, dont l’esprit n’a pas encore été régénéré, et qui interviennent et prennent des décisions sans appel pour des âmes immortelles, de même que des gens dotés d’une grande force de volonté, qui exercent une influence sur la volonté des autres, et des personnes autoritaires qui dominent sur la vie et la conscience des autres. C’est pour cela que c’est un piège d’essayer d’amener les gens à Dieu par des prestations musicales destinées à distraire, des morceaux de musique, des lectures et d’autres choses que les gens apprécient et qui sont diverses manifestations de l’activité « psychique » de personnes qui s’arrogent le droit d’aider les autres. De telles personnes peuvent être nées de nouveau, mais elles sont conduites par l’âme et ne savent pas ce que cela signifie d’avoir l’Esprit de Dieu en soi comme force motrice, pour présenter le message de Dieu pour le salut de l’homme.

Mais il y a une autre catégorie de chrétiens beaucoup moins nombreux que ceux dont il a été question ci-dessus, qui savent que l’Esprit de Dieu habite en eux, mais qui sont malgré tout psychiques dans une moindre mesure. Ce sont ceux qui confondent « âme » et « esprit » dans leur expérience religieuse et qui ne sont pas satisfaits s’ils ne sentent pas toujours la présence de l’Esprit de Dieu en eux à l’intérieur des limites qu’impose leur conscience de soi. L’une des conséquences que cela entraîne est que, bien que l’Esprit de Dieu habite en eux, ils s’enfoncent souvent dans la vie psychique, parce qu’ils ne comprennent pas la vie spirituelle et la collaboration de l’esprit de l’homme avec Dieu.

L’âme n’englobe pas seulement l’intelligence et les sentiments, car l’Écriture nous montre que l’âme est le siège de la personnalité avec sa ferveur, sa joie et sa peine, etc. Il est ainsi écrit : « Mon âme est triste jusqu’à la mort. » Mt. 26, 38. « Mon âme exalte le Seigneur. » Lu. 1, 46.

« Maintenant mon âme est troublée. » Jn. 12, 27. « Par votre persévérance vous sauverez vos âmes. » Lu. 21, 19. « … tourmentait journellement son âme. » 2 Pi. 2, 8. « … ils amorcent les âmes mal affermies. » 2 Pi. 2, 14.

C’est pourquoi il est clair que les traits de caractère individuels se trouvent dans l’âme autant que dans les dispositions physiques du corps. Et ce « moule » ou ce « vase » de l’âme, si on peut l’appeler ainsi, peut être rempli de joie, d’amour, de peine ou de patience qui proviennent de la vie spirituelle sainte du deuxième Adam répandue dans le vase de l’âme, ou il peut être rempli d’une joie psychique ou sensuelle qui entre dans le vase de l’âme et provient de la vie inférieure du premier Adam. Dans ce dernier cas, le croyant – bien que le Saint-Esprit habite en lui – est malgré tout « psychique », dans la mesure où la vie animale de l’âme a le champ libre, au gré de toutes les variations de la réceptivité de l’âme. Il peut s’accrocher à une joie psychique et vivre en fonction des limites qu’imposent ses sentiments – là où se trouve le siège de sa conscience de soi – et non en esprit, qui est l’endroit où se trouve la conscience de Dieu – et il fait ainsi partie des croyants qui cherchent toujours des « expériences » spirituelles dans le domaine des sens au lieu que ce soit uniquement dans le domaine de la pure conscience de Dieu, de l’esprit régénéré.

Tout en gardant cela à l’esprit, voyons maintenant comment les esprits mauvais influencent la vie psychique à tous les stades de son développement.

L’âme et la puissance des ténèbres

Mais si vous avez dans le cœur un zèle amer et un esprit de dispute, ne vous glorifiez pas et ne mentez pas contre la vérité. Cette sagesse n’est point celle qui vient d’en haut ; mais elle vient de la terre, de la nature non-spirituelle (en grec : physique), et elle vient des esprits mauvais. Ja. 3, 14-15.

Dans la traduction habituelle, ce passage est formulé de la manière suivante : Cette sagesse ne vient pas d’en haut, mais elle est terrestre, sensuelle (naturelle, en grec : appartient à l’âme), diabolique (note marginale dans la traduction anglaise : démoniaque). Nous en avons déjà parlé, mais nous le répétons afin de convaincre le lecteur de la relation qu’il y a entre les puissances mauvaises et la vie animale de l’âme. Nous ne faisons pas allusion ici aux « œuvres de la chair », mais à l’intelligence de l’homme, à l’âme. Et le texte de la Parole montre que des esprits mauvais exercent leur influence sur la partie psychique de l’homme aussi sûrement qu’ils le font sur sa nature charnelle.

Il est surprenant de voir qu’on utilise la vérité telle quelle, tout en sachant que tout sentiment amer d’inimitié et de jalousie lié au fait qu’on veut se mettre en avant ou être considéré comme celui qui possède la connaissance, est excité par des esprits mauvais qui exercent leur influence sur la vie psychique et qui – comme Fausset l’écrit – ont leur source dans l’enfer.

Beaucoup de vrais enfants de Dieu ont une connaissance très limitée de ces choses. Ils connaissent l’influence satanique en rapport avec les péchés grossiers, ainsi que « les œuvres de la chair » lorsqu’elles se manifestent en pleine lumière, mais pas quand il s’agit d’identifier son travail dans ce que la civilisation actuelle a de plus élevé. Derrière celle-ci, il y a le fait qu’on est réticent à examiner la position de la Parole de Dieu au sujet de la chute, et il y a aussi le fait que l’homme a sombré au plus bas dans la corruption et la mort, de sorte que toutes les pensées de son cœur (sa compréhension intérieure) ont été considérées par Dieu comme « se portant uniquement vers le mal ». Et derrière cette corruption totale, il y a le poison du serpent, qui se fraye un accès en passant par l’ouverture qu’on considère comme étant de « la sagesse ».

Pour que le pouvoir du malin soit maintenu à l’extérieur, il est nécessaire, pour le renouvellement et le progrès de l’homme régénéré, que chaque élément de la vie déchue soit maintenu hors activité, que celle-ci soit charnelle ou psychique. Car plus un homme est « spirituel », plus il est uni au Seigneur de gloire dans une relation spirituelle réelle, et plus il échappe au pouvoir des esprits mauvais, si bien qu’il est armé pour les discerner et pour lutter contre eux. Mais il faut d’abord comprendre clairement que « la chute » a été le résultat du mensonge de Satan, l’archange déchu. Et lorsque Satan est arrivé à ses fins, l’homme déchu a bu un poison qui a pénétré tout son être. Cela donne à Satan le pouvoir et l’accès à toute la nature avec les trois éléments qui la composent, car étant donné que l’esprit humain est déchu, il est « mort pour Dieu », et il est ouvert à tout le monde démoniaque des esprits des ténèbres qui est gouverné par le prince des ténèbres. Avec leur intelligence, leur imagination, leurs pensées, leur volonté et leur ferveur, des âmes sont dirigées par la vie du premier Adam, qui est déchu et corrompu, et le corps et l’âme sont par conséquent à tous égards réceptifs pour le poison du serpent. C’est pourquoi Jean dit sans ambages que « le monde entier est sous la puissance du mal ». 1 Jn. 5, 19.

C’est pourquoi il ne suffit pas que l’homme déchu soit racheté par le sang de la vie du Fils de Dieu, il faut que tout soit transporté de la puissance des ténèbres au royaume du Fils de Dieu, de sorte que chaque partie de son être soit mise en mouvement par son esprit, qui, de jour en jour, par l’Esprit de Dieu, est de plus en plus renouvelé et sauvé du pouvoir du péché et de la vie animale de l’âme. Si la première création a été formée « avec crainte et d’une façon merveilleuse », la création régénérée – qui a été plongée dans l’âme animale, qui est arrivée jusqu’à la chair animale et a été à nouveau élevée dans le royaume de l’Esprit pour pouvoir dominer âme et corps –, doit vraiment être une œuvre merveilleuse que seul le Dieu en trois personnes peut accomplir. Le Père donne le Fils, le Fils donne sa vie, et l’Esprit se donne lui-même avec patience et amour pour accomplir la volonté du Dieu en trois personnes.

Il est facile de comprendre que le prince des ténèbres s’oppose à chaque pas que l’homme fait pour être affranchi de l’esclavage du péché, et il est nécessaire que nous connaissions clairement chacun des éléments de la création déchue qui est ouvert à son pouvoir.

Ép. 2, 2-3 montre clairement qu’il contrôle totalement l’homme qui n’a pas été régénéré. Dans ce passage, l’apôtre dit que les fils de la rébellion font la volonté de la chair et des pensées, c’est-à-dire que la vie psychique est entièrement en son pouvoir. Lorsque l’esprit de l’homme a été amené à la vie et a été affranchi de la puissance du péché, l’élément psychique du corps physique est ouvert au pouvoir du malin.

Par ex. :

  • 1. D’abord dans la vie psychique, où la sagesse psychique devient « démoniaque » quand des esprits mauvais l’utilisent pour exécuter leurs plans. L’ennemi peut inspirer une opinion préconçue ou faire naître une idée fixe – sans même qu’on s’en rende compte –, et à l’instant critique, il l’utilise pour déranger l’œuvre de Dieu. Ce travail de l’ennemi dans l’entendement du croyant, alors que son cœur et son esprit peuvent être vrais devant Dieu, est la réalité la plus sérieuse dans l’Église de Dieu aujourd’hui. Car la plupart du temps, les différentes idées que peuvent avoir des personnes bonnes par ailleurs entravent davantage le travail de l’Esprit de Dieu que l’incrédulité et la haine du monde. Et tout en restant dans le cadre de la vie sentimentale de l’âme, l’ennemi peut à nouveau animer la vie naturelle de sorte que le travail profond de l’Esprit de Dieu soit étouffé ou ébranlé, et on est incapable d’entendre sa voix.
  • 2. Dans le corps physique, l’ennemi peut s’en prendre au système nerveux et utiliser le magnétisme animal, qui fait tout autant partie de la constitution humaine que beaucoup d’autres choses qui sont ouvertes à la puissance mauvaise en liaison avec les « œuvres de la chair » et de ce qu’on qualifie habituellement de péché.
  • Ces choses qui sont dans le corps humain font que la porte est grande ouverte pour des puissances spirituelles mauvaises, et de son côté, le croyant doit se livrer à une recherche intense de la lumière de Dieu pour comprendre son existence compliquée, de sorte qu’il se comprenne lui-même et qu’il sache marcher humblement et dans la dépendance du Seigneur ressuscité qui le protège du malin – cette protection ne peut agir que si l’homme regarde au sang de Jésus et obéit tacitement à la parole écrite, en s’ouvrant à toute la vérité qui peut l’éclairer sur ce qui pourrait donner à l’ennemi la possibilité de lancer ses attaques ou d’avoir accès à son entendement ou à son corps.

    Car la puissance des ténèbres est très habile pour travailler côte à côte avec la « nature » ou pour imputer l’état de celle-ci au tempérament ou à des désordres fonctionnels ou des mécanismes physiques habituels, et elle veille et est à l’affût d’un malaise physique ou spirituel qui pourra lui servir de couverture ou d’excuse pour son travail.

    Comment se fait la séparation entre « âme » et « esprit »

    La Parole de Dieu est vivante et efficace, plus tranchante qu’une épée quelconque à deux tranchants, pénétrante jusqu’à partager âme et esprit, jointures et moelles ; elle juge les sentiments et les pensées du cœur. Hé. 4, 12.

    Ces paroles remarquables de Hé. 4, 12 font une nette distinction entre âme et esprit, et montrent combien il est nécessaire de séparer l’une de l’autre. Elles montrent aussi par quel moyen cela se fait, afin que le croyant puisse vraiment devenir un « homme spirituel » qui vit en communion avec Dieu en esprit. 1 Pi. 4, 6. À cet égard, Pember dit que l’apôtre se réfère ici à la Parole de Dieu, comme étant la force qui sépare, et que cela subdivise l’être humain en esprit, âme et corps, exactement comme les sacrificateurs de l’Ancienne alliance dépeçaient et découpaient les animaux qui devaient servir d’holocaustes.

    Fausset écrit : « La Parole de Dieu est vivante et efficace, elle est énergiquement efficace (grec), elle pénètre même au point de séparer l’âme animale de l’esprit, qui est la partie supérieure de l’homme, et elle pénètre même jusqu’à séparer âme et esprit, jointures et moelles… en séparant ce qui vient de l’esprit de ce qui vient de la chair et de ce qui est animal dans l’homme, elle sépare l’esprit de l’âme. »

    Ces paroles montrent combien cette « séparation » donne à réfléchir et combien elle est pleine d’enseignements pour le croyant dont les yeux sont ouverts pour voir le danger qu’il y a à ce que la vie de l’âme domine sur lui au lieu que l’Esprit de Dieu agisse librement dans son esprit humain.

    Le croyant qui veut devenir un homme spirituel se pose immédiatement la question : « Que dois-je faire ? »

    Comment puis-je trouver, dans ma marche et mon service, ce qui fait partie de la vie animale de l’âme ? Nous avons un souverain sacrificateur qui a traversé les cieux, devant la face duquel tout est nu et découvert (Hé. 4, 13), il veut exercer son sacerdoce dans notre être intérieur, afin de séparer âme et esprit avec son épée à deux tranchants. Il pénètre tellement profondément dans les pensées et les conseils cachés du cœur qu’il y rend des jugements et qu’il instruit et guide ceux qui veulent être enseignés.

    Notre souverain sacrificateur, qui s’est lui-même fait homme pour pouvoir être un souverain sacrificateur « miséricordieux et fidèle » (Hé. 2, 17), compatit à nos faiblesses physiques et morales (Hé. 4, 15). Il est le seul qui soit capable de manier le couteau du sacrificateur devant notre être conscient, de sorte à « séparer » patiemment la vie psychique de ses anciennes relations, dont elle est fortement imprégnée par des pensées et des sentiments venant du premier Adam, et il est le seul qui soit capable de mettre une âme affranchie à la disposition et au service de l’Esprit dans le deuxième Adam. Quelle œuvre puissante !!!