Âme et esprit
L’ignorance des chrétiens au sujet de la différence qu’il y a entre l’âme et l’esprit est très répandue. La raison en est certainement qu’en général, on ne se développe pas dans l’esprit par une « vie personnelle » au point que la séparation entre âme et esprit revête une importance capitale pour tout progrès. On se contente d’être un chrétien « psychique » (Ndt : c’est-à-dire qui vit sous l’emprise de l’âme) et on ne devient jamais un chrétien « spirituel ». Les prédicateurs s’adressent la plupart du temps aux « pécheurs » et ils ne donnent pas au « croyant » un enseignement plus poussé à propos des choses qui pourraient lui faire prendre conscience d’une telle séparation. La plupart du temps, on utilise indifféremment « âme » et « esprit » à bon et à mauvais escient, de sorte que les auditeurs ont une notion très confuse de tout cela. On en arrive presque au point de croire qu’âme et esprit sont une seule et même chose.
Mme Penn-Lewis écrit : « Il va sans dire que les élèves qui étudient le grec connaissent les mots de la langue originale qui traitent de l’esprit (pneuma), de l’âme (psuche), et de la chair (sarx). » Comme ces termes seront très souvent employés dans les considérations que nous consacrerons à ce sujet, il est bon de se souvenir de ces mots tirés de la langue originale.
Un grand nombre de croyants aspirent sûrement à acquérir la connaissance de Dieu, mais Satan complique les choses, et du fait qu’ils ne croient pas et ne font pas confiance au témoignage de l’Esprit, ils déclarent forfait dès le début de leur course spirituelle. C’est pourquoi il est nécessaire que les enseignements de l’Écriture au sujet de la différence entre âme et esprit soient exposés le plus clairement possible et mis à la portée des plus jeunes croyants.
« L’Esprit-Saint vous enseignera toutes choses. » Jn. 14, 26. On peut faire entièrement confiance à l’enseignement de l’Esprit. Il enseignera les disciples disposés à écouter, de sorte qu’ils soient rendus capables, par leur expérience personnelle, de faire la différence entre « âme » et « esprit » – sans savoir le grec. L’intelligence éclairée par l’Esprit saisira et retiendra la Parole jusqu’à ce qu’on ait extrait la quintessence spirituelle de la lettre écrite. Mais l’homme naturel (psychique) ne peut pas comprendre les choses qui appartiennent à l’Esprit de Dieu, car elles ne sont données que par des révélations à celui qui croit.
Qu’est-ce qui distingue « l’âme » de « l’esprit », et quelle est sa fonction ? L’âme se situe entre l’esprit et le corps, car une relation directe entre esprit et chair est impossible. Leur relation ne peut être établie que par un intermédiaire et cet intermédiaire est l’âme. « L’âme » est le lieu de rencontre où le corps et l’esprit s’unissent, écrit Andrew Murray28. Bien que « l’âme » soit en relation avec le monde extérieur par les sens du corps, elle est néanmoins, par l’esprit, en relation avec le monde de l’esprit.
G. H. Pember29 explique cela de la façon suivante : « Nous pouvons appeler le corps ‘la conscience des sens’, l’âme ‘la conscience de soi’ et l’esprit ‘la conscience de Dieu’. » Il dit encore : « Par le corps, nous avons l’usage des cinq sens, l’âme donne à chaque instant intelligence et aide aux sentiments qui viennent des sens, tandis que l’esprit est l’élément supérieur par lequel nous entrons directement en relation avec Dieu, et par lequel nous pouvons le saisir et l’adorer. »
Andrew Murray est d’accord sur ce point quand il écrit : « Les dons dont l’âme a été dotée lorsque l’homme est devenu une ‘âme vivante’ étaient ‘l’auto-détermination consciente’ ou ‘l’entendement et la volonté’. Mais cela ne peut être à son tour qu’un moule ou un vase dans lequel la vie de l’Esprit peut être reçue. »
Pember écrit encore au sujet de la création de l’homme et de la façon dont les trois parties de l’être humain ont été formées : « Dieu forma d’abord le vase sans les sens, et ensuite, il lui insuffla ‘un esprit vivant’. (Ge. 2, 7. Au pluriel dans l’original), et cela fait certainement référence au fait que l’esprit que Dieu a insufflé a produit une vie sous deux formes – la vie sensuelle (qui appartient donc aux sens) et la vie spirituelle. » Il ajoute encore : « Il est possible que le ‘pluriel’ employé par rapport au ‘souffle de vie’ indique que ce souffle de Dieu a produit l’esprit, et qu’en même temps, ‘l’âme’ a été formée par les impulsions que l’esprit a exercées sur le corps. »
Nous voyons que tous ces auteurs définissent pratiquement « l’âme » comme étant le siège de la personnalité (la volonté et l’intelligence), qui se situe entre l’esprit avec son ouverture vers le monde spirituel, et le corps avec son ouverture vers le monde extérieur. L’âme a ainsi le pouvoir de choisir lequel des deux doit dominer ou contrôler l’homme tout entier.
Mais hélas ! l’homme est tombé, et après quelque temps on a pu voir le résultat, tel qu’il est décrit par le Seigneur lui-même dans sa parole. Toutes les pensées de son cœur se portaient uniquement vers le mal. Ge. 6, 5. La chute est apparue d’abord dans l’intelligence de l’âme ; car il avait été dit à Ève que l’arbre était précieux pour ouvrir l’intelligence. Ge. 3, 6. Le serpent n’a pas adressé sa suggestion au vase de terre, ou à l’homme extérieur, car le corps était alors entièrement dominé par l’Esprit. Mais il l’a adressée à l’intelligence et l’a fondée sur un désir légitime de faire des progrès en connaissance et en pouvoir dans un royaume inconnu situé dans un autre monde. « Tu seras comme Dieu », dit le serpent. Il n’a pas dit qu’elle serait comme un animal des champs créé par Dieu. C’est « la connaissance » qui la tentait et c’était sans doute la même connaissance que Dieu avait l’intention de lui donner au temps opportun. Mais elle s’en est emparée avant le temps et en dehors de la volonté de Dieu.
Ce que dit l’apôtre Paul dans 1 Co. 1, 19 est par conséquent très important quant à cet aspect de la chute. Car « la parole de la croix », dit-il, est la puissance de Dieu pour détruire la sagesse des sages. Puisque le péché a trouvé le chemin de l’intelligence, le salut vient par la croix, qui détruit la « sagesse déchue », en rendant réceptif à son message. Car la prédication de « Christ crucifié » est une folie pour la sagesse des hommes. 1 Co. 1, 18-25. Dans sa sagesse, Dieu a donc conçu le salut d’une manière telle qu’il est en rapport avec les raisons qui ont causé la chute. C’est pourquoi l’apôtre dit : « Si quelqu’un parmi vous pense être sage selon ce siècle, qu’il devienne fou, afin de devenir sage. Car la sagesse de ce monde est une folie devant Dieu. »1 Co. 3, 18 et 19.
D’ailleurs Ève est tombée en donnant son consentement à la même tentation que celle qui avait causé la chute de Satan, car il dit : « Je serai semblable au Très-Haut. » És. 14, 13-14. Le tentateur a su attirer l’attention d’Ève en lui proposant quelque chose de plus élevé que ce qu’elle possédait elle-même ; car elle était limitée par un corps fait de poussière, mais elle avait une âme capable d’apprécier la connaissance et la croissance par l’élément supérieur des trois parties de l’être humain.
On ne voit pas toute la profondeur de la chute avant que des années aient passé, lorsque le récit concernant l’état dans lequel l’humanité avait sombré montra que le chemin vers le bas descendait rapidement. La connaissance du bien et du mal que l’homme avait reçue dans le jardin d’Éden a enfoncé l’homme dans « la chair », si bien que parmi les trois éléments constituant l’être humain, c’est la part qu’il avait en commun avec la création animale qui a pris le dessus.
C’est là que Dieu porta le regard sur l’humanité déchue et dit : « Mon esprit ne jugera pas parmi les hommes ; car ils sont chair sur leur voie d’égarement. » Ge. 6, 3. (trad. norv.) Et il en est ainsi, car non seulement la « mort a régné » sur l’Adam déchu, mais tout homme est né pour ressembler au premier Adam et il est tiré de la terre – terrestre, et est sous la domination de la chair au lieu d’être sous la domination de l’Esprit. L’âme, qui est une image de lui-même (cf. Luc 9, 23), est devenue esclave de la chair et de la vie terrestre, au lieu de servir l’Esprit.
L’esprit de l’homme, qui jouissait de l’attention de Dieu, est déchu et étranger à la vie de Dieu (Ép. 4, 18), « sans Dieu », séparé de Christ (Ép. 2, 12) et incapable de le suivre.
Avec sa convoitise et son goût, le corps domine l’âme et la réduit en esclavage. L’esprit de l’homme est « mort pour Dieu » et « dans les ténèbres », mais il reste néanmoins en pleine activité dans l’entendement et le corps. Dans certains cas, l’esprit de l’homme déchu déploie une activité tellement forte que malgré son état obscurci, il domine l’âme et le corps. On peut dire qu’une telle personne est « spirituelle dans les sens », du fait qu’elle possède plus d’esprit que d’autres, qui sont psychiques ou charnels. Ce sont ceux qui cherchent à entrer en contact avec le monde des esprits en dehors du Saint-Esprit de Dieu et qui sont capables d’exercer un « pouvoir mystérieux » tel que le spiritisme, auquel il est donné un pouvoir par des moyens sataniques. Car si l’esprit de l’homme n’est pas né de nouveau et si l’Esprit de Dieu n’est pas venu habiter en lui, il est de Satan, en accord avec l’esprit déchu, et il est gouverné par le prince de la puissance de l’air, par l’esprit qui agit maintenant dans les fils de la rébellion. Ép. 2, 2-3.
Nous voyons par conséquent que l’esprit déchu de l’homme, abandonné par Dieu lors de la chute, s’est enfoncé pour ainsi dire dans « le vase de l’âme » et « l’âme » s’est enfoncée à son tour dans le corps de la chair – sous ce que l’apôtre Paul appelle « le pouvoir de la chair », de sorte que l’âme, dans celui qui est inconverti, se manifeste tantôt dans l’intelligence, tantôt dans le sens – et tantôt dans l’un et l’autre, du fait qu’elle se tourne involontairement dans la direction où elle est conduite. C’est ce que Jude souhaite souligner au verset 19, qui pourrait dire ceci : « Ce sont ceux qui se séparent, des êtres gouvernés par l’âme, n’ayant pas l’esprit. »
Fausset30 explique cela de la manière suivante : « Dans la division de l’être en trois éléments, le plan à venir de Dieu est que ‘l’esprit’ soit le premier et qu’il gouverne l’âme, qui est un chaînon intermédiaire entre le corps et l’esprit. Mais dans l’homme naturel, l’esprit s’est enfoncé en se soumettant à l’âme animale, qui est terrestre dans ses motivations et ses buts. Celui qui est ‘charnel’ s’enfonce encore plus profondément ; car pour lui, c’est la chair (élément le plus bas) qui est l’instance dirigeante la plus élevée. »
Par la nouvelle naissance, « l’esprit de l’homme » obscurci et déchu redevient vivant et il est renouvelé. C’est ce que les paroles de Jésus à Nicodème signifient quand il lui dit : « Il faut que tu naisses de nouveau. » Sa connaissance religieuse ne lui servait à rien parce qu’elle était trop conforme au raisonnement. C’est l’Esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien. Jn. 6, 63.
La croix et la chute sont étroitement liées, l’une comme remède de l’autre. Par la mort de Jésus sur la croix, le péché a été anéanti, de sorte que Dieu a pu pardonner au pécheur et lui indiquer un chemin pour sortir de la chute avec ses conséquences. Ce chemin est « le chemin de la croix » qui, à son tour, est « le chemin de Dieu » – frayé au travers du voile, la chair. Sur ce chemin, la nature de l’homme, avec ses trois parties, peut être à nouveau unie en Dieu, parce que l’Esprit de Dieu dirige l’esprit de l’homme, et, à son tour, l’esprit de l’homme éclairé dirige l’âme, de sorte que le corps est offert comme un instrument au service de la justice.
Pour moi, frères, ce n’est pas comme à des hommes spirituels que j’ai pu vous parler, mais comme à des hommes charnels, comme à des enfants en Christ. 1 Co. 3, 1.
Gall dit que « l’âme » tire sa force vitale soit de l’Esprit (la partie supérieure) soit de la chair (la partie inférieure).
Dans l’homme né de nouveau, c’est-à-dire dont l’esprit a été renouvelé ou vivifié par le contact de l’Esprit de Dieu avec l’esprit déchu de l’homme, l’âme est sous la direction qui vient d’en bas (de la chair, la vie animale) ou d’en haut par la vie de l’Esprit.
C’est pourquoi on peut répartir les chrétiens en trois catégories, à savoir : 1) l’homme spirituel, 2) l’homme psychique et 3) l’homme charnel.
Le mot employé dans 1 Co. 3, 1 n’est pas psuche (âme) mais sarkikos (charnel), qui est l’adjectif correspondant au mot employé dans Ro. 8, 7, où il est écrit que l’affection de la chair (sarx) est inimitié contre Dieu. Il n’est pas dit que « psuche » ou la vie selon l’âme est inimitié contre Dieu, mais c’est l’affection de la chair. Il est vrai que l’homme naturel ou « psychique » ne peut pas recevoir ni comprendre les choses spirituelles. 1 Co. 2, 14. Mais il ne dit pas qu’il est inimitié justement parce qu’il est psychique. Et moi (en tant qu’homme naturel, psychique, je ne peux pas recevoir quelque chose de Dieu, si bien que) je ne peux pas vous parler de choses profondes en Dieu comme à des hommes spirituels, mais je dois vous parler comme à des hommes qui sont dans la chair, écrit l’apôtre Paul aux Corinthiens. Car bien qu’ils soient nés de nouveau et « en Christ », ils étaient malgré tout tellement dominés par la chair, qu’il ne pouvait pas encore leur parler autrement qu’à des hommes charnels.
C’est ce que prouvaient leurs jalousies et leurs disputes, qui étaient une manifestation des œuvres de la chair, car il écrit aux Galates : « Or, les œuvres de la chair sont manifestes, ce sont l’adultère, l’impudicité, l’impureté, la dissolution, l’idolâtrie, la magie, les inimitiés, les querelles, les jalousies, les animosités, les disputes, les divisions, les sectes, l’envie, les meurtres, l’ivrognerie, les excès de table, et les choses semblables. » Ga. 5, 19-21. La présence chez le croyant d’une seule des œuvres citées ici montre qu’il se laisse diriger dans une certaine mesure par « sarkikos » ou la vie charnelle, qui fraye son chemin au travers de l’âme ou de la personnalité, créant des jalousies et des disputes. Une telle personne n’est même pas psychique (uniquement naturelle), car elle marche selon la chair, bien que son esprit ait pu être amené à la vie. Et ceux qui marchent ainsi « selon la chair » ne peuvent pas être agréables à Dieu.
La description que l’apôtre donne des Corinthiens en tant que « charnels » ou selon la chair – qui étaient encore des « petits enfants en Christ » – montre clairement que les petits enfants en Christ sont habituellement sous la direction de la chair, ou bien qu’ils sont « dans la chair » au début de leur vie spirituelle. À leur conversion, ils sont certes « en Christ », – amenés à la vie par sa vie et plantés en lui par son Esprit, comme c’est écrit dans Jn. 3, 16, que quiconque croit en Lui aura la vie éternelle, – mais ces « petits enfants en Christ », bien qu’ils aient une relation de vie avec lui par une foi vivante, n’ont pas encore compris grand-chose de ce que la croix exige d’eux par la transformation à l’image de Christ par sa mort sur la croix, afin que la vie de Christ se manifeste dans la même mesure où la mort agit.
D’après ce que l’apôtre dit, on a l’impression qu’il reproche aux Corinthiens d’être encore des enfants, car le stade de l’enfance n’a pas besoin de durer longtemps. Cf. Hé. 5, 11-14. La régénération de l’Esprit qui vient du souffle de l’Esprit de Dieu qui pénètre dans notre esprit lorsque nous croyons tout simplement au sacrifice expiatoire du Fils de Dieu sur la croix, devrait être immédiatement suivie de la mort du pécheur avec le Sauveur (Ro. 6, 1-13), ce qui affranchirait l’homme d’une vie selon « la chair », que les chrétiens de Corinthe ne connaissaient manifestement pas encore.
Le signe distinctif des chrétiens « charnels » (selon la chair) – petits enfants en Christ – est clairement décrit par l’apôtre, et avec ces signes distinctifs, n’importe quel chrétien de notre époque peut juger en lui-même dans quelle mesure il est encore charnel.