Âme et esprit

novembre/décembre 1927

Âme et esprit

Auteur : Jessie Penn-Lewis – Mis en forme par J. O. S.
L’homme spirituel est « arrivé à l’âge adulte » en Christ

L’apôtre décrit donc l’homme spirituel comme ayant « fini de grandir » en Christ, et dans la première épître aux Corinthiens, on note qu’il y a une forte opposition entre le croyant spirituel et le croyant charnel. Les croyants charnels ne peuvent être nourris qu’avec du « lait », ce qu’il y a de plus simple dans l’Évangile, tandis que l’homme qui est « devenu adulte » peut recevoir les « profondeurs de Dieu », dont on ne peut même pas parler avec des paroles qu’enseigne la sagesse humaine, mais avec celles que le Saint-Esprit enseigne, les hommes spirituels employant un langage spirituel pour parler des choses spirituelles (qui sont aussi naturelles que les choses matérielles le sont sur la terre). 1 Co. 2, 10 et 13.

L’apôtre dit clairement que l’homme « psychique » ne peut pas recevoir les « choses spirituelles », pas plus que les « petits enfants en Christ », qui sont charnels (1 Co. 2, 14) ; car pour l’intelligence et la sagesse psychiques, les choses spirituelles ne semblent pas être autre chose que de la folie. Seuls les hommes spirituels peuvent discerner les choses spirituelles et les examiner, exactement comme on examine les choses matérielles. L’homme spirituel examine tout, car l’Esprit le rend capable de pénétrer jusqu’à la source et aux motivations de toutes choses, et il plonge le regard au travers du voile des sens pour aller jusqu’aux réalités spirituelles qui sont derrière toutes choses. L’homme psychique, en revanche, ne peut pas utiliser autre chose que son intelligence naturelle. Il ne peut pas aller plus loin que l’intelligence l’en a rendu capable, et, pour cette raison, il juge tout dans la sphère « naturelle » et il ne peut pas arriver plus loin.

L’homme spirituel est un homme fait à l’égard du jugement, écrit l’apôtre, et si nous examinons avec soin toutes les allusions que l’apôtre fait concernant l’homme « spirituel » et le fait d’avoir « achevé sa croissance » nous voyons que, chez le croyant, le partage (la séparation) entre âme et esprit est la condition à remplir pour arriver au stade où on peut être appelé « spirituel » ou « arrivé à l’âge adulte ». Car le stade de la « pleine maturité » est constamment lié à de la connaissance, de l’instruction, et au fait de pouvoir discerner les choses spirituelles. Tout cela est en rapport avec l’âme, qui a besoin d’être purifiée de la vie qui se déploie en elle, de telle manière que l’intelligence ou la partie mentale soient capables de recevoir de la sagesse spirituelle, qui est l’un des signes caractéristiques d’un homme spirituel.

Nous annonçons la sagesse parmi ceux qui sont « parfaits » (ceux qui ont « achevé leur croissance », autre trad.). 1 Co. 2, 6. Ne soyez pas des enfants sous le rapport du jugement, mais à l’égard du jugement, soyez des hommes faits. 1 Co. 14, 20. Instruisant tout homme en toute sagesse, afin de présenter à Dieu tout homme, devenu parfait (le même mot grec signifie « parfait » et « ayant achevé sa croissance » dans Col. 1, 28). La nourriture solide est pour ceux qui ont atteint la pleine maturité, pour ceux dont les sens ont été exercés par l’usage à discerner. Hé. 5, 14. C’est pourquoi nous tous donc, qui sommes parfaits (même mot grec que « ayant achevé sa croissance » dans 1 Co. 2, 6), ayons cette même pensée (Ph. 3, 15), ou soyons « des hommes faits à l’égard du jugement », « parfaits », par opposition à « des enfants », comme l’écrit l’apôtre. Quant aux Colossiens, il demande qu’ils soient « remplis de la connaissance de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle ». Col. 1, 9. Et c’est à l’homme « spirituel » qu’il est demandé d’aider le frère qui a été surpris par un péché ; car lui seul peut pratiquer avec une pleine fidélité la sagesse céleste qui est exigée pour pouvoir discerner le péché tel que Dieu le considère, tout en aimant ardemment le frère qui s’est égaré.

L’apôtre écrit encore aux Éphésiens : « Jusqu’à ce que nous soyons tous parvenus à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite de Christ. » Ép. 4, 13.

L’unité de la foi, qui devrait caractériser le corps de Christ sur terre dans sa pleine stature, ne peut pas être manifestée avant que tous les membres ne parviennent individuellement au stade de la pleine maturité et ne deviennent des hommes « spirituels ». Et, une fois de plus, ces membres ne peuvent pas devenir « spirituels » avant de saisir la séparation entre âme et esprit, de sorte que l’esprit soit pleinement uni à Jésus-Christ ressuscité, et que le vase de l’âme, avec son intelligence et d’autres facultés intellectuelles, soit rempli et conduit par l’Esprit à partir d’une sphère où on est conscient de Dieu et non de la vie inférieure du premier Adam.

L’homme spirituel est « rendu parfait dans l’amour »

Le mot « parfait » ou « complet », qui signifie « ayant achevé sa croissance » dans 1 Co. 2, 6, est uni la plupart du temps chez Paul à l’entendement ou la connaissance, tandis que chez l’apôtre Jean, il est mentionné en rapport avec l’amour. Il parle des croyants qui sont rendus « parfaits dans l’amour » (1 Jn. 4, 18) et il explique comment l’amour parfait chasse la crainte, et comment il donne de l’assurance au jour du jugement. Les épîtres de Jean montrent par conséquent que l’homme « spirituel » est une personne dont l’affection de l’âme est remplie de l’amour de Dieu, et remplie à un point tel que l’amour coule d’elle à flots. Dieu habite en nous et son amour est devenu parfait en nous, écrit l’apôtre. C’est-à-dire que le vase de l’âme est tellement rempli d’amour divin que, selon sa contenance et son aptitude à recevoir, il est « complet » quant à l’amour de Dieu, et dans cette plénitude de l’amour il n’y a pas de place pour ce qu’on peut appeler « la crainte ».

Mais les termes employés par Jean ne signifient pas seulement que l’amour divin qui habite dans le croyant peut couler à flots dans le vase de l’âme et le remplir. Il décrit une vie réelle que l’homme spirituel vit dans l’Esprit, et ce que cela signifie de vivre et de marcher dans une sphère où on a conscience de Dieu. « Dieu est amour », écrit-il, et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu. 1 Jn. 4, 16. L’homme « spirituel », qui vit et marche dans l’amour de l’Esprit « demeure [ainsi] en Dieu ». Si « la crainte » ou « la haine » interviennent, c’est parce qu’il est redescendu dans la sphère de l’âme et qu’il a laissé agir un élément de la vie animale de l’âme ou quelque chose de semblable, lors d’attaques d’esprits mauvais. Sa collaboration avec Dieu dans son esprit s’est interrompue. Pour rétablir une relation divine, il faut qu’il aille tout de suite à la croix et qu’il soumette l’élément psychique aux exigences sévères de celle-ci. Si la faute peut être qualifiée de péché, il faut qu’il demande d’être purifié dans le sang selon 1 Jn. 1, 7 et qu’il résiste en même temps à la puissance des ténèbres et qu’il revête à nouveau « toutes les armes de Dieu » pour pouvoir vaincre par leur moyen.

L’homme spirituel a été « fait un » avec tous les croyants

« L’homme spirituel » a été « fait un » en esprit avec d’autres en Christ. Le terme « parfait » utilisé dans 1 Co. 2, 6 a aussi été utilisé par notre Seigneur Jésus dans sa prière sacerdotale pour exprimer l’unité qui devait régner entre ses disciples ; cela a reposé comme un fardeau sur son cœur dès le moment où il a pris la résolution d’aller à Jérusalem, pour rendre une telle unité possible sur la croix. « Comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu’eux aussi soient parfaitement un. » Jn. 17, 21-23. La pleine unité qui existe entre le Père et le Fils – l’unité pure et entière, esprit avec Esprit, – est l’unité des croyants l’un avec l’autre en Dieu. Il est impossible de se méprendre quant à ce que le Seigneur veut dire à ce sujet. Il dit : « Afin qu’ils soient un comme nous sommes un. » Ce qui signifie à son tour que le Père et le Fils habitent par le Saint-Esprit dans l’esprit du croyant dans une unité parfaite – ou complète. Ce qui veut dire obligatoirement la même unité en esprit avec d’autres croyants. L’homme « spirituel » n’est donc pas seulement un avec Christ en Dieu, qui est amour, il trouve en effet la même unité par le même Dieu qui habite aussi dans d’autres. C’est pourquoi il ne peut pas être pleinement et entièrement en Dieu s’il permet à la vie animale de l’âme de régner dans une certaine mesure, ce qui se manifeste par des divisions, des partis et l’esprit de parti. Ja. 3, 17 et Ga. 5, 20.

L’homme spirituel « marche dans la lumière »

C’est au sujet de l’homme « spirituel » que l’apôtre Jean écrit : « Mais si nous marchons dans la lumière, comme il est lui-même dans la lumière, nous sommes mutuellement en communion, et le sang de Jésus-Christ son Fils nous purifie de tout péché. » 1 Jn. 1, 7. Seul l’homme qui vit dans une sphère où on a conscience de Dieu, où Dieu habite dans son esprit, peut marcher dans la lumière. Si on descend dans la sphère de l’âme, le vase obscurci assombrit la lumière.

Le croyant qui demeure en Dieu, qui est la lumière, vit et marche dans la lumière, et dans cette lumière, il a communion avec Dieu et expérimente la communion avec d’autres personnes qui marchent dans la même lumière. Au cours de cette marche, tout péché inconnu dont nous prenons conscience par la lumière du jugement dans laquelle nous marchons, est jugé, et le sang de Jésus purifie ainsi de tout péché.

Dieu est lumière, et il n’y a absolument aucunes ténèbres en lui. Celui qui aime demeure dans l’amour et dans la lumière. C’est la vie de résurrection ou la vie cachée avec Christ en Dieu, dont l’apôtre parle. Jésus a mentionné cela dans les paroles d’adieux qu’il a adressées aux disciples dans la chambre haute à Jérusalem, et ils en ont fait réellement l’expérience au jour de la Pentecôte, lorsque Jésus a été glorifié et qu’il a envoyé son Esprit, qui a élevé leur esprit et l’a placé au-dessus de la sphère de l’âme – pour accéder à une unité spirituelle avec lui-même. S’il demeure en nous et nous en lui, le monde croira. Les gens ont vu l’unité qui régnait dans le groupe de disciples remplis de l’Esprit, qui n’avaient pas peur, du fait de l’amour qui habitait en eux. Ils les ont vus marcher dans une lumière telle que les intérêts particuliers coupables, comme ceux qui se sont manifestés chez Ananias, ne pouvaient pas être acceptés parmi eux.

À la lumière de ces choses, et sachant ce que cela signifie pour Christ et son assemblée que tous les membres de son corps deviennent « spirituels » et soient ajustés ou perfectionnés chacun à leur place en union avec Christ, qui est la tête ressuscitée de l’assemblée, on comprendra que le fait d’être au clair quant à la séparation entre âme et esprit a une valeur inestimable. Car quand on a cessé de vivre « selon la chair » – dans la conscience qui provient des sens – on peut croître pour devenir un homme « spirituel » adulte, un homme qui est en mesure de comprendre l’Esprit de Dieu, et qui sait discerner et examiner les choses spirituelles. Car c’est alors un homme qui est entièrement sanctifié et dont l’esprit est entièrement affranchi de la domination de l’âme et de celle du corps, le Dieu en trois personnes ayant pris habitation en lui. Jn. 14, 23. Et dans cette marche, il court constamment et tend vers la perfection (Ph. 3, 15-16).

Combien de temps cela prend-il après qu’on a fait le premier pas dans la nouvelle naissance pour parvenir au stade de la maturité dans la vie de Christ, dans le sens où l’esprit est affranchi et mis en relation avec notre Sauveur ressuscité, Jésus-Christ, qui a la pleine domination sur l’âme et le corps ? Nous ne pouvons pas dire exactement combien de temps cela peut durer, mais nous comprenons d’après l’épître aux Corinthiens et l’épître aux Hébreux qu’il leur a été reproché d’avoir passé trop de temps dans l’état de l’enfance ; car ils étaient encore charnels et avaient besoin de lait pour leur vie spirituelle fragile, alors qu’ils auraient dû depuis le temps être des maîtres capables de conduire d’autres âmes à la maturité. L’état de l’enfance peut visiblement être prolongé ou raccourci, et il n’a pas besoin d’être mesuré comme on mesure le temps habituellement. Cela dépend probablement de la rapidité avec laquelle le croyant est capable de saisir la vérité, et dans quelle mesure il est prompt à se livrer à Dieu, après que la connaissance de Dieu l’a convaincu. En tout cas, l’épître aux Hébreux montre clairement que la position du croyant a une grande importance pour ses progrès. Quand il leur écrit qu’ils étaient devenus lents à écouter et qu’ils avaient à nouveau besoin d’apprendre les rudiments de l’Évangile, il dit : « C’est pourquoi, laissant les éléments de la parole de Christ, tendons à ce qui est parfait. » Hé. 6, 1. Ce sont à peu près les mêmes paroles que celles que Paul a employées au chapitre 3 de l’épître aux Philippiens, là où il parle de son propre zèle quant au fait de se porter vers ce qui est en avant.