Foi et raison

janvier 1926

Foi et raison

On pourrait éviter beaucoup de conflits internes parmi le peuple de Dieu si on savait faire la différence entre une marche par la foi et une marche selon la raison.

« C’est par la foi qu’Abraham offrit Isaac, lorsqu’il fut mis à l’épreuve, et qu’il offrit son fils unique, lui qui avait reçu les promesses. » Hé. 11, 17.

Abraham a été mis à l’épreuve lorsqu’il offrit son fils unique. Son raisonnement le tourmentait ; car c’était justement cet Isaac qui devait devenir aussi nombreux que le sable de la mer et les étoiles du ciel, et maintenant il fallait le sacrifier ! Si Abraham avait fait le tour de ses connaissances pour demander conseil à la chair et au sang, c’est-à-dire à des personnes qui jugent selon leur intelligence, il aurait certainement été dépouillé de toute sa foi, et il n’aurait pas offert Isaac. Mais Abraham a gardé cette question pour lui et a accompli sa foi par des œuvres.

Il y a toujours un conflit entre la raison et la foi. Quand on doit agir dans une direction ou une autre dans l’assemblée, la raison et l’homme qui agit selon son intelligence vont dans une direction, et l’homme de foi dans une autre. Mais la foi finit toujours par triompher de la raison. C’est pourquoi l’Écriture nous dit que la victoire qui a triomphé du monde, c’est notre foi. Que faut-il donc faire ? Dans toutes les questions, avant d’affirmer ou d’entreprendre quelque chose, nous devons nous examiner nous-mêmes, pour savoir si nous sommes dans la foi ou si nous utilisons seulement notre intelligence sans être dans la foi. C’est par la foi que Gédéon, Barak, Samson, Jephté, David, Samuel et les prophètes ont vaincu des royaumes, exercé la justice, obtenu les promesses, fermé la gueule des lions, éteint la puissance du feu, guéri de leurs maladies, été vaillants à la guerre et mis en fuite des armées étrangères.

Élisabeth dit de Marie : Heureuse celle qui a cru, parce que les choses qui lui ont été dites de la part du Seigneur auront leur accomplissement. Luc 1, 45.

Celui qui marche par la foi marche dans l’obscurité de l’intelligence, mais une fois que les œuvres ont été faites par la foi, la raison est éclairée. La foi s’approprie l’intelligence de Dieu et met sa propre intelligence de côté. Il faut cependant bien noter qu’on ne peut pas être insensé et ne pas marcher selon son intelligence, aussi longtemps qu’on n’a pas la foi vivante. Mais dès que la foi est présente, la raison n’est plus pour nous qu’une tentation, comme elle l’a été pour Abraham. Que faut-il donc faire dans une assemblée où la raison et la foi veulent toutes deux diriger ? Cela mène à la guerre, mais la parole de Dieu nous exhorte à combattre le bon combat de la foi. Nous ne devons pas nous soustraire à ce combat par pure timidité vis-à-vis de l’intelligence ; car nous avons la promesse de vaincre par la foi et pas par notre intelligence.

Ce n’est pas l’intelligence de George Müller16 qui lui aurait permis de prendre soin de milliers d’enfants, mais c’est par la foi qu’il en a été capable.

L’Éternel a dit qu’il veut habiter dans l’obscurité. Quelle obscurité ? L’obscurité de la raison. Ce n’est que lorsque notre propre lumière devient semblable à l’obscurité que la lumière du Seigneur peut nous éclairer. Quand la gloire de l’Égypte et de la cour [du Pharaon] est devenue semblable à l’obscurité pour Moïse, il a renoncé avec joie à être appelé fils de la fille de Pharaon. C’était de la foi. Sara a considéré son corps marqué par le grand âge, et sa raison s’est obscurcie ; mais dans cette obscurité, la lumière de la foi a brillé à ses yeux. Marie n’avait pas connu d’homme et elle devait malgré tout enfanter un fils. Sa raison ne pouvait pas suivre, elle s’est obscurcie, mais l’Éternel habitait dans cette obscurité.

Chère âme, ne sois donc pas rapide à affirmer des choses par ton intelligence ; car celui qui croit ne se hâte pas et celui qui recherche la foi s’attend au Seigneur et n’agit pas immédiatement, selon sa raison. Les frères de Jésus lui ont conseillé de monter à Jérusalem pour la fête, mais Jésus leur a répondu : Montez, vous, à cette fête ; pour moi, je n’y monte point, parce que mon temps n’est pas encore accompli. Ils marchaient selon leur intelligence, qui était toujours prête à dire ce qu’il convenait de faire à leurs yeux. Jésus, en revanche, marchait dans la foi, et son heure n’était pas toujours au diapason de l’heure de la raison.

Il faut pratiquer cela de manière pleine et entière pour pouvoir le comprendre. C’est pour cela que Dieu est fidèle quand il donne les promesses d’Abraham aux enfants de la foi. Voilà Isaac, dont la mère Sara est la Jérusalem d’en haut. Les enfants de la raison descendent d’Ismaël, dont la mère Agar est la Jérusalem d’en bas. Il ne faut donc pas s’étonner de ce que les enfants de la raison persécutent les enfants de la foi et qu’Ismaël dispute à Isaac le droit de propriété de la terre promise. Mais que dit l’Écriture ? Le fils de l’esclave n’héritera en aucune manière avec le fils de la femme libre. Cela signifie que ceux qui font plus confiance à leur raison humaine qu’à la raison de Dieu n’hériteront de rien. Mais ce sont ceux qui recherchent la raison de Dieu, par la foi, et qui mettent leur propre raison de côté, qui seront héritiers.

Il y a deux catégories principales de chrétiens dans le monde. Ce sont les chrétiens de l’intelligence et les chrétiens de la foi. Ismaël et Isaac. À quelle catégorie appartient ton christianisme ? Es-tu très raisonnable ? Sais-tu toujours ce qu’il convient de faire ? Ou fais-tu partie de ceux qui doutent toujours, sans désespérer, qui s’attendent à Dieu et qui recherchent [sa volonté], jusqu’à ce que la foi s’empare de ce qui est invisible ?

Cela semble tellement remarquable et honorable de savoir à tout moment ce qu’il en est sur tous les sujets. Mais l’homme de foi doit s’attendre au Seigneur, et c’est seulement quand l’obscurité est devenue assez profonde qu’il peut saisir la lumière de Dieu sur la question. Il en est ainsi pour que s’accomplisse cette parole de l’Écriture :

Dieu ne donne sa gloire à personne, et sans moi vous ne pouvez rien faire.