La patience

juillet 1925

La patience

Qu’est-ce que la patience ? C’est d’attendre et de patienter, d’attendre et de patienter, minute après minute, heure après heure, jour après jour, semaine après semaine, mois après mois, année après année – sans avoir encore vu ce qu’on espère, avec persévérance, sans perdre la foi, sans abandonner.

La patience est la preuve parfaite de ce qu’on a une foi vivante. De même que la foi sans les œuvres est inutile – morte comme un corps sans esprit – on peut aussi dire que la foi sans la patience est inutile. C’est pourquoi il est dit que nous devons suivre l’exemple de ceux qui, par la foi et la persévérance, héritent des promesses. Nous avons besoin de patience et de persévérance, après avoir fait la volonté de Dieu, pour obtenir ce qui nous est promis – ce que nous espérons et à quoi nous croyons.

Pourquoi Dieu n’accomplit-il pas immédiatement tout ce que nous croyons ? Pour nous mettre à l’épreuve, pour nous purifier de devantage d’impuretés, pour que nous tenions encore plus fermement, pour que les choses soient encore plus parfaites ! Pour que ce qui tient à peine debout soit remplacé par quelque chose d’inébranlable.

On peut dire que tout ce qui peut être ébranlé doit être ébranlé ; le plus tôt sera le mieux. Tout ce qui peut se briser doit se briser. – Les choses passagères ont peu d’importance. Il ne faut pas en faire tout une affaire –laisse-les se briser, elles ne valent plus rien. Nous sommes soumis à un traitement – c’est juste un exercice. Ce qui compte, c’est le résultat final.

Il faut que notre foi soit éprouvée, petit à petit, au fur et à mesure que nous la recevons. Nous sommes donc tentés par devant et par derrière, de l’intérieur et de l’extérieur, par toutes sortes de tentations et épreuves, pour que nous découvrions de nos propres yeux ce qui est passager et que nous puissions le remplacer par quelque chose d’impérissable.

Un proverbe dit qu’on éprouve un homme d’après les choses qu’il loue. «Nous croyons, c’est pourquoi nous parlons.» «Car les circoncis, c’est nous… qui nous glorifions en Jésus-Christ…» Ph. 3, 3. Ce qui est faux, ce n’est pas d’annoncer avec assurance ce qu’on croit, de se glorifier en Jésus-Christ. Bien au contraire – il est nécessaire de le faire : c’est justement le chemin. C’est ainsi que nous portons du fruit. L’assurance a une grande rémunération. Mais en même temps que ce qui est impérissable et vrai apparaissent aussi des choses périssables et qui ne sont pas authentiques. Ce sont ces choses-là dont Dieu ne veut pas. Il veut continuer son œuvre, comme l’a dit Jésus : «Tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, afin qu’il porte encore plus de fruit.» Jn. 15, 2.

Ce processus de purification est douloureux ; le chemin est étroit – et long. Dans ces tribulations qui durent longtemps, nous avons puissamment (Col. 1, 11) besoin de patience, pour ne pas nous décourager et nous lasser, abandonner notre assurance et perdre la possibilité d’obtenir ce que nous espérons.

Tous ceux qui abandonnent le font à cause de l’impatience.

Tous ceux qui continuent le font par la patience. On peut donc dire que toute la course est une question de patience, en fait.

Notre vocation céleste, c’est d’être rendus semblables, dans ce monde, à l’image de Jésus-Christ, ou en d’autres termes, de parvenir à une œuvre parfaite. Comment un homme corruptible peut-il atteindre un tel but ? Par un puissant baptême de l’Esprit ? Par un nouveau baptême de l’Esprit, encore plus puissant que le précédent ? Non – ce n’est pas par une consécration et une bénédiction d’un instant, quelles que soient leur force et la bénédiction dont elles s’accompagnent. Ce n’est pas par un «coup de collier», pas par quelque chose de rapide – mais par une course extrêmement longue, par l’exercice, par les répétitions, une fois après l’autre, 7 fois et 7 x 70 fois, 10 fois – 100 fois – 1000 fois – 10000 fois, etc. C’est en avançant lentement, pied par pied, pouce par pouce, centimètre par centimètre, millimètre par millimètre – par des avancées extrêmement petites et pendant très longtemps.

Et cependant, l’Écriture dit que Dieu ne tarde pas dans l’accom-plissement de la promesse ; mais mille ans (!!!) sont comme un jour (!!!) à ses yeux. 2 Pi. 3, 8. Combien nous sommes des êtres pécheurs – impatients ! Nous n’arrivons pas à comprendre que notre Père céleste se nomme à juste titre «le Dieu de la patience».

Cela est-il donc biblique ? Oui, tout à fait ! Lu. 8 nous apprend qu’on porte du fruit avec persévérance. Non seulement il est possible de le faire, mais c’est même la seule manière de porter du fruit. Tout ce qui n’a pas porté de fruit n’en a pas porté à cause de l’impatience ; et ce qui a porté du fruit ne l’a fait que grâce à la patience et la persévérance. Il est dit aussi tellement clairement dans Ja. 1, 4 qu’«il faut que la patience accomplisse parfaitement son œuvre».

Nous préférerions que ce qui est imparfait soit englouti en un seul instant par ce qui est parfait. Mais le Dieu sage et juste ne veut pas qu’il en soit ainsi. Ou serait alors la différence entre le patient et l’impatient, entre ceux qui apprécient un peu ce qui est parfait, ceux pour qui cela a une grande valeur, et ceux pour qui cela a une valeur extrêmement grande ?

C’est justement grâce à la patience (par le fait que les choses avancent tellement lentement) que Dieu, qui est exact, peut nous placer exactement à notre place dans l’éternité, avec justice et selon les lois de son cœur. C’est sa ferme résolution. Si quelqu’un en doute maintenant, on peut le consoler avec le fait que tous ces doutes cesseront d’exister à la résurrection des morts ; car à ce moment-là, dit Paul, l’un brillera comme le soleil, l’autre comme la lune, d’autres comme les étoiles ; et même une étoile diffère en éclat d’une autre étoile.

«Vous avez entendu parler de la patience de Job, et vous avez vu la fin que le Seigneur lui accorda.» Ja. 5, 11.

Nous avons aussi entendu parler de la patience de Jésus, et nous savons quelle fin le Seigneur lui a accordée.

Efforçons-nous de suivre sur les mêmes traces !

Répétons une fois de plus ce que signifie la patience :

«Encore, encore – encore, encore, une fois de plus, une fois de plus, encore une fois – à l’infini.»

Lorsque nous serons mûrs, chacun pour sa part, pour le but que Dieu a trouvé qu’il pouvait nous fixer – il enverra tout de suite la faucille pour nous moissonner.

«Tu me conduiras par ton conseil, puis tu me recevras dans la gloire.» Ps. 73, 24.

Loué soit son saint nom ! Amen.